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Alassane Ouattara reçoit une délégation du FPI à Abidjan, le 29 septembre 2011. AFP PHOTO / SIA KAMBOU
Alassane Ouattara reçoit une délégation du FPI à Abidjan, le 29 septembre 2011. AFP PHOTO / SIA KAMBOU

Que reste-t-il de l’opposition ivoirienne?

Les législatives du 11 décembre seront-elles boycottées par le Front populaire ivoirien? Ce n’est pas la moindre des nombreuses questions qui se posent aujourd’hui en Côte d’Ivoire.

Les législatives du 11 décembre sont mal parties: le Front populaire ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo, s’est retiré le 21 septembre de la Commission électorale indépendante (CEI), l’instance qui avait déclaré la victoire d’Alassane Ouattara après le second tour de la présidentielle du 28 novembre 2010.

La raison? Le «mépris» du régime Ouattara à son égard, son «refus d’engager le dialogue sur la sécurité, la composition du corps électoral et les préparatifs du scrutin», affirme Laurent Akoun, le secrétaire général du FPI. Ce parti politique d’obédience socialiste, fondé en 1982 par Laurent Gbagbo, demande par ailleurs la libération de son chef, l'ex-président assigné à résidence dans une résidence de Korhogo, une ville du Nord.

Le président du FPI par intérim, Sylvain Miaka Ouréto, ancien enseignant et membre de la vieille garde du parti, fait partie des modérés: il a reconnu le président Alassane Ouattara et s’est rendu à son investiture. Dans ses premières interviews, au mois de mai, il n’a pas hésité à reconnaître que le FPI était «disloqué» et ses membres en «débandade».

Il aussi admis la responsabilité du FPI dans la crise: 

«C’est le parti qui a gouverné le pays ces dernières années. A ce titre, il est quelque part responsable de ce qui s`est passé. Nous sommes le pouvoir sortant et dans la réconciliation des Ivoiriens, nous avons une grande responsabilité à assumer. Puisque nous venons de perdre le pouvoir, c'est à nous de mettre de l`eau dans notre vin et de dire à nos compatriotes ainsi va la vie politique.»

Aujourd’hui, Miaka Ouréto menace de boycotter les législatives, une décision qui serait lourd de conséquences pour la légitimité d’Alassane Ouattara.

L'opposition? Quelle opposition?

En dehors du FPI, que reste-t-il de l’opposition? Tant que l’alliance entre le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, ancien parti unique au pouvoir après l’indépendance) de Henri Konan Bédié et le Rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Ouattara tiendra la route, les autres formations ne représenteront que des miettes…

Laurent Dona Fologo, 72 ans, qui a longtemps été membre du PDCI, préside notamment le Rassemblement pour la paix, le progrès et le partage. A la tête de son parti, l’ex-directeur du Conseil économique et social fait partie d’une coalition plus large de 49 partis, le Congrès national pour la résistance et la démocratie (CNRD). Sous son nouveau nom, le camp LMP (La majorité présidentielle) s’est trouvé un président d’envergure: Bernard Dadié, 95 ans, chef de file des écrivains ivoiriens et proche de Laurent Gbagbo, qu’il a eu jadis parmi ses étudiants, et dont il appelle à la libération.

Faisant enfin entendre la voix de la raison après un long silence pendant la crise postélectorale, il a par ailleurs appelé les membres du CNRD, en mai, «à surmonter, avec courage, leurs douleurs, leurs peines et leurs souffrances résultant des exactions subies au cours des dernières semaines. Je leur demande aussi de se préparer, psychologiquement et moralement, pour aller à une concertation souhaitable, en vue de construire la paix avec toutes les filles et tous les fils de la Côte d’Ivoire. Pour parvenir à cela, il faudrait nécessairement désarmer les cœurs et les esprits, en recourant, avec dépassement, à la vertu du pardon mutuel».

Dans un espace politique encore très polarisé, où beaucoup redoutent de voir s’instaurer une justice des vainqueurs, des questions se posent sur la réelle volonté des anciens rivaux de se réconcilier. Dans un contexte où les militants et cadres du FPI se cachent toujours de peur d’être tués, l’incertitude est non moins totale sur le score que peut espérer faire Mamadou Koulibaly, 54 ans, dissident du FPI.

Koulibaly, l'outsider

Cet ancien numéro trois du parti de Gbagbo, président de l’Assemblée nationale et député de Koumassi (une commune d’Abidjan) a fondé le 11 juillet son propre parti, Liberté et démocratie pour la République. Une façon de prendre ses distances avec les dérives de Laurent Gbagbo, dont l’obstination à se maintenir au pouvoir a coûté une longue et grave crise politique en Côte d’Ivoire (3.000 morts en cinq mois).

Mamadou Koulibaly a aussi expliqué très clairement vouloir quitter le champ de ruines qu’est le FPI, émettant des critiques acerbes qui lui ont valu d’être taxé de «traître» et de «vendu». Il a notamment reproché à son ancien parti son refus de faire son examen de conscience lors d’un «congrès-bilan», mais aussi de «changer de nom et de repenser son idéologie».

Cet agrégé d’économie, l’un des meilleurs intellectuels du FPI, très silencieux durant les dernières années du régime Gbagbo, avait déjà pris ses distances en partant avec sa famille à Accra, la capitale du Ghana voisin, dès 2005. Il avait préféré se retirer de la scène —malgré son poste de président de l’Assemblée nationale— à la fin du premier mandat de Laurent Gbagbo (suivi d’un second mandat «cadeau», les élections ayant été reportées cinq années durant, jusqu’en 2010). Cet homme, sur lequel une partie de l’électorat du FPI (45% lors de la dernière présidentielle) pourrait se reporter, a bien l’intention de participer au scrutin et de jouer le jeu républicain.

Il avait déjà proposé une rencontre secrète entre Gbagbo et Ouattara dès le mois de décembre, pour éviter le chaos. Personne ne l’avait écouté. Voilà qu’il renouvelle sa proposition, le 30 septembre, de réunir tous les dirigeants du pays, Gbagbo inclus, pour parler des «vraies causes» de la crise ivoirienne, et jeter les bases d’une vraie réconciliation.

«Des causes politiques et non ethniques, a-t-il estimé. C’est une haine personnalisée entre les les leaders des trois grands partis, Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. Ces dirigeants ont instrumentalisé l’ethnie, la région et la religion à des fins purement électoralistes. Si on reconnaît qu’il y a un problème entre les trois, ils sont obligés de se retrouver autour d’une table. Non pas pour partager le pouvoir, mais se réconcilier. Si on ne prend pas au sérieux ces différents éléments, on va traiter un faux problème et donner de fausses solutions et nous retrouver dans l’impasse à la fin du processus de réconciliation.»

Le franc-parler de Koulibaly est-il annonciateur d’une nouvelle ère dans la politique ivoirienne? Force est de constater que les méandres du jeu politique restent plutôt compliqués: Alassane Ouattara doit aussi compter avec une opposition potentielle qui peut surgir de ses propres rangs. L’actuel président est en effet redevable au PDCI de Bédié, qui a appelé à voter pour lui, mais aussi et surtout son actuel Premier ministre Guillaume Soro, chef des Forces nouvelles, l’ex-rébellion nordiste qui lui a permis de déloger Laurent Gbagbo du pouvoir.

Sabine Cessou

 

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Sabine Cessou

Sabine Cessou est une journaliste indépendante, grand reporter pour L'Autre Afrique (1997-98), correspondante de Libération à Johannesburg (1998-2003) puis reporter Afrique au service étranger de Libération (2010-11).

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