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Désabusés, les Tunisiens boudent l'inscription sur les listes électorales

A la mairie de Mégrine, dans le sud de Tunis, seules six personnes sont venues s'inscrire sur les listes électorales en deux heures. Une affluence minimale qui reflète la désillusion de nombreux Tunisiens, plus de trois ans après la révolution.

Mégrine est pourtant située dans le gouvernorat de Ben Arous, l'un des plus peuplés de Tunisie. L'inscription, obligatoire pour mettre son bulletin dans l'urne, s'achève le 22 juillet, et les élections approchent à grands pas: les législatives sont prévues le 26 octobre, la présidentielle le 23 novembre. 

"Nous sommes ouverts depuis 07H30 mais nous n'avons inscrit que six personnes. Nous espérons que le nombre augmentera dans les heures et les jours à venir", soupire une responsable de l'ISIE, l'instance chargée d'organiser les élections.

Des partis politiques ainsi que l'ISIE se sont alarmés du faible rythme des inscriptions -environ 300.000 en trois semaines- alors qu'il reste à enregistrer près de la moitié d'un corps électoral estimé à huit millions d'électeurs potentiels sur près de 11 millions d'habitants.

Mais nombreux sont les Tunisiens à bouder l'inscription en clamant leur désaffection, quand ce n'est pas leur mépris, pour la politique.

 

- 'Partis pourris' -

 

"Je ne suis pas inscrit et je ne vais pas m'inscrire", dit ainsi à l'AFP Lassaad Ktari, un employé de mairie. Les politiciens "ne sont pas des gens bien, qu'il s'agisse de ceux qui sont au pouvoir aujourd'hui ou de ceux qui viendront après!".

Thabet Chefer, chômeur, dit être inscrit mais ne pense pas aller voter parce qu'il ne veut pas avoir à choisir "le meilleur parmi des partis pourris".

"Tous les partis en Tunisie aujourd'hui mentent, sont hypocrites, ne cherchent que le pouvoir et à servir leurs intérêts", martèle Fatma, 40 ans.

"Que nous ont apporté la révolution et les élections de 2011? Elles nous ont apporté le terrorisme, la cherté de la vie et la pauvreté. Personnellement, je vivais mieux sous Ben Ali", le président déchu, lance-t-elle.

A l'euphorie qui a suivi la révolution de janvier 2011, ont succédé des crises politiques à répétition, une détérioration de la situation économique et un essor de la mouvance jihadiste. 

Fatma dit regretter d'avoir voté en 2011 pour les islamistes d'Ennahda, qui ont remporté les premières élections libres de l'histoire de la Tunisie avant de remettre fin janvier le pouvoir à des technocrates pour sortir le pays d'une impasse politique.

"Je me suis dit à l'époque qu'il s'agissait de gens qui avaient fait de la prison, qui ont été victimes d'injustice et qu'ils craignaient Dieu. Mais après leurs deux ans au pouvoir, il s'est avéré qu'ils étaient comme les autres. Seuls leurs intérêts comptent", tranche-t-elle.

Le président de l'ISIE, Chafik Sarsar, a déploré ce "grand phénomène d'abstention", dû selon lui à "la déception" ressentie par les Tunisiens vis-à-vis de la politique.

"Si nous parvenons à inscrire un million de nouveaux électeurs (d'ici le 22 juillet), nous aurons réalisé quelque chose d'extraordinaire", a-t-il dit à la radio privée Shems FM.

 

- Prolongation du délai? -

 

Des voix se sont élevées, comme celle du chef de file de l'opposition aux islamistes, l'ex-Premier ministre Béji Caïd Essebsi, pour réclamer la prolongation du délai prévu pour les inscriptions.

En attendant, l'ISIE s'est réunie avec des partis politiques pour les presser de participer davantage à la sensibilisation des électeurs.

L'instance estime ne pas avoir lésiné sur les moyens: en plus des agents dans les mairies, des campagnes d'affichage et des spots télévisés, elle a par exemple installé des bureaux volants dans des rues et des supermarchés pour permettre aux Tunisiens de s'inscrire en faisant leurs courses.

L'ISIE avait à de maintes reprises déploré le retard pris dans l'adoption de la loi fixant la date des scrutins, avertissant qu'il aurait un impact sur la campagne d'inscription.

Inès Jlidi, la coordinatrice de l'instance à Ben Arous, a de son côté regretté que ses équipes aient parfois été accueillies de manière "peu amène" par des citoyens.

Signe de l'hostilité de certains, l'ISIE a annoncé la semaine dernière que les inscriptions en ligne et par SMS avaient dû être temporairement interrompues en raison d'une attaque de pirates informatiques.

AFP

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