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Tupac Shakur, 4 septembre 1996, New York. REUTERS/Mike Segar
Tupac Shakur, 4 septembre 1996, New York. REUTERS/Mike Segar

Tupac président

Le 16 juin 2011, Tupac aurait eu 40 ans. Pour ses amis, la star défunte du hip-hop américain serait aujourd'hui très différente de la personne qu'il était à 25 ans, au moment de sa mort.

Le 16 juin, le grand et défunt Tupac Shakur aurait eu 40 ans. On peut raisonnablement parier que la maturité n'aurait rien enlevé à la férocité flamboyante de son hip-hop juvénile, mais pour ses amis et ses fans, que The Root a rencontrés, la sagesse aurait certainement orienté les passions de Shakur vers des projets plus positifs —la politique, selon eux. Ou les affaires.

«Par rapport à tout ce que je pouvais écouter à la radio, [Pac] sortait clairement du lot quand je me suis mis au hip-hop», déclare Meek Mill, un rappeur de 24 ans, qui avait à peine 9 ans au moment de l'assassinat de Tupac, à Las Vegas, en 1996, date à laquelle il se familiarisa pour la première fois avec sa musique. Tupac a beau être mort à 25 ans, sa légende, elle, est toujours bien vivante. Le récent titre de Mill, en duo avec Rick Rosse, et intitulé «Tupac Back» —dans lequel le rappeur évoque l'héritage de Shakur— prouve combien son influence est encore tenace. «Je pense qu'il ferait sans doute de la politique, aujourd'hui», déclare Meek. «Il a toujours essayé de vous balancer les choses comme ça, crûment, par rapport à ce qui se passait réellement, dans la vraie vie.»

Un balayage rapide de la carrière abrégée de Shakur montre combien son image et son inspiration changeaient continuellement. La plupart de ses fans ont connu Tupac, pour la première fois, par «Same Song», le titre des Digital Underground, issu de leur album de 1990 This Is an EP Release. Dans le clip, on voit Tupac coiffé d'un fez qui rappe sur des «pitreries...pendant que je traîne avec les Underground».

Quelques années plus tard, Pac, en digne descendant des Black Panthers, mettait en vers la brutalité policière dans «Strapped», extrait de son premier album 2Pacalypse Now, sur lequel on retrouvait aussi «Brenda's Got a Baby». Ensuite, peu après le clou de sa carrière que fut son apparition dans le film Juice, il s'attela à la «THUG LIFE*», via son Strictly 4 My N.I.G.G.A.Z., un album radical et récompensé d'un disque de platine.

Rivalité entre East et West Coast

Les artistes changent de point de vue d'année en année, d'un jour à l'autre. Pardonnez-leur —ce ne sont que des humains, après tout. La diversification des expériences, ou même la survenue d'incidents majeurs, peuvent révolutionner toute une façon de penser. Un an et demi après la sortie de Strictly 4 My N.I.G.G.A.Z., et à la suite de multiples péripéties judiciaires, Pac fut condamné à un an et demi, puis à quatre ans de prison pour agression sexuelle. La veille de sa condamnation, il se faisait détrousser puis tirer dessus dans le hall des studios Quad, à New York.

Cette fusillade qui faillit lui coûter la vie marqua le début de la rivalité entre East et West Coast, et Tupac se rangea aux côtés de Suge Knight, de Death Row, qui l'aida à payer sa caution pour sortir de prison. Tupac passa au vitriol ses rivaux de la côte Est, que certaines rumeurs pensaient responsables de son agression, que ce soit derrière les barreaux ou en composant des chansons telles «Hit Em Up», directement pointées vers Notorious B.I.G. et Bad Boy Records. Et pourtant, même au paroxysme de cet accès de rage, Pac savait manifester quelques soupçons de rationalité.

«A sa sortie de prison, il s'agissait de reformuler son existence», déclare E.D.I. Mean des Outlawz, le groupe que Shakur forma à sa libération, après avoir signé avec les studios de Death Row, en 1996.

«Pac faisait partie de ces personnes qui évoluent constamment», poursuit Mean, qui sort cet automne Perfect Timing, un nouvel album composé avec le reste des Outlawz. «Beaucoup de gens voient en Tupac celui qu'il était 25 ans —globalement, c'était encore un gamin— c'est donc difficile de dire ce qu'il serait devenu réellement, aujourd'hui. Je suis sûr qu'il aurait cherché à partager son succès avec les autres... je pense qu'il se serait impliqué dans un service public quelconque —des choses véritablement orientées vers la communauté, en plus de la comédie et du rap, s'il n'avait pas arrêté de rapper, d'ailleurs».

Destiné aux affaires puis à la politique

On retrouve d'autres preuves de la fluctuation de l'image de Tupac dans ses années de lycée, pendant lesquelles il avait fréquenté la Baltimore School for the Arts, où il avait étudié la danse, la comédie et l'art, et où l'une de ses camarades et meilleures amies était Jada Pinkett Smith. Pac avait une vision du monde qui sortait du ghetto et de ses bandes rivales. Avec Hollywood en ligne de mire, grâce à ses rôles dans Juice, ou dans Gridlock'd, qui sortit après sa mort, la délinquance et les guéguerres entre clans hip-hop avaient probablement tout d'une passade.

Buckshot, du groupe Black Moon, qui décrit Tupac comme «l'un des mecs les plus réels que vous auriez eu envie de croiser dans votre vie», dit qu'au milieu des années 1990, il l'avait retrouvé avec d'autres rappeurs, Smif-N-Wessun et Dru Ha, dans sa maison de Californie, pour travailler sur One Nation, un album encore aujourd'hui inédit. Sur cet album, Pac avait collaboré avec des rappeurs des deux côtes, comme Snoop Dogg et Melle Mel, et ce malgré l'imbroglio Est vs Ouest dont il était le pivot. Après avoir passé du temps avec Tupac, Buckshot pense que, s'il avait vécu, il serait forcément devenu une figure marquante de l'industrie du disque.

«Pac allait bientôt devenir un géant», déclare Buckshot, en mentionnant son rapprochement avec Makaveli Records. «Pac allait vraiment se sortir de tout ce bordel, parce qu'il était un artiste, et que tous les artistes ont des problèmes... Pac était sur le point de passer du statut d'artiste à celui de patron».

Tout comme Meek Mill et Mean, Buckshot déclare que Tupac allait s'engager dans la fonction publique. «Mon pote allait faire des affaires, puis de la politique, et au final il aurait changé le monde. Pac allait forcément devenir autre chose qu'un 'voyou'»

Comme Bob Marley, Marvin Gaye, Elvis Presley

Shock G, de Digital Underground, était présent lors des premières années de la carrière de Pac. Dans un e-mail, il a proposé à The Root quelques pistes possibles concernant ce que son ami aurait pu devenir à 40 ans. Selon celui qui se fait aussi appeler Humpty Hump, Tupac pourrait être «un acteur à succès et à temps plein, comme Ice Cube, mais davantage actif en coulisses, socialement et politiquement, ou bien il pourrait être un homme brisé et amer, comme Gil Scott-Heron, toujours combattif, mais pas autant qu'avant». Une autre option: «un hédoniste complètement barré et un boulimique comme Elvis Presley», plaisante-t-il.

Malgré ses défauts, Tupac a quand même réussi à devenir une icône du hip-hop, et ce même avant son martyre. Pour son anniversaire, il serait facile de se concentrer sur ce qu'il aurait pu être, mais ses fans, eux, vont clairement faire en sorte que les réussites artistiques de ses 25 années passées sur Terre ne soient pas oubliées.

«Pac est adoré et révéré partout dans le monde; à égalité avec Bob Marley, Marvin Gaye, Elvis Presley, ces gens-là», déclare  E.D.I. Mean. «Son legs est considérable. Et c'est uniquement grâce à son public. Ce n'est pas comme si Pac avait gagné des Grammys, ou avait reçu n'importe quelle autre récompense pour sa carrière. Il n'a jamais été adoubé par l'industrie du disque. Mais il était le chouchou du public».

Alvin Blanco pour The Root

Traduit par Peggy Sastre

*NdT: littéralement «vie de voyou», c'est aussi le nom de l'un de ses groupes et l'acronyme de «The Hate U Give Little Infants Fucks Everyone» (la haine que vous transmettez à vous enfants fout tout le monde en l'air) et qui consiste en une sorte de philosophie de vie de ceux qui partent de rien, luttent pour survivre et gravir bon an mal an les échelons sociaux afin d'accomplir leurs objectifs.

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The Root est un magazine de commentaire en ligne sur l'actualité américaine à travers divers points de vue afro-américains. C'est un site du groupe Slate.

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