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Liberia: malgré 10 ans de paix, la menace de troubles hante encore le pays

Le Liberia entre dans sa deuxième décennie de paix fragile, après des guerres civiles qui y ont fait environ 250.000 morts entre 1989 et 2003, mais le spectre d'un nouveau conflit hante encore ce pays anglophone d'Afrique de l'Ouest.

A Monrovia, la capitale au centre-ville grouillant d'activité, plusieurs immeubles délabrés constellés d'impacts de balles témoignent encore des violences du passé.

Le Liberia ne devrait pas prendre cette paix pour acquise, car la colère gronde dans les rangs des anciens combattants, prévient l'ex-chef rebelle Sekou Damateh Conneh, qui a dirigé le mouvement Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD), aujourd'hui dissous.

Selon lui, les ex-rebelles se sentent abandonnés et risquent de reprendre les armes si rien n'est fait pour améliorer leur condition.

"Ils sont prêts à créer des troubles. (...) Ils n'ont pas d'argent et sont frustrés. Ils peuvent faire n'importe quoi. Je leur dis: +Non, nous ne pouvons pas faire cela maintenant, nous avons besoin de paix dans ce pays+. Les gens ont beaucoup souffert", affirme M. Conneh, assis à son bureau dans un lugubre bâtiment du centre-ville.

Les dernières guerres civiles ont fait quelque 250.000 morts en 14 ans (1989-2003) et contraint des centaines de milliers de Libériens à l'exil. Durant cette période, de nombreuses factions rebelles ont violé, mutilé et tué des civils, ayant souvent recours à des enfants-soldats drogués.

De ces troubles subsistent de profondes déchirures parmi les 4,2 millions d'habitants dont la majorité vit dans la pauvreté, avec un taux de chômage tournant autour de 80%.

Depuis 2004, les Nations unies ont désarmé environ 100.000 combattants libériens, en promettant 300 dollars et un accès gratuit à l'éducation et à la formation à chacun. Des promesses jamais respectées, selon des opposants. Conséquences: des milliers de tueurs aguerris souffrent de maladies, d'addiction à la drogue, mais n'ont pas accès à l'aide sociale.

"Il y a beaucoup d'ex-combattants qui n'ont pas de travail, il n'y a pas de programmes pour eux. Tout le monde est abandonné", soutient M. Conneh.

 

- Contre la 'justice populaire' -

 

Contrairement à d'autres pays en situation de post-conflit, le Liberia n'a pas intégré les ex-combattants dans son armée et sa police et a, en plus, licencié plus de 14.000 soldats.

Cela représente "un assez grand nombre de gens sans emploi, très mécontents et se sentant lésés", estime l'ONG sud-africaine Accord, spécialisée dans la résolution des conflits, dans un rapport publié en 2013. "Le fait que la majorité de ces ex-combattants soient inoccupés signifie que le risque de les voir enrôlés et utilisés pour déstabiliser d'autres pays de la région (...) est élevé".

La sécurisation du pays a longtemps été assurée par la Mission des Nations unies au Liberia (Minul), déployée depuis octobre 2003. Cette force, qui a compté jusqu'à 15.000 hommes, devrait être ramenée à 3.800 soldats à l'été, laissant la main à une police nationale sous-financée et sous-équipée, dont les Libériens se méfient.

Pour la Minul, la situation sécuritaire au Liberia est "stable" mais fragile, en raison notamment d'une inquiétante augmentation de groupes d'auto-défense, souvent constitués de travailleurs mécontents et sous-payés dans des villes minières.

"Certains Libériens appellent cela +la justice populaire+, pas nous. Ce n'est pas une forme acceptable de justice, que des gens soient pourchassés sur la base de simples rumeurs, blessés ou tués par des communautés", a affirmé récemment la chef de la Minul, Karin Landgren.

La président libérienne, Ellen Johnson Sirleaf, première Africaine élue chef d'Etat en 2005, puis réélue en 2011, a à l'étranger une image de militante pacifiste, comme en témoigne son prix Nobel de la paix en 2011. Sa gestion est toutefois critiquée dans son pays où certains l'accusent de corruption, de népotisme et de ne pas avoir assez oeuvré à la réconciliation. 

D'autres reconnaissent que son pouvoir a su maintenir la stabilité politique du Liberia.

Une de ses initiatives a été la nomination, fin 2012, de son principal opposant, l'ex-vedette de football George Weah, très populaire, comme "ambassadeur de la paix" et chef d'un comité officiel pour la réconciliation nationale.

"Beaucoup de gens sont amers dans ce pays, mais ce sont des êtres humains comme nous, nous devons leur parler", a déclaré à l'AFP M. Weah, estimant que le Liberia a besoin d'exorciser ses maux pour avancer.

AFP

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