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Nigeria: des proches des lycéennes réclament leur libération "sans conditions"

Des proches des 223 lycéennes détenues par le groupe islamiste armé Boko Haram ont demandé jeudi leur libération "sans condition", alors que les parlementaires nigérians débattaient de la prolongation de l'état d'urgence en vigueur depuis un an dans le Nord-Est.

Le président Goodluck Jonathan a exclu mercredi de libérer des islamistes détenus par l'Etat en échange des adolescentes, kidnappées par Boko Haram il y a un mois, selon le ministre britannique en charge des questions africaines, Mark Simmonds, qui s'est entretenu avec lui à Abuja.

Jusqu'à cette mise au point présidentielle, les intentions des autorités nigérianes étaient confuses, deux ministres ayant tenu des propos contradictoires cette semaine.

Le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, avait proposé cet échange dans une vidéo diffusée lundi qui montre les jeunes filles, enlevées le 14 avril dans une école de Chibok, une petite ville de l'Etat de Borno (nord-est), principal fief du mouvement.

Ayuba Chibok, l'oncle d'une des captives, a expliqué mercredi que les proches des lycéennes étaient "dévastés" et rongés par l'angoisse, même si la vidéo "leur a donné un peu d'espoir".

Il s'est cependant déclaré opposé à la libération de prisonniers de Boko Haram en échange des jeunes filles, estimant que la libération des adolescentes devait se faire "sans conditions".

Toujours selon le ministre britannique, le président nigérian souhaite cependant engager des discussions plus larges avec les islamistes pour mettre fin à l'insurrection qui a fait des milliers de morts depuis 2009.

C'est dans ce but, et pour tenter de reprendre le contrôle du nord-est du pays, qu'Abuja avait décrété il y a un an l'état d'urgence dans les trois Etats d'Adamawa, Borno et Yobe.

Initialement en vigueur pour six mois, il a déjà été reconduit une fois. M. Jonathan a demandé au Parlement une nouvelle prolongation de six mois.  

Avant de se prononcer, les sénateurs interrogeaient jeudi des responsables militaires sur le bilan de l'état d'urgence au cours d'une séance à huis-clos.

Si elle est validée par le Sénat, la prolongation de l'état d'urgence devra ensuite être soumise au vote des députés, qui doivent l'approuver aux deux tiers pour qu'elle soit adoptée.

Le gouverneur de l'Etat de Yobe, Ibrahim Geidam, s'est déjà prononcé contre la prolongation de ces mesures d'exception. Ses homologues de Borno et d'Adamawa, membres comme lui du principal parti d'opposition, devraient lui emboîter le pas.

L'opposition estime que l'état d'urgence n'a pas permis de réduire les violences de Boko Haram, tout en privant la population de liberté.

De fait, les mesures d'exception n'ont pas empêché la multiplication des attaques dans les trois Etats concernés, ni deux attentats à la voiture piégée qui ont fait à Abuja une centaine de morts en l'espace d'un mois.

- Drones américains -

Selon les spécialistes et les observateurs sur le terrain, le président nigérian devrait renforcer les capacités de l'armée dans le Nord-Est au lieu de prolonger des mesures d'exception au final infructueuses.

Le porte-parole de l'armée a déclaré mercredi que les soldats avaient tiré en l'air, en signe de protestation, au cours d'une inspection menée par un commandant local de l'armée à Maiduguri, la capitale de l'Etat de Borno.

Peu avant cet incident, une embuscade de Boko Haram sur la route reliant Chibok à Maiduguri avait fait quatre morts parmi les soldats - certains articles de presse parlent même de 12 morts.

M. Jonathan "est dépassé par les événements, voilà la situation", a lancé mercredi l'ancien président Olusegun Obasanjo sur la BBC.

Le dirigeant nigérian va néanmoins bénéficier de la mobilisation internationale, qui continue de monter en puissance.

Les Etats-Unis ont annoncé mercredi que l'armée américaine utilisait des drones de surveillance et des avions pour aider aux recherches.

IL s'agit de drones Global Hawk, qui peuvent voler à haute altitude, et d'avions MC-12, des appareils de surveillance souvent utilisés en Afghanistan, a précisé à l'AFP un responsable militaire américain.

Le Royaume-Uni a proposé mercredi "une assistance supplémentaire", incluant "un avion de reconnaissance". Une dizaine d'experts britanniques sont déjà arrivés sur place, ainsi que des experts français. La Chine et Israël ont également proposé leur aide.

Les services du président nigérian ont indiqué qu'il avait reçu des "appels de solidarité" des Premiers ministres d'Algérie et du Pakistan.

Un sommet sur la sécurité au Nigeria doit se tenir samedi à Paris, rassemblant, autour du président français François Hollande, les dirigeants d'au moins cinq pays africains: le Nigeria et quatre de ses voisins, le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Bénin. Des représentants des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de l'Union européenne ont aussi été invités.

Il s'agit de trouver "comment arriver à cerner (Boko Haram) par l'intelligence, comment arriver à former pour combattre et comment arriver à débusquer les assassins", a expliqué le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius.

AFP

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