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Regain de tension après de nouveaux tirs

Des tirs d'armes lourdes ont retenti jeudi pour la deuxième journée consécutive à la frontière entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, provoquant un brusque regain de tension dans cette région instable des Grands Lacs.

Jeudi matin, des détonations d'armes lourdes ont été entendus pendant une demi-heure environ dans la zone frontalière de Kanyesheza (Kanyesheja pour les Rwandais) à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu (est de la RDC).

Aucune autre incident frontalier n'a été signalé après ces tirs qui n'ont fait apparemment aucune victime mais ont entrainé la fuite de quelques centaines de civils dans une région qui, selon l'ONU, compte plus d'un million de déplacés.

Comme pour les affrontements de la veille, les deux parties se sont renvoyé la responsabilité des violences. Chaque camp a affirmé avoir été attaqué par l'autre et n'avoir pas riposté.

Le ministère des Affaires étrangères français a appelé à la "cessation immédiate des hostilités", d'une ampleur inédite à la frontière l'offensive finale de l'armée congolaise contre les rebelles du Mouvement du 23 Mars (M23) en novembre 2013.

A New York, Farhan Haq, porte-parole du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, a indiqué que des efforts diplomatiques étaient en cours, notamment par le biais de la Mission des Nations unies en RDC (Monusco) pour "éviter toute tension inutile et encourager" Kigali et Kinshasa à "promouvoir des relations de bons voisinage".

Le Kivu est une zone particulièrement instable, d'où sont partis plusieurs conflits régionaux et où s'entrecroisent conflits fonciers et ethniques.

Signe d'un certain apaisement, une équipe du Mécanisme conjoint de vérification (JVM) a enquêté jeudi après-midi sur les lieux des incidents, qui sont restés très localisés. La RDC, le Rwanda, d'autres pays de la région et l'ONU participent à cette structure chargée de contrôler la frontière congolo-rwandaise.

 

- Querelle sur des corps -

 

L'équipe du JVM a vu "au total cinq corps de militaires habillés en tenue des FARDC", l'armée congolaise, et aucune dépouille de soldat rwandais, a indiqué un de ses membres sous le couvert de l'anonymat.

Les corps ont également été montrés à la presse à Kanyesheja, du coté rwandais, par l'armée de Kigali et présentés comme ceux de soldats congolais.

Selon une source militaire occidentale, cinq soldats congolais ont été tués mercredi, un bilan confirmant celui donné dès mercredi par Kigali. Les autorités de Kinshasa, elles, affirment n'avoir perdu qu'un seul militaire.

Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, a dit être certain "que les Rwandais ont récupéré des cadavres dans des hôpitaux, ou ont pris et tué de pauvres paysans - peut-être congolais, peut-être rwandais - juste pour justifier leur thèse".

Les relations entre le Rwanda et la RDC sont tendues depuis des années. Kigali a combattu le gouvernement central de Kinshasa lors des deux guerres du Congo (1996-1997 et 1998-2003).

La RDC reproche au Rwanda de chercher à la déstabiliser depuis la fin de ces conflits, en soutenant les diverses milices à dominante tutsi qui se sont soulevées contre le gouvernement de Kinshasa.

Kigali et la RDC s'accusent aussi régulièrement d'instrumentaliser la question des rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) pour faire avancer leurs revendications réciproques.

Présente dans l'Est du Congo depuis 1994, cette milice compte parmi ses fondateurs et ses plus anciens membres des personnes ayant participé activement au génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda.

Pour les autorités congolaises, Kigali cherche à casser le processus de reddition des FDLR, entamé fin mai, en créant de l'insécurité pour conserver une raison d'intervenir dans la zone.

Christoph Vogel, chercheur à l'université de Zürich travaillant sur l'Est congolais, a indiqué avoir eu des témoignages selon lesquels l'armée rwandaise avait renforcé sa présence à la frontière avec la RDC "quelques jours" après la première cérémonie de reddition de FDLR, le 30 mai.

"Reste à vérifier s'il existe un lien direct [entre les incidents frontaliers et ces] redditions", a ajouté M. Vogel, actuellement à Goma.

AFP

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