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Triste anniversaire pour le Soudan du Sud, déchiré par la guerre

Le Soudan du Sud, plus jeune nation du monde, célèbre mercredi son troisième anniversaire en pleine guerre civile, alors que plane la menace de famine après des mois d'atrocités et de massacres ethniques.

"C'est un triste anniversaire", confie Gideon, 23 ans, un habitant de la capitale, Juba. Il espérait mieux pour son pays quand il fêtait dans l'allégresse l'indépendance, proclamée le 9 juillet 2011.

Né au prix de décennies de conflit contre Khartoum, qui ont fait plus de deux millions de morts, le Soudan du Sud a replongé le 15 décembre dernier dans la guerre.

Le conflit, qui oppose l'armée loyale au président Salva Kiir à une rébellion menée par son ancien vice-président Riek Machar, a chassé de chez elle 10% de la population, soit plus de 1,5 million de Sud-Soudanais, fait des milliers, voire des dizaines de milliers de morts, et exacerbé les antagonismes entre les nombreuses ethnies du pays.

Elle a aussi mis à bas le peu de progrès effectués depuis son indépendance par le jeune pays, parti de quasiment rien et pourtant riche en pétrole, sa seule ressource.

La capitale, d'où sont partis fin 2013 les combats entre unités de l'armée sud-soudanaise aux loyautés politico-ethniques rivales qui se sont ensuite étendus à d'autres régions, est depuis plusieurs mois épargnée par les affrontements. Mais la guerre y est visible dans les deux bases de l'ONU.

"Avant, nous étions ensemble, maintenant nous sommes différents", explique Gatluak Nhial, 34 ans. Cet ancien vendeur de vêtements est désormais réfugié dans le camp onusien de Tomping, près de l'aéroport de Juba, où atterriront les chefs d'Etat étrangers invités aux cérémonies officielles.

Plus de 30.000 personnes, essentiellement issues du peuple nuer, l'ethnie de Riek Machar, passeront ce troisième anniversaire dans ces bases où elles ont trouvé refuge.

En reprenant le contrôle de Juba en décembre, l'armée a massacré des centaines de Nuer qui restent trop terrifiés pour rentrer chez eux, malgré les conditions de vie extrêmement difficiles.

 

- Menace de famine -

 

A la promiscuité et au manque d'installations sanitaires s'ajoutent désormais les pluies, qui inondent des parties du camp et le transforment en bourbier.

"Un peuple, une nation", proclament les affiches placardées à travers la capitale pour annoncer l'anniversaire, en un immense déni des nombreux massacres et atrocités perpétrés sur des bases ethniques par les belligérants depuis décembre.

A l'exception des affiches, aucun signe particulier des commémorations à venir n'est visible dans les rues de Juba. Les festivités officielles consisteront, comme les deux dernières années, en une parade militaire accompagnée de discours au mémorial John Garang.

Le chef historique de la rébellion sudiste est mort en 2005, année où il avait signé l'accord de paix avec Khartoum qui allait mener son pays à l'indépendance.

Dans le nord et l'est du pays, les zones les plus touchées par le conflit, la situation humanitaire catastrophique empêche toute réjouissance. 

Les combats semblent avoir légèrement baissé d'intensité depuis la signature d'un cessez-le-feu en mai, sous forte pression internationale, mais aussi à la faveur de la saison des pluies qui limite les mouvements de troupes et de matériel.

Dans l'Etat pétrolifère d'Unité (nord), les puits sont à l'arrêt et près de 40.000 personnes ont afflué depuis avril vers le camp local de l'ONU, en partie poussées par la faim.

Les agences humanitaires sonnent l'alarme: la famine menace près de quatre millions de personnes, soit presque le tiers de la population, dont une partie est coupée de tout par les pluies qui rendent les routes impraticables.

Alors que les discussions de paix sont dans l'impasse à Addis Abeba, en Ethiopie, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) procède depuis fin avril à des largages aériens de vivres à Leer, dans l'Etat d'Unité. Il n'avait plus utilisé un tel procédé depuis 1998 en Afghanistan.

Mardi, la représentante de l'ONU au Soudan du Sud a lancé un véritable réquisitoire contre les dirigeants sud-soudanais, gouvernement et rébellion confondus.

Hilde Johnson, qui quittait ses fonctions, a accusé une élite "occupée à servir ses propres intérêts", corrompue et avide de pouvoir, de porter l'entière responsabilité des malheurs du pays, un plus pauvres du monde, replongé "des décennies en arrière".

"Jamais auparavant nous n'avons été témoins de pareilles tueries et atrocités commises par des Soudanais du Sud contre des Soudanais du Sud", a-t-elle dit à l'aéroport de Juba.

 

AFP

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