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Bafétimbi Gomis (2011) REUTERS/Robert Pratta, Moussa Sow (2011) REUTERS/Pascal Rossignol
Bafétimbi Gomis (2011) REUTERS/Robert Pratta, Moussa Sow (2011) REUTERS/Pascal Rossignol

Du Sénégal à la France, il n’y a qu’un pas

Le premier a 26 ans, le second est âgé de 25 ans. L’un joue pour les Bleus de l’équipe de France, l’autre a été enrôlé par les Lions de la Teranga du Sénégal. Bafétimbi Gomis et Moussa Sow auraient pu évoluer dans la même équipe nationale, mais le destin en a décidé autrement.

Mise à jour du 13 juin 2012: Bafétimbi Gomis et un autre joueur lyonnais feraient l’objet d’une enquête pour «viol en réunion»  selon Lyon Mag. Les faits se seraient déroulés dans la nuit du 12 au 13 juin. La victime, une femme de 38 ans, aurait porté plainte contre les deux joueurs. Les témoignages rapportés de sources policières sont contradictoires. Selon une première source, l’attaquant lyonnais aurait passé la nuit en garde-vue. Néanmoins, d’autres responsables de la police lyonnaise ont indiqué à l’AFP «que les faits ont été rapportés à la police mais qu'aucune plainte n'a été déposée et que les deux joueurs n'ont ni été entendus, ni placés en garde à vue».

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Mise à jour du 28 avril: Le Français Pierre Lechantre a été nommé sélectionneur de l'équipe nationale du Sénégal, au terme d'un long feuilleton né du licenciement du Sénégalais Amara Traoré après une calamiteuse CAN 2012.

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Attaquants phares de la Ligue 1, Bafétimbi Gomis et Moussa Sow brillent dans leurs clubs respectifs. Nés en France de parents originaires du Sénégal, les deux avants-centres joueurs ne jouent pas dans la même sélection. Là où Gomis a décidé de jouer pour la France, Sow défend les couleurs du Sénégal. Portrait croisé de deux talents du championnat français.

Des «purs produits français»

Gomis est le premier à faire parler de lui. Reperé à l’âge de 15 ans par l’AS Saint-Etienne, le natif de La Seyne-sur-Mer, ville du sud-est de la France, fait ses classes chez les Verts. Le joueur débute sa carrière professionnelle lors de l’exercice 2003/2004, à l’époque, l’ASSE évolue en Ligue 2.

A la fin de la saison, le club retrouve l’élite (Ligue 1). «Bafé», comme le surnomme ses coéquipiers, joue peu, et en janvier 2005 il est prêté à Troyes, un club de Ligue 2. De retour à Saint-Etienne, le joueur va peu à peu s’imposer dans l’effectif.

Finalement, Gomis va enflammer le «Chaudron Vert», le stade de Saint-Etienne. Lorsqu’il marque, l’attaquant reprend le geste du brésilien Alex, ancien Stéphanois qui, à son époque, imitait la panthère pour célèbrer un but.  En 2008, le fauve rugit à 16 reprises en championnat, une performance qui lui permet de finir troisième au classement des meilleurs buteurs.

L’histoire d’amour avec les Verts se termine en 2009, l’avant-centre s’engage avec l’éternel rival, l’Olympique Lyonnais. Après des débuts difficiles, Gomis est devenu l’une des pièces maîtresses de l’attaque rhodanienne.

Moussa Sow a mis plus de temps à «exploser» au haut niveau. Enfant, il débute le football dans sa ville natale, Mantes-la-Jolie, près de Paris. A 16 ans, le jeune joueur est repéré et signe à l’Amiens SC. Après un an passé en Picardie, Sow débarque à Rennes, en Bretagne. A l’issue de cette saison, l’attaquant devient champion de France des réserves de la CFA (4e division du football français).

L’année suivante, l’attaquant débute son parcours professionnel. Pour acquérir du temps de jeu et de l’expérience, le joueur est prêté au CS Sedan en 2007. Un an plus tard, Sow fait son retour dans l’effectif breton, rapidement, le joueur se montre décisif.

En 2009, le natif de Mantes-la-Jolie inscrit le but qui qualifie son club pour la finale de la Coupe France, et à la fin de la saison, il termine meilleur buteur de l’équipe avec 13 réalisations toutes compétitions confondues.

Malgré ses bonnes performances, Moussa Sow ne jouit pas d’un statut de titulaire. Bloqué par la concurrence (à l’époque, la Black Star du Ghana Asamoah Gyan et le guinéen Ismaël Bangoura composent l’attaque de la formation rennaise) et en fin contrat à Rennes, il s’engage avec le LOSC, le club de Lille, en 2010. Aujourd’hui les dirigeants bretons doivent encore s’en mordre les doigts.

Car à Lille, l’attaquant va littéralement «exploser». Meilleur buteur de la saison avec 25 réalisations, Moussa Sow est l’un des principaux artisans du doublé Coupe de France-championnat de Lille en 2011. Les bonnes prestations des deux joueurs leur permettent d’être appelés en équipe nationale.

Un pays de naissance, deux équipes nationales

En 2008, après avoir refusé l’offre de la sélection sénégalaise, Bafétimbi Gomis est appelé en équipe de France. Pour son premier match (France – Equateur), l’attaquant inscrit un doublé. Il faut remonter au 17 août 1994 et à un certain Zinédine Zidane pour voir une telle performance. Le lendemain, Gomis est présent dans la liste des 23 joueurs qui participeront à l’Euro 2008.

En revanche, Moussa Sow a préféré jouer pour le Sénégal. C’est pourtant en France que l’attaquant a débuté sa carrière internationale. En 2005, il devient même champion d’Europe des moins de 19 ans.

Mais le joueur souhaite rugir avec les Lions de la Téranga. En 2009, l’avant-centre répond à l'appel de la Fédération sénégalaise de football et débute face au Congo.

Moussa Sow ne cache pas son plaisir de jouer pour son pays d’origine:

«Je dirais que jouer pour le Sénégal est une grande fierté pour moi, même si la France reste le pays dans lequel je suis né.»

«C’est un choix du cœur. Je n’ai eu aucune influence. Bien que j’aie joué dans les petites catégories de la France, je rêvais toujours de jouer pour le Sénégal qui est le pays de mes parents.»

Ce «choix du cœur» n’a pas plu à Laurent Blanc, sélectionneur de l’Equipe de France:

«C’est un grave problème, on ne peut pas continuer comme ça.»

Et d’ajouter:

«Il y a des joueurs qui font l’équipe de France U16, U17, U18, U19, U20, U21, qui font même l’équipe de France A, puisque quand on fait un match non officiel ça ne compte pas et au dernier moment choisissent leur pays d’origine.»

Peu de temps après ces déclarations, l’affaire des quotas faisait la une des journaux. Dans une sélection où la concurrence fait rage, nombre de joueurs décident, par choix ou par dépit de jouer pour leur pays d’origine.

D’ailleurs, on peut légitimement se demander si Moussa Sow aurait eu sa place dans l’équipe  de France de 2009. Aujourd’hui, l’attaquant a pris une nouvelle dimension. Meilleur buteur de l’exercice 2010/2011, l'avant-centre jouit d’un nouveau statut, et c’est le Sénégal qui en profite.

Des statuts inégaux en sélection

Le 29 septembre, Bafétimbi Gomis est appelé en équipe de France. Le Lyonnais n’avait plus revêtu la tunique bleue depuis près de deux ans. Cette convocation vient saluer l’excellente entame de saison du joueur (8 en buts en 12 matchs, toutes compétitions comprises).

En l’absence de Lisandro (élément clé de la formation rhodanienne), Gomis a su prendre ses responsabilités au sein de l’attaque rhodanienne. Dorénavant, l’ancien Stéphanois va devoir se montrer régulier pour s’imposer chez les Bleus.

Dans une équipe qui compte un Karim Benzema indéboulonnable (forfait pour les deux prochains matchs), un Kévin Gameiro plus que prometteur et un Loïc Rémy qui monte en puissance, la tâche s’annonce des plus difficiles. 

Mais s’il continue sur sa lancée, Gomis a les moyens de se faire une place dans le groupe tricolore. Le joueur aura peut-être la chance de prouver sa valeur lors des matchs contre l’Albanie et la Bosnie qui comptent pour les éliminatoires de l’Euro 2012. Après une longue période d'absence, l'attaquant apprécie ce retour à sa juste valeur:

«Quand vous avez goûté ne serait-ce qu'une fois à l'équipe de France, vous n'avez qu'une envie, c'est d'y retourner. Après, pour moi, cela a été long. Je dirais que cela a été une longue traversée du désert mais c'est comme ça. En football, la vérité d'hier n'est pas forcément celle de demain et il m'a fallu beaucoup de travail pour revenir ici. Mais c'est bien, cela m'a fait progresser

La situation de Moussa Sow est plus aisée au Sénégal. Déjà annoncé comme le successeur d’El Hadji Diouf, le Lillois fait figure de pilier de l’attaque sénégalaise. En revanche, le joueur va devoir faire l'impasse sur le match des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) prévu le 9 octobre.

Le 2 octobre, lors du match qui opposait Lille à son ancien club, Rennes, Sow s'est blessé à un orteil du pied droit. Déjà qualifiés pour la CAN, les Lions de la Téranga devraient dérouler face à la modeste équipe de l'île Maurice. Le joueur aura tout le temps de montrer l'étendue de son talent lors de la phase finale qui se tiendra au Gabon et en Guinée équatoriale en janvier 2012.

Jacques-Alexandre Essosso

 

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Jacques-Alexandre Essosso

Journaliste à SlateAfrique.

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