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Soudan du Sud: la paix encore loin malgré un nouvel "accord" entre belligérants

En dépit d'un nouvel accord mardi entre belligérants sud-soudanais, le troisième en six mois de sanglant conflit au Soudan du Sud, de nombreux analystes restent pessimistes sur une paix à court terme dans le plus jeune pays du monde.

Le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar, qui a pris la tête d'une rébellion mi-décembre, se sont engagés le 10 juin à Addis Abeba, lors de leur seconde rencontre depuis le début du conflit, à former un gouvernement d'union nationale dans les deux mois.

Mais le non-respect de deux précédents accords de cessez-le-feu, dont celui signé lors de leur précédente rencontre le 9 mai, n'incitent pas à l'optimisme. De nombreux observateurs doutent de la volonté réelle des deux ennemis à trouver une solution négociée, les soupçonnant de privilégier une victoire militaire.

"Cet accord a été signé sous une importante pression, dont celle (des pays) de la région, mais il ne pourra tenir que si Kiir et Machar le perçoivent comme le mieux à même de servir leurs intérêts", estime James Copnall, auteur d'un récent ouvrage sur le Soudan du Sud, "A Poisonous Thorn in our Hearts" (non traduit).

"A en juger par ces derniers mois, au cours desquels tant gouvernement que rebelles ont fréquemment violé les accords de cessez-le-feu qu'ils avaient signé, il semble peu judicieux d'être trop optimiste", poursuit-il.

Les négociations intersoudanaises - elles ont déjà coûté plus de 12 millions d'euros, selon la médiation  - n'ont fait aucun progrès tangible depuis leur ouverture début janvier. Les menaces répétées de sanctions semblent avoir eu peu d'effet.

Sur le terrain, les combats se poursuivent, accompagnés de massacres et atrocités contre les civils sur des critères ethniques, faisant des milliers, voire des dizaines de milliers de morts, et chassant plus de 1,3 million de Sud-Soudanais de chez eux.

- Une aggravation des violences? -

L'engagement à un gouvernement d'union nationale est "un pas dans la bonne direction, mais pour être effectif le processus doit être élargi au-delà de cette élite politique et élargi aux citoyens du Soudan du Sud", estime David Deng, de la coalition Citoyens pour la paix et la Justice, qui regroupe une quarantaine d'organisations de la société civile.

Un tel gouvernement implique que tant Kiir que Machar réduisent leurs ambitions pour partager le pouvoir, voire, selon les voeux de diplomates qui les considèrent responsables de la poursuite du conflit, qu'ils s'en tiennent à l'écart au moins jusqu'à un futur scrutin.

"Il est difficile d'imaginer comment le Soudan du Sud peut être en paix avec Kiir ou Machar au coeur du pouvoir ou à proximité", estime James Copnall, jugeant "peu probable qu'aucun des deux accepte de renoncer à ses ambitions".

Le conflit trouve son origine dans leur rivalité politique, qui a creusé les antagonismes au sein de l'armée sud-soudanaise entre troupes dinka et nuer, dont sont respectivement issus MM. Kiir et Machar, finissant par déclencher des combats le 15 décembre.

De vieilles et profondes rancunes opposaient déjà les deux principaux peuples du pays, remontant pour partie à la guerre durant laquelle une rébellion sudiste - désormais au pouvoir à Juba - affronta Khartoum entre 1983 et 2005, pour finalement déboucher sur l'indépendance du Soudan du Sud en 2011. Les récents massacres n'ont fait qu'agrandir ce fossé, rendant délicat un partage du pouvoir.

En outre, les progrès sur un règlement politique risquent paradoxalement d'aggraver la violence.

"On craint qu'à mesure que les négociations vers un gouvernement de transition progressent, cela crée plus d'instabilité sur le terrain, chaque camp cherchant alors à affaiblir l'autre et consolider ses propres positions", explique Casie Copeland de l'International Crisis Group (ICG), alors que le conflit semble avoir récemment baissé d'intensité.

Peu d'analystes estiment que le délai de deux mois promis par MM. Kiir et Machar sera tenu. Pourtant le temps presse, alors que le choléra semble se propager et que la faim menace.

Les dirigeants sud-soudanais "doivent commencer à agir dans l'intérêt de leurs citoyens", qui "ont déjà trop eu à endurer ces six derniers mois (...) On ne peut pas laisser cela durer plus longtemps", estime Cecilia Millan, la directrice de l'ONG Oxfam pour le Soudan du Sud.

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