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Maroc:

Parvenu à la tête du gouvernement marocain début 2012 dans le contexte du Printemps arabe, l'islamiste Abdelilah Benkirane lorgne désormais, à mi-mandat, sur une possible réélection aux législatives de 2016, en dépit des critiques et de vents régionaux contraires.

M. Benkirane, 60 ans, leader du parti Justice et développement (PJD), s'exprime mardi soir (22h00 GMT) devant les deux chambres du Parlement, à Rabat. Ce grand oral doit lui permettre, à mi-parcours, de mettre en avant son action depuis le succès historique des législatives de fin 2011 --le PJD était jusqu'alors cantonné dans l'opposition-- mais aussi de prendre date.

Depuis la récente annonce du calendrier des élections locales de 2015, qui seront un avant-goût des prochaines législatives, l'atmosphère semble effectivement avoir changé dans l'arène politique marocaine.

Leurs modalités font l'objet d'âpres négociations entre partis. Parallèlement, auteur de propos controversés sur la place des femmes au foyer, Abdelilah Benkirane a été accusé, fin juin, de faire entrer le Maroc en période pré-électorale, en "quémandant les votes" des "courants conservateurs".

 

 - 'Stabilité' -

 

Au moment d'un premier bilan --déjà esquissé en mars dans un document écrit--, le chef du gouvernement marocain peut se targuer d'avoir enclenché des réformes sociales à risques, comme celle de la caisse de compensation, qui subventionne à grand frais des produits de base.

Après avoir atteint plus de 7% du PIB en 2012, le déficit public du royaume devrait en conséquence être ramené à 5% à la fin de l'année.

En juin, un projet de réforme des caisses de retraites, au bord de l'asphyxie, a en outre été mis sur table. Il est dans l'attente de contre-propositions syndicales.

Pour l'heure, ces démarches n'ont engendré aucun trouble social majeur, dans un pays de 35 millions d'habitants où près de 30% des jeunes sont pourtant au chômage.

Rabat reste, certes, le théâtre de manifestations de diplômés au chômage, mais celles du mouvement du 20-Février, né dans le sillage du Printemps arabe, sont devenues denrée rare, un fait dont Abdelilah Benkirane s'attribue la paternité.

Avec lui, l"'Etat a gagné en stabilité, avec d'importantes réformes qui étaient coûteuses socialement", estime le journaliste Taoufiq Bouachrine dans Akhbar al-Youm (indépendant).

 

 - 'Vieilles recettes' -

 

Resté relativement populaire, M. Benkirane peut par conséquent croire en ses chances de réélection.

Officiellement, il répète régulièrement "être là pour mener des réformes, pas pour préserver (sa) popularité". Mais "il nous a dit qu'il allait non seulement faire ces réformes mais être réélu", affirme à l'AFP un membre de la majorité.

"Aucune tête n'émerge pour l'heure face à lui", ajoute un autre officiel.

La partie n'est toutefois pas gagnée d'avance. A l'automne, lâché par son principal allié, il a dû reconstruire une coalition au sein de laquelle son parti est minoritaire.

Quant au bilan, une fois évoquée la lutte contre le déficit, "on cherche vainement les autres actions réussies", juge mardi le quotidien L'Economiste.

Pour exemple, la lutte contre la corruption, cheval de bataille électoral du PJD, figure toujours parmi les dossiers en chantier.

Même du point de vue économique, "si on veut parler bilan, l'exercice est féroce!", clame l'expert Najib Akesbi.

Cet économiste proche de la gauche marocaine fustige une croissance relativement faible et des réformes non abouties. Sur la caisse de compensation, loin des promesses initiales, Abdelilah Benkirane "s'est contenté des vieilles recettes néo-libérales: la vérité des prix, +point+", dit-il.

Selon M. Akesbi, "le problème de fond est qu'on a un gouvernant qui ne gouverne pas, et ne tient pas compte de la constitution de 2011", censée renforcer les pouvoirs du gouvernement.

Il "a parié sur la coopération avec le Palais (royal) plutôt que sur le conflit" et choisi "d'être un serviteur plutôt qu'un partenaire", abonde Taoufiq Bouachrine.

Selon lui, "pour l'instant les choses vont plutôt bien puisque les islamistes sont toujours au gouvernement. En Egypte et en Tunisie, ils ont été éjectés du pouvoir".

AFP

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