mis à jour le

Jacob Zuma, l'insubmersible président sud-africain

Le président Jacob Zuma, reconduit mercredi à la tête de l'Afrique du Sud, est un personnage aussi controversé qu'énigmatique, homme de réseaux à la ligne politique dictée par des intérêts contradictoires, au parcours émaillé de scandales.

"JZ", 72 ans, est le quatrième président de l'Afrique du Sud post-apartheid, au pouvoir depuis les élections de 2009. 

Il avait pris à la hussarde la direction du Congrès national africain (ANC) fin 2007 en évinçant Thabo Mbeki, qui l'avait limogé de la vice-présidence deux ans plus tôt après des accusations de corruption. Il contrôle depuis fermement l'appareil du parti dominant. 

Zuma semblait miraculé lorsqu'il est arrivé au pouvoir. La justice avait --de façon étonnante, diront ses opposants-- abandonné les poursuites juste avant les élections de 2009, alors qu'il était accusé d'avoir demandé des pots-de-vin pour l'achat d'armes au groupe français Thales. Son conseiller financier a été condamné dans cette affaire. 

Il a aussi été acquitté dans un procès pour viol en 2006, non sans avoir soulevé l'indignation dans le pays en disant qu'il avait pris une douche pour éviter le sida après un rapport non protégé avec la jeune femme séropositive qui l'accusait, la fille d'un ami.

Tout au long de ces épisodes judiciaires, ses partisans n'ont jamais fléchi, criant au complot politique et faisant résonner son chant de guerre des années de lutte, "Umshini Wani" ("Apporte-moi ma mitraillette"). 

Ces derniers temps, ce remarquable chanteur a troqué cet hymne peu politiquement correct contre un vibrant hommage à son glorieux prédécesseur Nelson Mandela, disparu début décembre.

Jacob Zuma fait maintenant les titres de l'actualité pour avoir fait luxueusement rénover aux frais du contribuable sa résidence privée de Nkandla, en plein pays zoulou (est), où il est né en avril 1942.

 - Discours révolutionnaires- 

Comme toujours sourd aux critiques, le premier président polygame d'Afrique du Sud a étonné en expliquant que ces travaux étaient nécessaires car l'une de ses épouses avait été violée.

Divorcé de la présidente de la Commission de l'Union africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, il a actuellement quatre femmes et une vingtaine d'enfants. 

L'ancien vacher sans éducation est membre de l'ANC depuis 55 ans. Après avoir été condamné pour complot en 1963 par le régime d'apartheid, il avait passé 10 ans au bagne de Robben Island, au large du Cap, où était également enfermé Nelson Mandela. Il s'y est découvert une passion pour les échecs. 

Il a ensuite mis en place des structures clandestines de l'ANC dans sa région d'origine, avant de prendre le chemin de l'exil, notamment au Mozambique, au Swaziland, puis en Zambie. Il y a dirigé les renseignements de l'organisation à la fin des années 1980. 

M. Zuma est rentré en Afrique du Sud en 1990 et a participé aux négociations dans le processus de transition qui devait mener aux premières élections démocratiques de 1994. 

Une fois l'ANC arrivé au pouvoir, "JZ" est devenu ministre provincial au KwaZulu-Natal, puis vice-président de la République en 1999 jusqu'à son limogeage en 2005.

Homme de réseaux, fin négociateur, sa traversée du désert n'aura ensuite été que de courte durée. Il est parvenu au pouvoir en s'appuyant sur l'aile gauche de l'ANC et les syndicats, indisposés par la gestion trop libérale de Thabo Mbeki. 

Mais Jacob Zuma a déçu nombre de partisans depuis qu'il est aux affaires en ne donnant pas le coup de barre à gauche attendu, même si certains de ses discours semblent révolutionnaires. 

Moins clairement libéral que Mbeki mais sans ligne économique vraiment définie, il tend à négliger le quotidien, au profit de grands programmes à long terme de construction d'infrastructures. 

Du coup, l'ex-champion des laissés-pour-compte de l'Afrique du Sud post-apartheid s'est vu voler ce rôle par d'autres hommes politiques tels que le fondateur des "Combattants pour la liberté économique" Julius Malema, devenu son adversaire le plus acharné après avoir été son protégé. Certains syndicats socialisants veulent aussi rompre les ponts avec l'ANC. 

Ses opposants l'accusent aussi régulièrement de vouloir mettre au pas la justice et la presse. 

Surtout, sa présidence a vécu le pire massacre depuis la fin de l'apartheid, quand la police a abattu 34 mineurs en grève en août 2012 à Marikana (nord). 

 

AFP

Ses derniers articles: CAN-2017: le Togo "abîmé moralement" par l'affaire Agassa, pas sûr de jouer  CAN: le Gabon éliminé, le pays organisateur retourne  Egypte: cinq soldats tués dans le Sinaï 

président

AFP

Burundi: l'opposition en exil unie contre le président Nkurunziza

Burundi: l'opposition en exil unie contre le président Nkurunziza

AFP

Gambie: intervention militaire pour installer le nouveau président

Gambie: intervention militaire pour installer le nouveau président

AFP

A Dakar, joie et espoir de Gambiens en exil président

A Dakar, joie et espoir de Gambiens en exil président