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Pourquoi les Libyens ne veulent plus de Kadhafi

L’embrasement du Maghreb est arrivé depuis une semaine aux portes de la maison Kadhafi.

Au pouvoir depuis 30 ans, l’autoritarisme du dirigeant libyen a alimenté la contestation populaire, d’une virulence inédite aujourd'hui. Tous les moyens sont bons pour montrer son désaccord, et chacun sort avec les armes, manifestants comme policiers.

Un reportage de BFM TV montre les manifestations à Tripoli et à Benghazi dans la soirée du 20 février.

Au moment où les rues de Benghazi et de Tripoli recrachent les corps des victimes de tirs à balles réelles opérés par les forces de l’ordre, le site Libyafeb17.com (hostile au régime) revient sur les causes à l'origine d’une telle contestation.

Le régime Kadhafi a en effet assis son autorité sur un système répressif, dont sont victimes tous les Libyens et plus particulièrement les opposants. Au début des années 80, «des étudiants libyens ont été pendus dans les universités, les stades et des parcs publics simplement pour ne pas avoir adhéré à l’idéologie du livre vert» un ouvrage écrit par Kadhafi, qui se qualifie lui-même de «prophète de la révolution», et où il expose son idéologique politique.

A la même période, l’opération baptisée »Eliminer les chiens errants» a vu l’assassinat de nombreux opposants politiques, en plus du meurtre d'Yvonne Fletcher, officier de police britannique, sur les marches de l’ambassade de Libye à Londres en 1984.

Le site rapporte également le massacre de la prison d’Abu Sleem avec «l’ordre de tuer au moins 1.200 prisonniers politiques», et dénonce la responsabilité du colonel dans les conflits avec le Tchad et l’Ouganda, «qui auraient causé la mort d’au moins 20.000 Libyens». En outre, «Kadhafi aurait fourni des armes chimiques au dernier dictateur somalien, Muhammad Siyad Barre, faisant des milliers de morts».

Le quotidien britannique The Independent souligne que les Libyens «sont fatigués de vivre dans la peur, fatigués de la corruption, du chômage, et d’être ignorés. L’argent et les investissements étrangers qui sont arrivés à Tripoli ces dernières années ont contribué à améliorer l’image du régime aux yeux des étrangers, mais le reste du pays a été oublié dans une corruption endémique».

Beaucoup craignent un véritable carnage. Malcolm Smart, directeur d’Amnesty International au Moyen-Orient et en Afrique, évoque une «situation alarmante qui ne cesse d’empirer. On dirait que le dirigeant libyen a ordonné à ses forces de stopper les manifestants coûte que coûte»

Une violence qui gagne tout le pays, avec 61 morts à Tripoli pour la seule journée du 21 février rapporte l’agence de presse italienne Ansa. Ce qui porte à 233 morts le bilan de 7 jours de manifestations, d’après l’ONG Human Rights Watch.

Le quotidien italien Il Corriere della Sera rapporte que dans la soirée du 20 février, Seif al-Islam, un des fils de Kadhafi, aurait dénoncé un «complot des étrangers et des séparatistes qui veulent que la Libye redevienne une colonie». Le fils du raïs a remis de l’huile sur le feu en désignant «les ennemis de la Libye» comme étant «les islamistes, les journalistes, les hooligans, les alcooliques, les drogués, les étrangers dont les Egyptiens et les Tunisiens».

Il a ajouté que le pays était «au bord de la guerre civile […] et nous continuerons à nous battre jusqu’au dernier homme debout, jusqu’à la dernière balle. Il y aura des milliers de morts et des rivières de sang si les Libyens ne choisissent pas la nouvelle Libye».

Un reportage réalisé par la chaîne Al-Jazeera qui fait le bilan des affrontements évoque l'intervention de mercenaires payés 30.000 dollars par le gouvernement pour tirer à balles réelles sur les manifestants.

Lu sur Libyafeb17.com, The Independent, Ansa.it