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RDC: environ 300 morts dans la répression des attaques du 30 décembre

Environ 300 personnes, surtout des civils, ont été tuées dans la répression des attaques survenues le 30 décembre dans de grandes villes de République démocratique du Congo, selon le bilan d'une ONG locale, trois fois plus élevé que celui annoncé par Kinshasa.

"Autour de 250" civils et 6 militaires ont été tués dans la province du Katanga (sud-est) et "autour de 71" civils sont morts à Kinshasa, a déclaré jeudi à la presse Me Sylvain Lumu, secrétaire exécutif de la Ligue des électeurs (LE), une ONG congolaise de défense des droits de l'Homme.

"Le bilan est toujours provisoire parce qu'il y a eu des personnes, selon certains témoignages que nous sommes en train de confronter, (...) qui ont été jetées dans la rivière du Katanga. Il y a [par ailleurs] des personnes qui sont dans les fosses communes", a-t-il ajouté.

Le 30 décembre à Kinshasa, après une prise d'otages à la télévision publique, des tirs ont résonné à l'aéroport international de Ndjili et à l'état-major général. Il y a eu également des tirs à Lubumbashi et Kolwezi, dans le Katanga. A Kindu, dans le Maniema (est), l'aéroport a été ciblé.

Des assaillants se sont clairement revendiqués comme étant des adeptes du pasteur Joseph Mukungubila Mutombo, le chef du Ministère de la restauration à partir de l'Afrique noire (MRAN) qui a été candidat à la présidentielle de 2006 remportée par l'actuel chef de l'Etat, Joseph Kabila.

 

- "Carnage hors du commun" -

 

Des images de la télévision publique avaient montré à l'époque plusieurs dizaines de kalachnikovs, des chargeurs pleins, des grenades ou encore des roquettes présentées comme l'arsenal des assaillants. Le pasteur avait pour sa part dénoncé un "massacre", affirmant que ses adeptes étaient "mains vides".

Selon le gouvernement, le bilan définitif de cette "offensive terroriste" était de "103 morts, dont 95 terroristes assaillants et 8 soldats". Officiellement, aucune victime civile n'a été recensée, une version qui va à l'encontre de celle délivrée par la LE.

D'après son rapport présenté jeudi, et réalisé avec le soutien de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), la répression a viré au "massacre" à Kinshasa et au "carnage hors du commun" au Katanga, où des fidèles du pasteur ont été pourchassés jusque dans les lieux de culte le 30 décembre et après.

Au Katanga, "si le bilan officiel fait état de 43 morts dans le rang des fidèles (...) selon les adeptes, entre les victimes de l'assaut et les personnes tuées après avoir été arrêtées, le bilan réel serait de 214 personnes tuées par balles, empoisonnées, voire enterrées vivantes", selon le rapport.

"La plupart des adeptes de la secte ont été exécutés sommairement, d'autres blessés et des dizaines d'adeptes du MRAN sont aujourd'hui détenus après avoir été sévèrement torturés et battus. Plusieurs dizaines sont toujours portés disparus", conclut le texte.

 

- "Une manifestation de colère" -

 

La LE a dénoncé la force de feu employée par les unités de sécurité.

"La réaction de l'Etat vis-à-vis des personnes civiles est pire que celle des rebelles sur un champ de bataille. (...) Face aux personnes qui avaient des bâtons, des sifflets, des tambourins, fallait-il réprimer dans le sang? Non, la réponse était totalement disproportionnée", a plaidé Me Lumu.

Les autorités congolaises étaient injoignables jeudi après-midi pour commenter les affirmations de la LE.

Joseph Mukungubila Mutombo, très hostile à M. Kabila, est en exil en Afrique du Sud. Le 15 mai, les autorités de ce pays l'ont détenu quelques heures dans le cadre d'un "mandat d'arrêt délivré par Interpol après une plainte du gouvernement congolais", avait expliqué à l'AFP son avocat.

M. Mukungubila est accusé de "meurtre", "agression intentionnelle avec circonstances aggravantes", "destruction volontaire", "détention arbitraire et illégale", sans précision ou rappel des faits auxquels se rattachent ces poursuites, a indiqué l'avocat.

Il a de nouveau rendez-vous avec le juge le 15 juillet.

Dans un point presse jeudi à Johannesburg, le pasteur a estimé que ses adeptes, "mains nues", s'étaient livrés le 30 décembre à "une manifestation de colère, pas une attaque". Il a réclamé une enquête "sérieuse et indépendante" de la communauté internationale sur les violences.

AFP

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