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Sierra Leone - Les failles du programme de soins gratuits

Un peu plus d’un an après la mise en place de soins gratuits pour les femmes et les enfants en Sierra Leone, le système gouvernemental est déjà sous le feu des critiques. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a exigé une enquête sur la disparition mystérieuse de 25% des médicaments envoyés, rapporte le Guardian. L’Unicef compte déterminer le pourcentage de pertes lié à une mauvaise tenue des registres, et celui dû au vol.

Devant le manque d’explications des autorités sierra-léonaises sur la destination des premiers lots arrivés l’année dernière, en 2010, au port de Freetown, l’Unicef a décidé de bloquer la livraison des 43 autres containers (sur 48). Les Nations unies et le Royaume-Uni sont les principaux bailleurs de fonds de cette initiative, dont le coût de la première année s’élève à 25 millions d’euros. Pour calmer les nombreuses plaintes, le président Ernest Koroma a lui aussi décidé d’ouvrir une enquête sur la gestion du programme, chapeautée par la Commission anticorruption.

Au départ, l’objectif de ce système de soins gratuits pour les femmes enceintes, celles qui allaitent et les enfants de moins de 5 ans, lancé en avril 2010, est de juguler la très forte mortalité maternelle et infantile. La Sierra Leone est en effet un des pays les plus dangereux au monde pour une mère et son enfant: une femme sur huit risque de mourir pendant la grossesse ou l’accouchement, indiquait Amnesty International dans un rapport de 2009. Selon l’étude de groupe multi-indicateur de 2005 (PDF), un enfant sur cinq meurt avant l’âge de 5 ans. Et la situation ne s’est guère améliorée depuis. En 2010, au moins douze femmes mouraient chaque mois après l’accouchement dans un hôpital de Freetown, la capitale.

Cette initiative est un défi immense à relever pour la Sierra Leone, où environ 85 médecins travaillent pour 5,5 millions de personnes. Outre l’absence de véritable système de santé, de nombreux faits de corruption expliquent l’enlisement du programme de soins. Par exemple, l’initiative ne serait pas aussi gratuite qu’affichée. Pour compenser la perte d’argent et le surmenage, le personnel de santé exigerait des compensations financières à leurs patients, malgré la hausse de leurs salaires.

«Le système de soins gratuits était censé être pour les femmes, mais le coût les freine toujours», se désole Brima Sheriff, le directeur d’Amnesty international en Sierra Leone.

La convalescence est longue pour le pays. Mais selon Oxfam, la mortalité liée au paludisme a chuté de 90% dans les hôpitaux, avec une prise en charge des enfants en hausse de 200% depuis le début du programme.

Lu sur le Guardian, Inter Press Service