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Soudan du Sud: le salut des habitants affamés de Leer vient du ciel

Tombant du ciel bleu de Leer, dans le nord du Soudan du Sud, en centaines d'énormes flocons, des ballots blancs s'abattent au sol, apportant une aide alimentaire providentielle à une population affamée.

L'avion s'éloigne avant un nouveau passage. Dans le département de Leer, la manne larguée des avions du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est l'unique salut pour les habitants, de retour dans une localité ravagée et privée de tout.

Ils viennent de passer des mois en brousse pour échapper aux combats qui ont éclaté fin janvier entre l'armée et les rebelles qui s'affrontent depuis près de sept mois dans le plus jeune Etat du monde, fondé le 9 juillet 2011.

A Leer, seuls les largages du CICR, plusieurs par semaine depuis fin avril, permettent de manger à environ 15.000 foyers sur les 19.000 environ (soit quelque 100.000 personnes) du département. La zone est coupée du reste du pays par la saison des pluies, qui rend les routes impraticables.

"Nous dépendons de la nourriture du CICR", confie Nyalony Nyak, une veuve de 40 ans, qui vient de recevoir, comme 1.100 autres familles, 30 kg de sorgho, 10 kg de haricots, 1,25 kg de sucre, 500 g de sel et 5 litres d'huile.

Ces vivres doivent lui permettre de nourrir durant trois semaines son foyer: ses sept enfants âgés de 3 à 18 ans, sa belle-fille, le bébé de celle-ci mais aussi les deux garçonnets de voisins dont elle a la charge.

"C'est peu, mais c'est incomparable par rapport à avant", explique-t-elle: en fuyant Leer, "j'ai d'abord tué mes vaches pour survivre, (...) puis en brousse nous mangions les nénuphars sur le fleuve, ou parfois des petits animaux que nous parvenions à chasser".

Tuer ses vaches, dans la culture locale, est un dernier recours. En plus d'être une richesse, elles fournissent le lait qui accompagne les céréales (maïs, sorgho) consommées pendant la saison des pluies.

 

- Méthode utilisée en Afghanistan -

 

Revenue à Leer fin avril, elle a trouvé ses "tukul" - huttes traditionnelles d'habitation au toit de chaume - incendiés et pillés. La famille s'entasse désormais dans le "luak" épargné, la grande hutte qui sert habituellement d'étable, et dans une cabane de tôle et de grillage.

Dans la seule localité de Leer, formée de hameaux épars de quelques huttes, plus de 1.500 habitations ont été détruites, essentiellement par le feu, selon des évaluations satellitaires publiées par l'ONU. Du ciel, l'étendue des dégâts est visible. Le marché a été pillé.

Les habitants de la région "n'ont accès à aucune sorte de nourriture, (...) sur le marché rien n'était disponible avant que nous commencions les largages", explique Nora Achkar, chef des opérations du CICR à Leer. "La population souffre de malnutrition sévère. On peut voir beaucoup de gens décharnés, beaucoup de gens affaiblis qui ont besoin de nourriture de toute urgence".

Outre leur coût important, les largages sont "logistiquement très contraignants, mais c'était la seule option possible", insiste-t-elle.

Les derniers largages aériens du CICR remontaient à 1998, en Afghanistan. Mais "la situation est telle que nous avons dû recommencer", souligne Franz Rauchenstein, chef de délégation de l'ONG au Soudan du Sud. C'est "un outil choisi en dernier ressort".

Outre la nourriture, sont également largués des semis - sorgho, maïs ou niébé ("cowpea", sorte de petit haricot) - distribués à la population, dans l'espoir de réduire à terme ses besoins. Il est encore possible de semer, mais "il reste très peu de temps", avertit Nora Achkar.

Autour des restes des "tukul" brûlés, Nyalony Nyak a planté du maïs, presque à maturité, et du sorgho.

"Au moins, nous aurons un peu d'amélioration, mais vu le nombre de personnes à la maison, cela ne durera pas", s'inquiète-t-elle. "Il faudra du temps avant de pouvoir acheter une nouvelle vache, revenir à une vie normale".

Le moment où la population de Leer pourra subvenir à ses propres besoins est loin, confirme la représentante du CICR: l'opération de largage "va se poursuivre encore un moment".

AFP

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