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Vendeurs à la sauvette, cordonniers ambulants, éboueurs, chauffeurs de bus ou taxis, manutentionnaires, domestiques: à Brazzaville, c'est toute une main-d'oeuvre qui manque après le départ d'environ 80.000 personnes originaires de la République démocratique du Congo.

Ces Congolais de l'autre rive ont traversé le fleuve éponyme qui sépare les deux Congos après le lancement début avril d'une grande opération policière de lutte contre la délinquance et l'immigration clandestine baptisée "Mbata ya bakolo" ("La gifle des aînés, en lingala).

Officiellement, ce coup de filet est destiné à "assainir" certains quartiers de Brazzaville en luttant contre les "kuluna" (bandits en bande organisée) venus de Kinshasa, juste en face, et en expulsant les sans-papiers sans distinction de nationalité.

La RDC est le dernier pays au classement de l'indice du développement humain des Nations unies. A Brazzaville, où les conditions de vie sont un peu meilleures, les "Kinois" (habitants de Kinshasa, et par extension de la RDC) exercent toutes sortes de petits métiers payés à vil prix, et leur exode récent se fait sentir sur la vie locale.

Au marché Total, au sud de la capitale, de gros camions transportant des filets d'oignons en provenance du Cameroun attendent désormais trois ou quatre jours que leur cargaison soit déchargée alors que d'ordinaire c'est fait dans la journée.

"Les Kinois nous demandaient à peine 100 francs CFA (0,15 euro) par filet déchargé du camion. Mais, les Brazzavillois exigent jusqu'à 500 F CFA par filet, témoigne Maurice Tchanang, chauffeur de 39 ans.

Depuis plusieurs semaines, Pascal Bemba, assureur, arrive à son travail avec des chaussures poussiéreuses. "Où est-ce que je peux trouver un cireur ou un cordonnier en dehors du Kinois qui fait son travail avec amour et demande moins cher ?", déplore-t-il.

-'Qu'ils repartent !' -

Dans certaines parcelles et le long des grandes artères de la ville des ordures s'entassent.

"La mairie fait bien son travail d'assainissement, mais le Kinois partait collecter les ordures dans les coins les plus reculés où les engins de la mairie n'osent pas s'aventurer", témoigne un agent municipal sous couvert de l'anonymat, évoquant les "pousse-pousseurs", ces éboueurs indépendants et leur inséparable charrette à bras.

La pénurie de main-d'oeuvre vient du fait que le coup de filet policier a porté bien au-delà des seuls clandestins ou délinquants.

"Nous n'avons expulsé qu'un millier de personnes qui n'étaient pas en règle", affirme le colonel Jules Monkala Tchoumou, porte-parole de la police du Congo-Brazzaville.

La brutalité policière et une forte hostilité de la population vis-à-vis des "frères" congolais de la RDC ont fait le reste, poussant des dizaines de milliers de personnes, beaucoup installées depuis des années ou nées au Congo-Brazzaville, à regagner l'ancien Zaïre.

Edimba Tchala, Kino-Congolais trentenaire, affirme avoir perdu 500.000 francs CFA (environ 760 euros) lors de son interpellation par la police.

"Certains de nos compatriotes ont vu leurs petits hangars de fortune être brûlés", ajoute, au bord des larmes, ce tenancier de bar, "on poursuit les sans-papiers certes, mais j'ai vu des policiers déchirer même des cartes de séjour de mes compatriotes".

Pour Maixent Mbou, 42 ans, professeur de lycée, ce n'est pas tant la police qu'il faut blâmer que "les Zaïrois".

"Ils sont quelque peu têtus. Ils ont parfois été pris à partie par la police parce qu'ayant refusé d'obtempérer", dit-il, "on leur demande juste de se mettre en règle ou de rentrer". "Leur pays n'est pas un purgatoire. Qu'ils repartent ! On n'est jamais mieux ailleurs que chez soi."

"Ma prière est que tous les Kinois regagnent leur pays. Je constate qu'on peut maintenant trouver facilement une maison à louer", n'hésite pas à dire Prisca Kando, vendeuse en pharmacie.

Les autorités de Kinshasa estiment qu'environ 400.000 ressortissants de la RDC vivaient début avril au Congo-Brazza, où la population avoisine 4 millions d'habitants contre quelque 68 millions chez son voisin.

Alors que "Mbata ya bakolo" se poursuit, des centaines de "Kinois" sont encore entassés dans des dépôts ou baraquements au Beach, le port de Brazzaville. Ils attendent, entre désespoir ou sentiment de délivrance, la barge qui les ramènera chez eux.

AFP

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