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Génocide rwandais: le parquet ouvre la voie

Un deuxième procès parisien sur le génocide rwandais pourrait se tenir rapidement, le parquet ayant requis le 13 mai le renvoi aux assises d'Octavien Ngenzi et de Tito Barahira pour génocide et crimes contre l'humanité.

Mis en cause par de nombreux témoins, ils sont notamment accusés d'avoir participé au massacre "dans des conditions effroyables" de centaines de Tutsi réfugiés dans une église de la commune de Kabarondo dans l'est du Rwanda, le 13 avril 1994, selon une source judiciaire.

Les juges d'instruction doivent désormais se prononcer sur la mise en accusation des deux hommes, incarcérés, qui se disent innocents.

Ce pourrait être le deuxième procès en France sur le génocide rwandais après celui de Pascal Simbikangwa, qui a fait appel de sa condamnation en mars à 25 ans de réclusion criminelle.

Intervenu juste avant les commémorations du 20e anniversaire du génocide, ce verdict avait été salué comme une "étape importante" par le président rwandais Paul Kagame.

Mais cette déclaration avait été suivie d'une crise diplomatique entre Paris et Kigali, quand Paul Kagame avait évoqué le "rôle direct" de la France, alors alliée du régime hutu, dans le génocide.

Entre avril et juillet 1994, environ 800.000 personnes avaient été tuées en quelque 100 jours, essentiellement parmi la minorité tutsi. Les massacres avaient débuté après l'attentat du 6 avril 1994 qui avait coûté la vie au président hutu Juvénal Habyarimana.

A l'inverse de celui de Simbikangwa, le procès de Ngenzi et Barahira se tiendrait en présence de victimes ou de proches, puisque neuf sont parties civiles aux côtés des associations.

Les accusations sont lourdes pour Barahira et Ngenzi qui se sont succédé au poste de bourgmestre de Kabarondo (1977-1986, 1987-1994). Ce statut leur aurait conféré, selon une source judiciaire, une "influence considérable" sur la population permettant "une mise en oeuvre rapide de la politique génocidaire".

Durant l'enquête, des témoins ont décrit Octavien Ngenzi, agronome de 56 ans, comme un "donneur d'ordre" et "un co-auteur direct des crimes" dans la région de Kabarondo, poursuit la source.

 

- Tueries effroyables -

 

Tito Barahira, 62 ans, est dépeint comme un "participant direct et convaincu", "un encadreur", "un participant actif" aux massacres. Plusieurs témoins ont décrit comment cet enseignant encourageait des habitants à "travailler". Pour lui, "+aller travailler+ signifiait +aller tuer+", a explicité un témoin. Les Interahamwe, les jeunes extrémistes hutu, lui "obéissaient au doigt et à l'oeil", a dit un autre. 

Le 13 avril 1994, des centaines de réfugiés, essentiellement tutsi, étaient regroupés autour de l'église de la commune où ils avaient afflué pour échapper aux tueries. 

En quelques heures, des centaines seront tués "dans des conditions effroyables", par des assaillants munis de gourdins, de lances, de flèches, de machettes, de grenades ou d'armes à feu, ont raconté des survivants. 

Une fois la porte de l'église défoncée, des survivants y seront achevés, selon ces témoins qui évoquent la participation de Ngenzi et Barahira, également accusés d'avoir participé à un tri entre Hutu et Tutsi.  

Ngenzi est également mis en cause dans les tueries survenues après, dans le centre de santé voisin puis dans un centre d'alphabétisation où avaient tenté de trouver refuge des survivants. 

Les deux hommes sont également accusés d'avoir pris part à la fouille d'habitations pour y trouver des Tutsi, selon une source judiciaire. 

Ngenzi comme Barahira nient toute implication. Leurs avocats respectifs, Me François Mathé et Me Philippe Meilhac, émettent des doutes sur la crédibilité de témoignages recueillis au Rwanda. 

Durant l'enquête, Ngenzi a expliqué avoir été dépassé par la folie meurtrière et n'avoir rien pu faire pour s'y opposer. 

Ngenzi et Barahira ont fui le Rwanda dès avril 1994. Le premier a été retrouvé à Mayotte en 2004 où, sous une fausse identité, il avait sollicité le statut de réfugié politique. Barahira a été interpellé en avril 2013 à Toulouse où il s'était installé. 

Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), a exprimé sa "satisfaction de voir que le processus des procès soit enclenché": la traque des génocidaires réfugiés en France "porte ses fruits".

AFP

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