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RDC: Meni Mbugha, le styliste qui s'inspire de l'art des Pygmées

Fabriquer des tissus imprimés de motifs traditionnels pygmées à destination de la mode ou des touristes: c'est l'objectif d'un styliste congolais qui a pris fait et cause pour ce peuple des forêts marginalisé et exploité.

Dans son petit atelier de Kinshasa, une pièce sombre d'environ 10 mètres carrés encombrée de malles et de tissus, Meni Mbugha donne vie à ses créations.

Ses robes, jupes, vestes et écharpes sont souvent taillées dans de la ramie, qu'il fait sérigraphier avec des motifs noirs et rouges au préalable dessinés sur ordinateur. Des techniques modernes pour reproduire des motifs ancestraux que les pygmées dessinent d'âge en âge sur écorce.

Avec sa collection Protos ("premier", en grec), l'artiste de 33 ans veut reproduire la beauté de l'art séculaire de ce peuple qui tire son identité et sa subsistance des forêts tropicales d'Afrique centrale, deuxième poumon vert de la planète après la forêt amazonienne.

Qu'est-ce qui a poussé un Congolais d'ethnie Nande à s'intéresser à ce peuple de chasseurs-cueilleurs de petite taille, marginalisés dans les pays (RDCongo, République centrafricaine, Rwanda, Ouganda, Cameroun) où ils vivent?

Cette minorité ethnique s'est vue de plus en plus chassée de sa zone de subsistance par la déforestation, les mines, l'extension des terres agricoles et l'exploitation des multinationales.

Déplacés, ils font l'objet de discriminations, méprisés par les autres ethnies qui les exploitent contre une rémunération faible ou en nature - comme des cigarettes ou de l'alcool, favorisant les addictions.

En outre, malgré des progrès, ils peinent à accéder à l'éducation ou à la santé.

Meni Mbugha, tête rasée et barbe de trois jours, est né dans l'est de la France, à Nancy, d'un père nutritionniste et d'une mère au foyer, qui élève quatre enfants. A six ans, la famille s'envole pour son pays d'origine, la République démocratique du Congo, à l'époque le Zaïre.

Doué en danse, il se passionne vite pour le stylisme. Mais ses parents font grise mine. "Mon père disait que c'était une école de filles, que j'allais finir par m'asseoir sous un arbre pour coudre des vêtements pour les femmes...", confie-cet homme au sourire et au regard doux.                     

Sans conviction, il fait trois ans d'informatique, puis s'inscrit aux Beaux-Arts. Mais en cachette, il commence un cycle à l'Institut supérieur des arts et métiers (Isam) de Kinshasa. 

Très "écolo", il décide d'étudier le lien entre la mode et la protection de la forêt. C'est sa rencontre en 2007-2008 avec une famille pygmée qui lui ouvre les yeux sur le destin dramatique du peuple des forêts.

D'ethnie mbuti, cette famille s'est réfugiée à Kinshasa pour fuir les miliciens qui commettent des exactions dans la forêt d'Epulu (Nord-Est), d'où elle est originaire. 

La famille lui offre un livre de photos montrant des écorces battues et ornées de dessins. "Je me suis dit: pourquoi ne pas avoir ces motifs sur des tissus?", explique le jeune homme à l'AFP.

En 2011, Meni Mbugha s'est rendu une première fois dans la forêt d'Epulu, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, notamment pour ses okapis.

                                                                                - 'Leur vision du monde sur des écorces' -

Dans les villages, il a constaté que les Mbutis "expriment leur vision du monde sur des écorces d'arbres battues selon une philosophie et une technique bien particulières", décrit cet amateur de revues scientifiques sur son blog, où il détaille son séjour.

Ces écorces collectées par les hommes sur des ficus, sont peintes à l'aide de pigments extraits de végétaux délivrant des teintes noire, rouge ou jaune. 

Les dessins, réalisés par des femmes sous l'oeil attentif des enfants, représentent la faune et la flore.

Portées ou utilisées dans les cérémonies rituelles, ces écorces sont appréciées des touristes et des collectionneurs occidentaux. "Je me suis dit que les autochtones pouvaient utiliser du tissu à la place des écorces (...) et gagner de l'argent avec leur savoir", raconte-t-il. 

Avec son projet baptisé Ndura ("forêt", en kibila, langue du Nord-Est du Congo), qui pourrait être lancé avant la fin de l'année, il espère pouvoir leur donner un moyen supplémentaire de subsistance.

Il doit être en partie financé par sa marque de vêtements Vivuya, lancée en 2012 et dévoilée à la Kinshasa Fashion Week de juillet 2013, où le concept a été salué.

En juillet, avec ses "modestes moyens" d'enseignant de l'Isam, il prévoit une exposition à l'Institut culturel français de Kinshasa, et une autre à Kisangani, capitale de la Province orientale, qui abrite Epulu. Pour faire mieux connaître le savoir-faire du peuple des forêts.

AFP

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