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Afrique du Sud: ultimes efforts du gouvernement pour dénouer la crise minière

Le nouveau ministre des Mines sud-africain avait l'espoir de trouver lundi une issue au conflit social qui paralyse l'extraction de platine depuis janvier, mais a prévenu que le gouvernement se retirerait des négociations en cas de nouvel échec.

Ngoako Ramatlhodi a pris les rênes du ministère en mai après le remaniement consécutif aux élections, et tenté de relancer des négociations dans l'impasse: "Je suis convaincu que nous avons suffisamment travaillé" pour que les partenaires sociaux arrivent à un accord, a-t-il lancé samedi.

"Si les deux parties ne font pas le dernier pas, ce sera un triste lundi (...), mais j'espère que nous aurons un lundi heureux", a-t-il ajouté, avant d'annoncer son retrait des pourparlers en cas de nouvel échec.

La grève dans les mines des trois principaux producteurs mondiaux de platine dure depuis le 23 janvier. Elle a déjà plongé le bassin minier de Rustenburg (ouest de Johannesburg) dans une crise économique et humanitaire, près de 80.000 mineurs en grève n'ayant plus été payés depuis des mois.

Malgré plus de quatre mois de discussions souvent interrompues, le syndicat radical Amcu, majoritaire dans le platine, et les patrons de Lonmin, Anglo American Platinum et Impala Platinum n'ont toujours pas trouvé d'accord. 

Amcu réclamait au départ un salaire mensuel de base de 12.500 rands (environ 880 euros), contre 5.000 rands actuellement. Les mines estimaient que cette revendication était totalement mirobolante, et les partenaires ont tenté de s'accorder sur un plan d'augmentation étalé sur plusieurs années. En vain. 

Patrons et syndicalistes ne sont aujourd'hui d'accord que sur un seul point: il est urgent de mettre un terme à une grève qui affaiblit les uns et les autres.

Le nouveau ministre des Mines a donc décidé récemment de s'impliquer pour dénouer une crise qui pèse très lourdement sur l'économie nationale. Pays le plus industrialisé du continent, l'Afrique du Sud a en effet enregistré une contraction de 0,6% de son PIB au premier trimestre, principalement en raison de la perte de production dans le platine.

Selon le patronat des mines, la grève a déjà coûté 1,47 milliards d'euros en manque à gagner.

- Des "forces étrangères" à l'oeuvre -

Dimanche, un haut responsable de l'ANC au pouvoir, Gwede Mantashe, a accusé "des forces étrangères et intérieures (de tenter) de déstabiliser l'économie et le pays. Il n'a pas donné de détail sur les "forces étrangères" prétendument à l'oeuvre, mais a clairement cité comme "force intérieure" le parti radical du tribun populiste Julius Malema (6,35% des voix aux élections législatives du 7 mai). 

L'EFF (Combattants pour la liberté économique), qui prône la nationalisation des mines, a toujours soutenu la revendication des mineurs. Le 10 mai, Julius Malema lui-même avait annoncé que son parti allait aider financièrement le syndicat Amcu afin de contribuer au fonds d'aide aux mineurs, ruinés par des mois de grève.

Des économistes britanniques et sud-africains ont cependant estimé récemment que les revendications des mineurs n'étaient pas si irréalistes qu'il n'y paraît. 

Après avoir passé en revue les comptes sur quatorze ans d'Anglo American Platinum (Amplats), Impala Platinum (Implats) et Lonmin, respectivement numéro un, deux et trois mondial, ils ont conclu dans un rapport publié vendredi que "si les actionnaires se servaient moins, les salaires pourraient aisément être augmentés".

Cela vaut surtout selon eux pour Amplats et Implats.

Pour que les mineurs parviennent aux 12.500 rands de salaire mensuel de base (880 euros environ) en quatre ans, il faudrait en effet les augmenter de 1.800 rands mensuels chaque année, ont calculé les auteurs, Andrew Bowman de l'université de Manchester et Gilad Isaacs, son collègue de Witwtersrand à Johannesburg.

"Ce serait faisable selon notre contre-expertise si les actionnaires renonçaient à un cinquième de leurs gains", a expliqué à la presse M. Isaacs: -20% chez Amplats et -22% chez Implats.

C'est un peu moins vrai pour Lonmin dont les actionnaires devraient renoncer à 55% de leurs dividendes.

AFP

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