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Le Malawi dans l'attente du résultat de la présidentielle contestée

Les Malawites attendaient toujours lundi le résultat de l'élection présidentielle contestée du 20 mai, gardant leur calme malgré l'intense bataille juridique et la guerre des nerfs que se livrent la présidente Joyce Banda et son principal rival Peter Mutharika.

Lundi matin, le dépouillement semblait proche du but, selon une source au sein de la commission électorale. 

Mais personne n'était en mesure de dire si celle-ci allait finalement annoncer le résultat, et le cas échéant, si celui-ci pourra être valablement considéré comme l'expression de la volonté des 7,5 millions d'électeurs de ce petit pays rural d'Afrique australe.

Le scrutin, que Mme Banda a tenté en vain de faire annuler samedi, connaît depuis le début des ratés spectaculaires, avec des problèmes d'organisation "considérables" dès le jour du vote mardi dernier, selon les observateurs étrangers, puis au cours du décompte. 

Il y a jusqu'à dix heures de retard par endroits et il a fallu revoter jusqu'au surlendemain dans certains bureaux. Le système informatique de comptage de la commission électorale s'est ensuite bloqué, obligeant à passer en mode manuel.

Des anomalies ont enfin été détectées dans des bureaux où il y a eu plus de suffrages exprimés que d'inscrits.

La population, comme durant la majeure partie de la campagne, a affiché malgré cela une patience à toute épreuve, avec tout au plus quelques désordres isolés le 20 mai quand des bureaux de vote ont été incendiés dans la capitale et l'armée appelée en renfort.

Pourtant, la tension n'a jamais été aussi vive entre Joyce Banda, 64 ans, au pouvoir depuis 2012 et dont les partisans soutiennent qu'elle a gagné, et l'ancien ministre des Affaires Peter Mutharika, 74 ans, en tête dans des résultats très partiels.

La commission électorale n'a pas réussi à apaiser les esprits dimanche en proposant de recompter les bulletins là où des anomalies avaient été détectées.

la commission s'était targuée d'avoir obtenu un accord de tous les partis. Mais le camp Mutharika a obtenu une décision de justice en référé pour bloquer le recomptage des urnes litigieuses.

- "Institutions solides" -

Selon le camp Mutharika, Mme Banda n'a pas le droit de faire des recours, ni de forcer à un recomptage, tant que le résultat de ce scrutin à un seul tour n'est pas annoncé. 

La bataille par avocats interposés pourrait encore durer longtemps.

"Mme Banda pourrait faire appel de la décision de justice invalidant l'annulation des élections", estime Dimpho Motsamai, chercheuse à l'Institut des Etudes de Sécurité (ISS, Pretoria). Elle a proposé de tenir à nouveau le scrutin, sans sa candidature.

Selon elle, le Malawi est entré dans "une période inquiétante d'incertitudes" et Mme Banda a manqué de jugeote et aurait dû prévoir tous les problèmes logistiques du scrutin.

"Malgré tous ces rebondissements, le drame et le malaise général, le Malawi démontre (encore) qu'il a des institutions solides, impartiales et respectées", a commenté Jeffrey Smith, du centre Robert Kennedy pour le droit et la Justice (Etats-Unis).

"Beaucoup de médias se sont focalisés sur les quelques incidents violents de Blantyre mais les gens, comme l'appareil institutionnel, méritent des félicitations", a-t-il ajouté à l'AFP.

Ancienne vice-présidente, Mme Banda avait hérité du fauteuil présidentiel, sans élection, en avril 2012, au décès de Bingu wa Mutharika, très décrié pour sa dérive autocratique.

Mais il s'en était fallu de peu. Peter Mutharika est soupçonné d'avoir tenté de cacher la mort de son frère pour essayer de confisquer le pouvoir à son profit. Une enquête ordonnée depuis a conclu à des manoeuvres passibles d'une condamnation pour haute trahison.

Joyce Banda, durant son court mandat, a tenté de redresser les finances du pays et donné d'elle l'image d'une dirigeante courageuse et intègre, louée à l'étranger.

Paradoxalement, c'est sous sa présidence qu'a éclaté en octobre 2013 le plus grand scandale de détournement d'argent public dans l'histoire du Malawi, le "Cashgate", qui a entraîné un gel d'une partie de l'aide étrangère.

Elle-même nie toute implication et s'estime victime de son acharnement à en finir avec la corruption, sport national au Malawi.

Elle s'est cependant aliéné l'électorat en imposant une austérité et une dévaluation pénalisante pour la population, déjà excédée par des pénuries du temps de son prédécesseur.

Près de la moitié des 15 millions de Malawites vivent avec moins d'un dollar par jour.

AFP

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