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Procès Al-Jazeera en Egypte: "peine maximale" de prison requise

Un procureur égyptien a requis jeudi la "peine maximale" contre 20 journalistes et employés de la chaîne qatarie Al-Jazeera, dont quatre étrangers, accusés de soutenir les Frères musulmans du président destitué Mohamed Morsi.

Ils risquent ainsi de 15 à 25 ans de prison, selon un avocat de la défense, dans ce procès qui a déclenché un tollé international. Neuf accusés sont détenus en Egypte et 11 jugés par contumace.

Seize Egyptiens sont accusés d'appartenir à une "organisation terroriste" -les Frères musulmans- et le quatre étrangers d'avoir diffusé "de fausses nouvelles" en vue de soutenir la confrérie islamiste.

"Tout dans ce procès est une honte (...) nous sommes plus mal traités que si nous étions des violeurs et des assassins. Nous sommes des victimes", a lancé le journaliste égypto-Canadien Mohamed Fadel Fahmy derrière les barreaux de la cage dans laquelle il a été présenté à la cour criminelle du Caire.

M. Fahmy et son collègue australien Peter Greste, détenus depuis cinq mois, apparaissent à chaque audience derrière ce grillage aux côtés de leurs sept co-accusés détenus, dont certains jeunes étudiants assurant n'avoir collaboré que ponctuellement avec Al-Jazeera.

La prochaine audience a été fixée au 16 juin.

"Nous réclamons que le tribunal leur inflige la peine maximale pour punir les crimes abominables qu'ils ont commis, sans pitié ni compassion", s'est exclamé le procureur, Mohamed Barakat, en requérant contre les 20 accusés.

"Un jugement clément, pour de tels individus, plongerait la société entière dans l'obscurité", a-t-il ajouté en concluant: "Al-Jazeera est maîtresse dans l'art de la fraude".

- 'Ternir la réputation du pays' -

 

M. Fahmy, le chef du bureau d'Al-Jazeera avant que la chaîne ne soit interdite, est jugé en tant qu'Egyptien, la justice refusant systématiquement de reconnaître la double nationalité de toute personne mise en cause sur son territoire. 

Les trois autres journalistes étrangers -deux Britanniques et une Néerlandaise- travaillant partiellement pour la chaîne d'information qatarie avaient fui l'Egypte après les premières arrestations.

L'un des avocats de la défense, Yousri al-Sayyid, a argué que "les accusés n'ont rien fait pour ternir l'image de l'Egypte, c'est ce procès (qui ternit) la réputation" du pays.

Ces lourdes réquisitions surviennent en pleine vague d'une implacable et sanglante répression des pro-Morsi et deux jours après que l'ex-chef de l'armée Abdel Fattah al-Sissi a été proclamé vainqueur de l'élection présidentielle, avec 96,9% des suffrages exprimés.

M. Sissi a été élu triomphalement lors du scrutin des 26, 27 et 28 mai après avoir éliminé toute opposition de la scène politique -essentiellement les Frères musulmans.

Ce maréchal à la retraite dirigeait déjà de facto le pays depuis qu'il a destitué et fait arrêter le 3 juillet 2013 M. Morsi, premier président élu démocratiquement en Egypte.

Depuis, plus de 1.400 manifestants pro-Morsi ont péri sous les balles des policiers et soldats, plus de 15.000 de ses partisans ont été emprisonnés et des centaines condamnés à mort ou à la prison à vie dans des procès expéditifs.

Alors qu'ils couvraient ces événements, MM. Greste et Fahmy avaient été arrêtés le 29 décembre dans une chambre d'hôtel du Caire qu'ils avaient transformée en bureau après que les locaux d'Al-Jazeera eurent été assaillis et perquisitionnés par la police. 

Les journalistes travaillaient sans l'accréditation obligatoire pour tous les médias. 

"Etre en possession de vidéos et de photos de manifestations anti-gouvernementales est quelque chose de normal pour tout journaliste. Si l'on juge Mohamed Fahmy pour cela, alors il faut faire un procès à tous les journalistes présents dans la salle", a lancé son avocat, Khaled Abou Bakr.

Les accusés dénoncent régulièrement un procès "inique" et "politique" et des preuves "totalement fabriquées". Ils sont soutenus dans le monde entier, une campagne proclamant que "le journalisme n'est pas un crime" ayant été lancée par plusieurs médias.

L'Egypte considère Al-Jazeera comme le porte-voix du Qatar. Le nouveau pouvoir égyptien reproche au Qatar de soutenir les Frères musulmans, tandis que Doha dénonce ouvertement la répression contre les pro-Morsi.

AFP

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