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Guinée équatoriale - Le fils Obiang privé de Ferrari

Mercredi 28 septembre, 8 heures du matin. Sur l’avenue Foch, l'une des plus belles de Paris, des policiers ont saisi 16 voitures de luxe appartenant au fils du président équato-guinéen, Teodorin Nguema Obiang.

Sur commission rogatoire du juge d’instruction, qui enquête depuis le 21 septembre dans un immeuble du 16e arrondissement, les policiers français ont perquisitionné un parking du 42 avenue Foch, le lieu de résidence de la famille du chef d'Etat, rapporte Challenges.

Ces saisies s’inscrivent dans le cadre de la plainte déposée en 2008 par les associations anticorruption Transparency International et Sherpa, pour recel et détournement de fonds publics à l’encontre de trois chefs d’Etat (Congo, Guinée équatoriale et Gabon).

La liste des véhicules saisis laisse rêveur. On y trouve pêle-mêle des marques de renoms telles que: Maserati, Aston Martin, Rolls Royce, Porsche Carrera, Bugatti, Bentley, Ferrari…

          Bentley, Ferrari, Bugatti, Maserati, Porsche et Aston Martin, by Pa_Le via Flickr CC

En 2009 déjà, des rapports de la direction générale des douanes relevaient que le fils Obiang, dépensier et habitué au luxe, avait envoyé 26 voitures en Guinée équatoriale .

L’instruction était bloquée par le parquet de Paris, qui avait refusé aux magistrats d’enquêter sur les achats récents des chefs d’Etat africains. Lancée par les ONG, cette affaire a suscité un bras de fer judiciaire, le ministère de la Justice s’opposant à l’ouverture de cette procédure. Une opposition qui a été tranchée par une décision de la Cour de cassation en 2010, jugeant la plainte des ONG finalement recevable.

Mais le président Obiang n’est pas le genre à se laisser faire. Maître Olivier Prado, avocat français de la Guinée équatoriale, a protesté auprès des juges, arguant que ladite enquête violait les règles du droit international. Il a par ailleurs annoncé que la famille allait porter plainte.

Les avocats français du pays envisagent en effet d'engager une action contre la France auprès de la Cour internationale de justice:

«Nous avons fourni une protestation extrêmement vive auprès du juge d’instruction qui en a pris bonne note», déclarait Olivier Prado.

Cette confiscation constitue «une atteinte à la souveraineté d'un Etat étranger», a déclaré une autre avocate de la famille Obiang, maître Isabelle Thomas Werner.

On estime la valeur minimale de cette saisie automobile à 5 millions de dollars (environ 3,7 millions d'euros). Une somme qui peut surprendre à plus d'un titre, sachant que le fils Obiang occupe officiellement le poste de ministre de l’Agriculture et des Forêts de la Guinée équatoriale.

Enfin, il faut noter que l’événement intervient alors que le président équato-guinéen fait partie des chefs d’Etat africains mis en cause par l’avocat Robert Bourgi pour avoir financé certaines campagnes électorales françaises, et que le prix scientifique proposé par la Guinée équatoriale à l'Unesco risque d'être une nouvelle fois rejeté ce vendredi 30 septembre 2011.

Lu sur Challenges, Le Monde