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Niger: l'irrigation

Arroser son champ à distance avec un téléphone portable: si elle peut paraître curieuse, l'invention du Nigérien Abdou Maman pourrait bien bouleverser l'agriculture dans son pays, où l'accès à l'eau est un combat quotidien.

La "télé-irrigation" n'est pas à proprement parler une nouvelle technique d'irrigation. Mais en permettant aux cultivateurs d'activer l'arrosage de leurs cultures en leur absence, grâce à un simple appel téléphonique, elle leur facilite grandement la vie. 

"Cela va permettre à la population de s'adonner à d'autres activités que l'arrosage. C'est un gain de temps inestimable, qui peut changer la vie des agriculteurs", explique un ancien directeur de la Banque agricole du Niger, Bachir Amadou, qui a soutenu le projet à ses débuts.

L'agriculture emploie 87% de la population de ce pays sahélien, l'un des plus pauvres du monde.

Fini les heures passées à arroser les champs manuellement: désormais, agriculteurs et maraîchers - qui sont aussi souvent éleveurs - peuvent s'occuper de leur bétail, défricher de nouvelles parcelles ou se rendre dans les villages voisins commercialiser leurs produits. 

Natif de Zinder, ancienne capitale du Niger (sud) frappée par les sécheresses à répétition, où la pluie tombe au mieux trois mois par an, Abdou Maman sait que pour cultiver leurs champs, les paysans n'ont d'autre choix que l'irrigation. 

"L'irrigation est possible grâce aux nappes phréatiques, mais elle est souvent archaïque", explique à l'AFP Abdou Maman, qui a participé ce week-end à Libreville au New York Forum Africa. Habitué à développer des logiciels informatiques pour les entreprises et les administrations basées à Niamey, il se demande alors "comment aider les gens du village, ceux qui sont restés en marge de la technologie".

 

- Moqué hier, courtisé aujourd'hui -

 

Son idée repose sur deux éléments essentiels: le soleil, ressource inépuisable dans ce pays, censé alimenter le moteur de la pompe, et le téléphone, dont le taux de pénétration en Afrique a explosé en 10 ans pour atteindre près de 80%.

Pour 200 Francs CFA (30 centimes d'euro), le prix d'un appel surtaxé dont M. Maman partage les bénéfices avec l'opérateur, le cultivateur peut déclencher l'irrigation, programmée pour une durée définie, et même consulter la météo dans sa zone, pour décider si l'arrosage est pertinent ou non.

"Au début, on me prenait pour un fou, personne n'y croyait!", raconte, goguenard, l'informaticien de 44 ans qui déambule en sandales et chemisette parmi les dirigeants de multinationales en col blanc invités au New York Forum Africa.

En 2011, après des centaines de nuits passées dans sa chambre à bricoler une moto-pompe reliée à des circuits intégrés d'un côté, un seau d'eau de l'autre, il parvient enfin à faire marcher sa "télé-irrigation". 

C'est le premier prix de l'entrepreneur social en Afrique, décroché un peu par hasard, qui va le propulser. Désormais courtisé, Abdou Maman obtient un prêt de 225.000 euros pour concrétiser son projet, "de la même banque qui m'avait refusé un prêt de 1.500 euros il y a quelques années", s'amuse-t-il.

Sa société Tech-innov, qui a démarré ses activités il y a cinq mois, compte déjà 12 employés. L'inventeur a vendu une centaine de kits, en majorité à des propriétaires terriens qui ont les moyens.

Car la télé-irrigation coûte cher. Pas loin de 4.000 euros l'ensemble (panneaux solaires, pompe, moyens d'irrigation), soit une petite fortune pour des paysans pauvres.

L'agence luxembourgeoise de coopération pour le développement aide une vingtaine de maraîchers à s'acheter sa technologie, à travers de la Banque agricole du Niger. 

Pour développer son affaire, Abdou Maman parcourt les forums internationaux pour trouver des partenaires qui voudront bien accorder des micro-crédits à ses futurs clients.

Seul actionnaire de sa société, pour laquelle il a hypothéqué sa maison, il reste résolument ambitieux: "aujourd'hui j'attends que des gens s'engagent avec moi. L'objectif, c'est d'installer ma télé-irrigation dans d'autres pays, pourquoi pas le Nigeria, le Burkina, le Mali...".

AFP

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