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Le Kenya "pas sérieux" face aux shebab, selon l'opposant Odinga

Face aux attaques meurtrières des islamistes somaliens shebab, le gouvernement kényan n'est "pas sérieux", accuse l'opposant Raila Odinga, inquiet des tensions ethniques qui s'aggravent au Kenya en même temps que l'insécurité.

"Il y a un haut degré d'angoisse dans le pays" car les "tueries" ont "atteint des niveaux sans précédent", explique l'ex-Premier ministre et leader de l'opposition, interrogé par l'AFP mardi après-midi.

Depuis la mi-juin, le Kenya vit au rythme de raids meurtriers menés par des hommes armés sur des localités de la côte proche de l'archipel touristique de Lamu (sud-est). Bilan: au moins 87 morts, selon la Croix-Rouge.

Les islamistes shebab affiliés à Al-Qaïda, que l'armée kényane combat en Somalie depuis septembre 2011, ont revendiqué la plupart de ces opérations.

Malgré ces revendications et les témoignages de survivants, le président Uhuru Kenyatta a exclu la piste shebab et accusé des "réseaux politiques locaux". De l'avis général, il mettait ainsi en cause au premier chef son rival de la présidentielle de mars 2013, Raila Odinga.

"Ce genre de réaction est absurde", balaie tranquillement l'intéressé, depuis ses bureaux installés à Upper Hill, un quartier d'affaires de la capitale Nairobi.

Pour M. Odinga, 69 ans, le pouvoir cherche à "détourner l'attention" de la menace islamiste et à "marquer des points contre ses adversaires politiques", alors que le pays est dans une situation "tragique".

"Cela montre que le gouvernement n'est pas sérieux" dans sa réaction aux raids sanglants, lâche l'opposant, diction lente et carrure imposante dans sa chemise aux imprimés africains.

Depuis que le président Kenyatta a dit voir, plutôt que des attaques shebab, des "violences ethniques aux motivations politiques" sur la côte - une des régions où les relations entre ethnies sont délicates sur fond de litiges fonciers -, les discours se durcissent à travers le pays. Sur les réseaux sociaux, les propos haineux fleurissent, illustrant un regain de tensions entre communautés.

- "Balkanisation" -

"Il faut faire plus pour rassembler le pays, donner aux gens un sentiment d'appartenance" nationale, insiste M. Odinga.

"Il ne faut pas tomber dans ces divisions, cette balkanisation que nous avons vécues ces derniers temps, il faut plus de tolérance entre les communautés. Nous n'y sommes pas encore. C'est ce qui a provoqué par le passé des affrontements", prévient-il, citant les violences postélectorales de 2007-2008, les pires qu'ait connues le Kenya depuis son indépendance en 1963.

Le pays, première puissance économique d'Afrique de l'Est, reste traumatisé par la crise qui avait suivi la présidentielle de décembre 2007, faisant plus de 1.100 morts. Elle avait éclaté après l'annonce de la réélection du président sortant Mwai Kibaki, contestée par son rival, un certain Raila Odinga, qui dénonçait des fraudes.

Le président actuel Uhuru Kenyatta et son vice-président William Ruto - alors dans les deux camps rivaux mais élus sur un ticket commun en 2013 - sont accusés de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale pour leurs responsabilités présumées dans ces violences, qui avaient viré en règlements de comptes interethniques.

Les violences, "c'est ce que nous devons éviter et nous ne pouvons les éviter que si les responsables s'assoient et discutent ensemble", assure l'opposant.

Raila Odinga, leader de la coalition Cord, réclame sans relâche un "dialogue national" pour sortir le pays de l'ornière.

Pour lui, le gouvernement doit retirer "dès que possible" les quelque 3.600 militaires kényans déployés en Somalie voisine au sein de la force africaine Amisom, et publier le bilan des pertes: "régulièrement nos soldats nous reviennent dans des cercueils".

Au plan intérieur, il prône une relance des réformes promises après la crise de 2007-2008, notamment sur la cruciale question des terres qui empoisonne depuis des décennies les relations entre communautés.

Mais les manifestations que l'opposition organise, comme le 7 juillet à Nairobi, n'y peuvent rien: pour le pouvoir, les Kényans ont fait leur choix lors de la présidentielle l'an dernier et le camp Odinga doit laisser les gouvernants gouverner.

Si, faute de "dialogue", le chef de l'opposition exige désormais un "référendum", les autorités le soupçonnent parfois ouvertement de chercher en réalité le désordre.

Plutôt que de traquer les shebab, "ils veulent diaboliser l'opposition", réplique l'ancien Premier ministre dans un sourire.

AFP

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