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Egypte: le président Sissi regrette le procès de reporters d'Al-Jazeera

En regrettant la tenue du procès de journalistes d'Al-Jazeera, condamnés à des peines de prison, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a adressé un message ferme à la justice dont les verdicts sévères dans plusieurs affaires très médiatisées ont provoqué un tollé international, estiment les experts.

M. Sissi, qui a prévenu contre toute ingérence dans les affaires judiciaires, a concédé dimanche devant des journalistes égyptiens triés sur le volet que juger les trois reporters d'Al-Jazeera English avait eu un "impact négatif" sur l'image de l'Egypte à l'étranger.

Pour l'ex-chef de l'armée, tombeur du président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013, il aurait mieux valu expulser les journalistes plutôt que de les juger. A l'issue de ce procès ultra-médiatisé en juin, les trois reporters avaient écopé de 7 à 10 ans de réclusion pour soutien aux islamistes.

Experts et diplomates estiment que ces dernières déclarations reflètent le malaise grandissant du pouvoir égyptien et de ses soutiens, de plus en plus gênés par des verdicts contre les opposants islamistes, dont la sévérité a déclenché une volée de critiques à l'étranger.

"Les propos de M. Sissi sont un signe positif: ils montrent qu'il a compris les dommages causés par le verdict à la réputation de l'Egypte", affirme ainsi à l'AFP un diplomate occidental. "Espérons maintenant que le pouvoir judiciaire comprendra que la procédure en appel doit se terminer rapidement et aboutir à la libération des journalistes".

La présidence a indiqué que M. Sissi, vainqueur haut la main de la présidentielle de mai, ne pouvait intervenir pour gracier les journalistes avant la fin de la procédure en appel.

Depuis la destitution de M. Morsi, la répression de ses partisans a fait plus de 1.400 morts et au moins 15.000 arrestations, alors que des centaines de condamnations à mort ont été prononcées à l'issue de procès expéditifs de masse.

 

- Conséquences diplomatiques -

Si les autorités insistent sur l'indépendance des juges, appelant à respecter leurs verdicts, en privé, plusieurs hauts responsables se disent consternés par des décisions parfois qualifiées d'ubuesques à l'étranger.

Un tribunal du centre de l'Egypte a ainsi récemment condamné à mort près de 700 islamistes présumés pour des manifestations violentes, avant de ne confirmer les peines que de 183 d'entre eux, accusés par le tribunal d'être "des démons" adorant "le Talmud".

Les preuves avancées dans le procès Al-Jazeera avaient également suscité l'indignation de la défense et des soutiens des journalistes à l'étranger. Durant plusieurs audiences, le parquet a présenté des enregistrements inaudibles, des photos de famille de M. Greste, ainsi que des images d'un cheval au galop, tirées d'un reportage sur le tourisme en Egypte.

Les trois journalistes ont été fixés sur leur sort le lendemain de la visite au Caire du secrétaire d'Etat américain John Kerry, venu annoncer le déblocage d'une partie de l'aide militaire américaine suspendue après l'éviction de M. Morsi. Peu après avoir quitté l'Egypte, celui qui est pourtant considéré comme un des principaux alliés du Caire à Washington, dénonçait un verdict "effrayant et draconien".

Et cette visite intervenait sur fond de calendrier judiciaire chargé: un jour avant l'arrivée de M. Kerry, les 183 peines de morts étaient confirmées.

"Certains verdicts inquiètent une partie de l'élite dirigeante" car les procès "Al-Jazeera ou les condamnations à mort ont eu des conséquences sur le plan diplomatique et affecté les relations égypto-américaines", note Issandr El-Amrani, du think-tank International Crisis group.

Ainsi, certains fervents partisans de l'éviction de M. Morsi expriment désormais leur consternation sans ambages. "L'indépendance du pouvoir judiciaire que nous défendons tous ne doit pas signifier que les juges peuvent vivre coupés du monde et ne pas se soucier des conséquences" qu'auront leurs verdicts, écrivait ainsi récemment l'influente présentatrice de télévision Lamees al-Hadidi.

AFP

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