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Au Darfour, les violences gâchent la fête de l'Aïd

Exode, violence, mort. Au Darfour, dans l'ouest du Soudan, les habitants, qui vivent leur onzième année de guerre civile et voient la situation sécuritaire empirer, n'ont pas le coeur à fêter l'Aïd, qui marquera la fin du ramadan la semaine prochaine. 

Depuis le meurtre d'Abdullah, 35 ans, abattu par des miliciens dans le camp de déplacés de Hassa Issa, dans le centre du Darfour, sa famille ne pense plus aux célébrations mais seulement à se venger.

"Notre famille ne profitera pas de la joie de l'Aïd", déclare un parent d'Abdullah. "Des miliciens l'ont arrêté et lui ont demandé de leur remettre son téléphone. Quand il a refusé, ils l'ont abattu", raconte cette source sous couvert de l'anonymat. 

La famille d'Abdullah est arrivée dans le camp après avoir fui les violences dans l'est du Darfour, il y a dix ans. 

La situation ne s'est pas améliorée depuis. En 2014, les violences, au plus haut depuis dix ans, ont déjà fait 257.000 déplacés. 

Le nombre de personnes vivant dans des camps de déplacés a atteint 2,2 millions, les Nations unies mettant en garde contre les risques sanitaires dus à la surpopulation. 

Une fois dans les camps, les déplacés ne se sentent pas à l'abri.   

"Je ne me sens pas en sécurité ici", déclare Hassan Haroun, 27 ans, qui s'apprête à passer son premier Aïd dans le camp de Zam Zam, près de la capitale du Darfour-Nord, El-Facher. "Des gens sont enlevés, abattus" dans le camp.  

 

- Risque de pénuries -

 

"Le ramadan ici est vraiment différent de ce que c'est au village".

Et l'Aïd ne sera pas non plus le même. 

"Je devrais acheter de nouveaux vêtements pour mes enfants, mais cette année je ne peux pas car je n'ai pas de travail", déplore-t-il. "La saison des pluies commence. Si on était en sécurité, je pourrais être en train de cultiver ma ferme". Mais "il n'y a rien à faire ici, à part recevoir des colis alimentaires". 

Les villageois déplacés dépendent de l'aide du Programme alimentaire mondial (PAM) et leur impossibilité à planter "aura un impact sur la sécurité alimentaire" et pourrait causer des pénuries, selon Amor Almagro, du PAM. 

Le conflit au Darfour a éclaté en 2003, quand des tribus africaines se sont soulevées contre Khartoum pour dénoncer la domination économique et politique des élites arabes.

La révolte a été réprimé férocement par l'armée, soutenue par les miliciens Janjawid, recrutés parmi les Arabes de la région et accusés d'atrocités envers les civils.  

Mais les rebelles et l'armée ne sont plus les principaux protagonistes des combats au Darfour, où les milices en quête de ressources se sont retournées les unes contre les autres, et parfois contre Khartoum, tandis que la criminalité a augmenté.

 

- Pillages et coups de feu -

 

Au Darfour-Sud, où l'état d'urgence a été déclaré mi-juillet, les violences, longtemps cantonnées aux campagnes, ont atteint la capitale Nyala. 

La situation s'y est dégradée depuis deux ans à cause des "milices", selon un militant des droits de l'Homme s'exprimant sous couvert de l'anonymat. 

"Il y a de nombreux pillages et on peut entendre des coups de feu la nuit", déclare-t-il, ajoutant que les prix élevés de la nourriture ont aussi "modifié l'humeur des gens pendant le ramadan". 

"Je vais peut-être fermer après l'Aïd car les affaires vont de mal en pis, et je ne me sens pas en sécurité dans mon magasin", explique Omar Hamid, un épicier dont les revenus ont diminué de moitié en deux ans. 

Les traditions du ramadan ont pâti de la "peur" ambiante, déplore un autre habitant, Omar Adam, 45 ans. 

"Certains ont cessé d'aller à la mosquée le soir, et la plupart des gens ne sortent plus rendre visite à leur famille", regrette-t-il. 

"Cet Aïd ne sera vraiment pas joyeux".  

 

AFP

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