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Libye: un nouveau gouvernement dans un climat d'anarchie

Le Parlement libyen contesté a accordé dimanche sa confiance au cabinet du Premier ministre Ahmed Miitig, dans un climat de vives tensions alimentées par une lutte d'influence entre politiciens et milices armées.

Le gouvernement de M. Miitig, qui sera essentiellement chargé de préparer les élections législatives annoncées pour le 25 juin, a obtenu 83 voix sur 94 députés, réunissant in extremis le quorum après plusieurs heures d'attente, a déclaré à l'AFP le député Mohamed Laamari.

Le Congrès général national libyen (CGN-parlement) s'est réuni dans un ancien palais royal dans l'est de Tripoli, faute de pouvoir convoquer les élus dans ses locaux, attaqués il y a une semaine par un groupe de milices armées réclamant la dissolution de l'assemblée.

Des mesures de sécurité exceptionnelles ont été déployées autour du bâtiment par des milices islamistes qui appuient le Congrès, selon un photographe de l'AFP. 

Ahmed Miitig avait été élu début mai lors d'un vote chaotique au Congrès qui a été dénoncé par plusieurs députés libéraux.

Ces derniers accusent en effet les blocs islamistes d'avoir laissé le vote ouvert pour des retardataires après l'annonce du résultat, pour atteindre les 121 voix requises, alors que M. Miitig n'avait recueilli initialement que 113 votes. 

Plusieurs politiciens et groupes armés avaient déjà prévenu qu'ils ne cautionneraient pas un gouvernement formé par M. Miitig.

- Appuyé par les islamistes -

 

Appuyé notamment par les islamistes, Ahmed Miitig, un homme d'affaires de 42 originaire de Misrata (ouest), est le cinquième et le plus jeune chef de gouvernement depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Méconnu du grand public, M. Miitig succède à Abdallah Al-Theni, qui assurait l'intérim depuis le limogeage le 11 mars d'Ali Zeidan, un libéral, après un bras de fer de plusieurs mois avec les islamistes.

Il devrait conduire une courte phase de transition, des nouvelles élections ayant été annoncées pour le 25 juin afin de mettre en place un Parlement chargé de remplacer le CGN et de former un nouveau cabinet.

Le Congrès s'est réuni dimanche à huis clos, bravant des menaces à son encontre par un groupe armé de la ville de Zenten, au sud-ouest de Tripoli, qui estime que cette instance n'a "plus de légitimité".

Ce groupe avait déjà mené le 18 mai une attaque contre les locaux du CGN, exigeant sa dissolution.

Le CGN, issu du premier scrutin libre du pays en juillet 2012, s'est attiré de nombreuses critiques surtout pour avoir unilatéralement prolongé son mandat jusqu'en décembre 2014. Ses détracteurs accusent aussi les blocs parlementaires islamistes de "complicité" avec les groupes radicaux qui sévissent en particulier dans l'Est.

Un général dissident, Khalifa Haftar, a accentué la pression en lançant le 16 mai une campagne baptisée "la Dignité" contre les groupes extrémistes et en réclamant la dissolution du CGN.

Cette opération a reçu le soutien de plusieurs brigades et milices et l'adhésion d'une grande partie de la population.

Samedi, M. Haftar, que le CGN accuse de mener un coup d'Etat, a affirmé avoir reçu un "mandat du peuple... pour purger le pays des terroristes et extrémistes".

Dans ce contexte, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a demandé samedi "à toutes les parties en Libye de s'abstenir de toute action pouvant miner la transition démocratique et de reprendre le dialogue". 

Se joignant à cet appel, l'envoyé spécial de l'Union européenne à Tripoli, Bernardino León, a solennellement appelé dimanche les Libyens au dialogue et au renforcement des institutions de l'Etat.

"Ce n'est pas un message de l'UE ou de la communauté internationale, c'est un message qui vient de la rue libyenne", a-t-il déclaré à Tripoli en appelant au maintient de la date du 25 juin pour les législatives.

"Nous devons travailler ensemble, la Libye et la communauté internationale, pour se débarrasser des groupes qui tuent et entravent le fonctionnement de l'Etat", a-t-il ajouté.

Dans ce contexte tendu, la cour pénale de Tripoli, chargée de juger une quarantaine de dignitaires de l'ancien régime de Mouammar Kadhafi, dont son fils Seif al-Islam, a une nouvelle fois renvoyé le procès, désormais fixé au 22 juin. 

AFP

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