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Le Soudan du Sud uni, un rêve évanoui pour les réfugiés nuer de Tomping

"Un peuple, une nation", proclament à Juba les affiches pour les festivités des trois ans d'indépendance du Soudan du Sud. Mais chez les déplacés, majoritairement des Nuer, du camp de l'ONU de Tomping, le rêve d'un pays uni s'est évanoui.

Le Soudan du Sud "n'est plus une nation", explique à l'AFP Gatluak Nhial, un jeune homme assis sur une chaise en plastique près de laquelle serpentent des eaux usées.

Plus de 15.000 hommes, femmes et enfants s'entassent dans cette base de l'ONU, proche de l'aéroport de Juba, depuis que les combats ont éclaté le 15 décembre dans la capitale entre les troupes loyales au président Salva Kiir et celles de son ancien vice-président Riek Machar.

En reprenant le contrôle de la capitale en décembre, les soldats fidèles au président Kiir, un Dinka, ont massacré des centaines d'habitants nuer, la communauté de son adversaire.

A travers le pays, chacun des deux camps a perpétré massacres et atrocités contre les civils sur des bases ethniques.

Même si les conditions de vie sont très difficiles dans le camp et que Juba est épargnée par les combats depuis six mois, les Nuer réfugiés à l'ONU craignent d'être tués en raison de leur appartenance ethnique s'ils retournent chez eux, en ville.

Pour Gatmai Nhial Riek, 26 ans, réfugié depuis décembre avec une dizaine de membres de sa famille, dont de jeunes enfants, pas question d'envisager revivre un jour à Juba, où il étudiait.

"Nous sommes ici parce que les Dinka nous tuent", assène-t-il. Dès qu'il pourra sortir du camp, il retournera "chez lui", là où sont ses racines, à Ayod, dans l'Etat oriental du Jonglei, le plus vaste du pays.

- "Pas une nation" -

A travers les allées boueuses du camp, les pensionnaires - très majoritairement des Nuer, reconnaissables à leurs scarifications - interrogés par l'AFP disent vouloir quitter Juba pour leur région d'origine, auprès des "leurs".

"Si j'en ai la possibilité, je retourne dans l'Etat d'Unité", pourtant théâtre d'intenses affrontements depuis le début du conflit, affirme Gatluak Nhial. Cet ex-vendeur de vêtements est originaire de Bentiu, la capitale de cet Etat du Nord.

Abraham Tut Mayak Kai, 27 ans, assure, lui, vouloir quitter le pays et partir finir ses études au Soudan, dont les Sud-Soudanais se sont séparés en 2011, après des décennies de guerre contre le régime de Khartoum ayant fait plus de deux millions de morts.

"Je préfère aller à Khartoum que vivre au Soudan du Sud. Je ne veux pas rester au Soudan du Sud, la sécurité n'est pas bonne pour nous, les Nuer", explique le jeune homme au front barré de six cicatrices traditionnelles.

"Je me sens sud-soudanais mais je ne suis pas traité comme un citoyen de ce pays", lâche-t-il. "A l'heure actuelle, nous ne sommes pas une nation unie, ils disent que les Nuer ne sont pas des gens bien", dit-il à propos des Dinka au pouvoir.

Il ne s'imagine rester que si Riek Machar et ses partisans prenaient le pouvoir: "ces gens sont les miens".

Kadam Leng Kadam, 53 ans, était fonctionnaire de l'administration sud-soudanaise avant d'atterrir au camp de Tomping. 

"Du temps de nos grands-parents", raconte l'homme au visage ridé, scarifié de dizaines de points, Dinka et Nuer ne vivaient pas ensemble, "ils avaient leurs terres et nous les nôtres et chacun restait chez soi".

Pour lui, les problèmes d'aujourd'hui ne sont pas ethniques mais le fait d'un homme, le président Salva Kiir. "Nous voulons changer ce gouvernement. N'importe qui peut être le chef, mais pas Salva Kiir, il est la cause du désordre".

Comme une triste image du Soudan du Sud, un homme abruti par l'alcool titube dans les allées du camp. Il porte un tee-shirt commémoratif des deux ans d'indépendance du pays: 2013, la dernière année où le tout jeune pays était encore en paix.

AFP

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