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Au Kenya, le deuil et la peur

Dans le jardin de l'hôpital de Mpeketoni, morgue improvisée où sont rassemblées des victimes du carnage commis dans cette localité kényane, le silence du deuil était alourdi mardi par la peur, après un nouveau raid nocturne contre un village voisin.

Sous une tente blanche, dans l'incessant bourdonnement des mouches qui se cognent contre les moustiquaires, une trentaine de corps gisent sur le dos, nus, dans des sacs mortuaires ouverts.

Ces victimes comptent parmi les 49 Kényans tués dimanche soir lors d'une attaque revendiquée par les islamistes somaliens shebab liés à Al-Qaïda, et menée dans cette localité proche de la côte touristique, dans l'est du Kenya.

La plupart portent des blessures à la tête. Dans la chaleur étouffante de la tente, flotte l'âcre odeur des cadavres. A l'extérieur, assis à l'ombre des arbres du jardin, des dizaines d'habitants attendent de récupérer les corps de parents ou d'amis.

"La tension est très forte. (...) On ne sait pas ce qui se passe", explique à l'AFP Dan, âgé d'une trentaine d'années, venu chercher la dépouille d'un proche.

Car un nouveau raid meurtrier, commis lundi soir contre le village de Poromoko, à une vingtaine de km de là, est venu renforcer les craintes des habitants de Mpeketoni.

Ann, petite femme de 42 ans aux yeux embués de larmes, confie sa peur. "Nous ne savons pas où est la police", dit-elle. A l'arrière d'un pick-up, les corps de deux de ses proches sont chargés par des hommes en combinaison et masques blancs.

Dans la matinée, la tension qui sature l'atmosphère a éclaté. Il a suffi qu'un minibus - comme l'un de ceux à bord desquels étaient arrivés dimanche soir les assaillants - passe un peu trop vite pour déclencher la panique. Les habitants se sont mis à fuir, à pied, à moto ou en voiture, cherchant à échapper à un danger invisible, et finalement inexistant.

Police discrète, barrages dérisoires

"On ne peut pas savoir qui est le suivant, on a peur", souligne David Njoroge, pasteur d'une église évangélique.

En outre, dit-il, "la tension commence à monter" entre musulmans, très majoritaires sur la côte, et chrétiens, qui sont les plus nombreux dans la zone de Mpeketoni.

"Ici, il y a des chrétiens et des musulmans et tous ceux qui ont été tués sont chrétiens", rappelle-t-il. Mais il raconte que trois maisons habitées par des musulmans ont été brûlées lundi soir dans un village proche, Mapenya. "Tout cela pourrait conduire à une guerre civile", redoute-t-il.

"On ne sait pas ce que fait le gouvernement", glisse le pasteur. 

Mardi après-midi, le déploiement de forces de sécurité annoncé dans la zone était en tout cas bien peu visible.

A Hongwe, à environ 7 km de la ville, sur la route qui mène à Poromoko, les jeunes du village ont érigé mardi des barrages avec des branchages, au-dessus desquels s'élève le panache noir d'un pneu enflammé.

"Aucun véhicule ne passe" à cause "des problèmes de sécurité", indique Paul Macharia, 38 ans, casquette noire sur visage replet. "Depuis la nuit dernière aucun policier n'est venu ici", déplore-t-il.

Plusieurs personnes ont été tuées dimanche soir sur la route, par les mêmes assaillants qui ont attaqué Mpeketoni.

"Ils étaient très nombreux, ils étaient éparpillés dans la zone et la police n'est pas intervenue, ils avaient peur", raconte Joseph Ganda, conducteur de moto-taxi.

Le barrage semble cependant bien dérisoire face aux présumés shebab qui ont pris d'assaut Mpeketoni et exécuté de sang-froid d'une balle dans la tête, à bout portant, des hommes de confession chrétienne.

"Nous ne sommes pas organisés", regrette Joseph Ganda, alors que rien n'indique que le commando a quitté la zone. "Au moins, si nous avions des armes, nous pourrions nous défendre", lance-t-il. Avant d'admettre, penaud: si les assaillants reviennent, "on s'enfuira pour sauver notre peau".

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