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En Ethiopie, les réfugiés sud-soudanais survivent dans la misère

Chassée de chez elle par le déclenchement des violences au Soudan du Sud, Nyayoul Gach a trouvé refuge en Ethiopie car elle ne parvenait plus à nourrir ses cinq enfants qui dépérissaient rapidement.

Installée aujourd'hui dans un camp de réfugiés boueux dans l'ouest de l'Ethiopie, là voilà confrontée à de nouvelles menaces : la faim, la maladie et la vermine qui se propagent dans ce milieu surpeuplé. 

Et, Nyaloul se demande si la vie qu'elle a fuie ne valait pas mieux que ce qu'elle endure maintenant.

"Je suis vraiment inquiète pour ma famille car je me demande ici ce que je dois faire pour survivre", dit-elle, serrant contre elle son bébé malade de la malaria. "J'aimerais aller au Soudan du Sud, mais la situation n'est pas bonne. Mais ici non plus, donc je pourrais tout aussi bien retourner", ajoute-t-elle maussade et résignée.

La guerre civile dans le plus jeune pays de la planète - et un des plus pauvres - a fait en sept mois des milliers, voire des dizaines de milliers de morts (aucun bilan précis n'est disponible), forçant plus de 1,5 million de personnes à fuir leurs foyers - un nombre qui ne cesse de croître, selon les ONG sur place.

L'ONU ne dispose pour l'instant que de 40% des fonds nécessaires pour l'aide humanitaire: il manque encore plus d'un milliard de dollars (760 millions d'euros) pour nourrir et soigner les réfugiés.

 

    - "Plus rien à manger" -

 

Bayang Lual est arrivé en Ethiopie pour trouver à manger, comme les quelque 166.000 autres réfugiés de son pays dévasté.

"Lorsque la guerre a commencé, toutes les maisons ont été incendiées, et la nourriture avec. Nous n'avions plus rien à manger, alors nous nous sommes enfuis", raconte ce père de trois enfants au visage émacié, dont le fils âgé de sept ans a été tué dans les combats.

Aujourd'hui, il attend patiemment son tour dans un centre d'enregistrement des réfugiés de la frontière. Perdu, il cherche son épouse et ses enfants encore vivants dont il a été séparé durant la fuite. La région d'où il vient, le Haut-Nil, dans le nord du pays riche en pétrole, a été le théâtre des combats les plus violents.

Les équipes d'urgence humanitaire en Ethiopie peinent à s'occuper des gens comme Lual alors que jusqu'à mille réfugiés arrivent dans le pays chaque jour. Ouvert en mai, un nouveau camp d'accueil est déjà plein et l'ONU dit avoir désespérément besoin de nouveaux campements pour les réfugiés.

 

- "Regardez-moi, je suis trop maigre" -

 

Dans ces conditions, la malnutrition touche 5% de la population de réfugiés tandis que la malaria avance inexorablement avec la saison des pluies qui a commencé. 

"J'ai vu des situations difficiles dans d'autres centres d'urgence, mais celle d'ici est une des pires", affirme Foura Sassoun Madi, coordonnateur de Médecins sans Frontières (MSF).

Dans ce campement où les conditions sanitaires se dégradent rapidement, Nyakach Duoth s'inquiète pour ses cinq enfants qui souffrent d'infections pulmonaires.

"Regardez-moi, je suis trop maigre, je n'étais pas ainsi avant. Mais il n'y a pas à manger ici", dit cette femme dont on aperçoit les os du thorax à travers une robe jaune en loques.

Les deux sacs de grain que sa famille reçoit chaque mois permettent de se nourrir "au minimum", mais elle n'ose pas rentrer chez elle dans le Haut-Nil où elle craint que la situation ne soit pire.

De fait, il y a peu de chances que ces réfugiés rentrent chez eux prochainement, la récolte étant perdue pour la plupart des fermiers à cause de la guerre.

Les pourparlers de paix à Addis Abeba durent depuis des mois sans résultat. Lors de la célébration du troisième anniversaire de l'indépendance du Soudan du Sud la semaine dernière, les belligérants se sont mutuellement appelés à reprendre les négociations, mais l'avenir reste sombre pour les réfugiés.  

"Je n'aime pas voir mon peuple ici. La vie est très difficile, mais la situation au pays ne me permet pas de rentrer, même si nous ne sommes pas heureux ici", dit Nyakach Duoth, résignée.

 

AFP

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