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Le Niger s'enfonce dans une crise politique

Le Niger s'enfonce depuis des mois dans une crise politique, encore aggravée mardi par l'inculpation pour "atteinte à la sécurité de l'Etat" et l'incarcération de six proches du président du Parlement, Hama Amadou, passé dans l'opposition.

Interdictions de manifestations publiques, arrestations de journalistes et de militants, quasi censure dans les médias publics... les rapports entre le régime et ses opposants se sont considérablement tendus cette dernière année.

La rupture date d'août 2013, quand Hama Amadou, le principal allié du régime, qui avait permis en 2011 l'élection de Mahamadou Issoufou, quitte la majorité pour protester contre une refonte du gouvernement.

Ce désistement inattendu place l'ancien héraut de l'opposition, qu'il a animée pendant deux décennies, avec quatre échecs à la présidentielle. Il a remporté la cinquième, en position compliquée.

Son élection avait été "applaudie par tous", notamment la France, l'ancienne puissance coloniale. Et son efficacité avait été louée lors de la libération des otages de l'entreprise française Areva en novembre. Mais il connaît dorénavant "la fin" de son "état de grâce", souligne un diplomate africain à Niamey. "La crise qui couvait depuis 2013 est entrée dans sa phase active", ajoute-t-il.

Le premier semestre 2014 est catastrophique pour l'image du chef de l'Etat. Une dizaine de journalistes, activistes et opposants, sont arrêtés, avant d'être relâchés, pour s'être exprimés un peu trop librement dans les médias.

En mai, un juriste réputé écope de quatre mois avec sursis pour avoir "jeté le discrédit" sur la Cour constitutionnelle, dont il avait osé commenter une décision.

Un palier est franchi lorsque des hommes tirent en février sur la résidence à Niamey de Hama Amadou, qui selon ses partisans est le principal rival du chef de l'État Mahamadou Issoufou pour la prochaine présidentielle de 2016.

Des attaques se produisent à nouveau en mai. Aucune victime n'est à déplorer lorsque la maison du quatrième vice-président du Parlement (majorité), est à son tour ciblée par des malfaiteurs. Mais trois hommes seront blessés, dont un grièvement, lors d'un assaut au cocktail Molotov contre le siège du parti au pouvoir.

- Riposte -

La riposte des autorités est immédiate. Le ministre de l'Intérieur Hassoumi Massaoudou annonce deux jours plus tard l'arrestation d'une quarantaine d'opposants, tous membres du Moden, le Mouvement démocratique nigérien, la formation de M. Amadou.

"Tous ceux qui ont été arrêtés ont des liens avec une tentative préméditée de créer une campagne de terreur devant aboutir dans leur esprit à un putsch militaire", justifie-t-il alors, ajoutant que certains des interpellés ont été capturés "la main dans le sac" avec des cocktails Molotov.

Le fils du président du Parlement, Ismaël Hama Amadou, ressortira de prison au bout d'une dizaine de jours. Trente-sept interpellés suivront le même chemin.

Mais six personnes ont été inculpées mardi pour "atteinte à la sûreté de l'Etat", dont l'ex-ministre de la Santé Soumana Sanda et l'ex-maire de Niamey Oumarou Dogari.

"C'est une mise en scène qui vise à arrêter des gens du Moden et par la suite organiser des représailles contre nous", fustige Hama Amadou.

"Pour baliser la voie pour 2016, le régime a un obstacle qui est le président de l'Assemblée nationale. On est entré dans l'obsession", décrypte Abdoulmoumine Ousmane, président d'une ONG de promotion des droits de l'homme.

C'est dans ce climat exécrable que le Parquet de Niamey a annoncé, en fin de semaine passée, l'ouverture d'une enquête sur une tentative présumée d'empoisonnement de Hama Amadou, révélée par ce dernier.

"On a rarement vu nos hommes politiques arriver à un tel niveau d'adversité: Hama et Issoufou, chacun soupçonne l'autre de comploter contre lui", poursuit M. Ousmane.

Le Niger n'a jamais connu d'alternance démocratique pacifique depuis son indépendance en 1960. Toutes les crises politiques graves qu'il a vécues ont débouché sur des coups d'Etat.

Même la très discrète Eglise catholique nigérienne s'alarme de cette crise. "Les manigances politiciennes que l'on croit sans conséquence peuvent engendrer des conflits meurtriers", a prévenu mi-mai, Michel Cartatéguy, Archevêque de Niamey.

AFP

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