Comment Wade a raté son «putsch»

A huit mois de la prochaine présidentielle, prévue en février 2012, Abdoulaye Wade a raté un dernier coup de poker avec une énième modification de la Constitution qui a conduit à de violentes émeutes à Dakar. Le président sénégalais croyait avoir l’aval de l’Elysée et de la Maison-Blanche.

Manifestations à Dakar, le 23 juin 2011. REUTERS/Finbarr O'Reilly

Une déplorable fin de règne. C’est l’analyse la plus partagée par les commentateurs au Sénégal après les émeutes sans précédent qui ont contraint le président Wade à retirer, jeudi 23 juin, dans la précipitation et dans une confusion totale, son projet de loi portant sur un «ticket» à la prochaine présidentielle.

Avec des députés assiégés au sein de l’Assemblée nationale par une foule surexcitée les menaçant de mort si jamais le projet était voté, des domiciles de dignitaires et des édifices incendiés et mis à sac, le régime de Wade a frôlé l’effondrement. Jamais depuis son accession au pouvoir en 2000 le fauteuil du «Vieux», pourtant abonné à des scandales retentissants mais très habile à toujours se sortir des situations les plus carabinées, n’a paru autant menacé.

Le roi est nu

Aujourd’hui, le roi est nu. Le coup de poker du ticket visant à se faire élire avec seulement 25% des suffrages exprimés à la prochaine présidentielle et de se choisir un successeur, a lamentablement échoué. C’est que le temps semble compté pour un président âgé de 85 ans, rattrapé par une vague de contestations tous azimuts de son régime et obsédé par l’idée de se faire succéder par son fils Karim Wade.

A l’évidence, Wade, qui a voulu opérer un forcing sur le dos du peuple sénégalais, a commis de grossières erreurs d’appréciation qui l’ont conduit à une capitulation humiliante avec le retrait forcé de son projet de loi, assimilé par l’opposition à un «coup d’Etat institutionnel». Et son dernier coup d’éclat, un voyage controversé à Benghazi, n’est pas étranger à son aveuglement.

En se rendant dans la capitale des insurgés libyens escorté par des patrouilleurs français, Wade a compris qu’en contrepartie de ce «job» risqué, Sarkozy lui avait donné tacitement le feu vert pour l’adoubement de son fils Karim Wade. Chaperonné par Robert Bourgi, une figure de la nébuleuse Françafrique, ce dernier se targue de puissants soutiens à l’Elysée, Ã  commencer par le ministre de l’Intérieur Claude Guéant.

Quelques jours avant son raid sur Benghazi, toujours grâce à l’entremise de Sarkozy, Wade avait pu obtenir une fugace poignée de main entre son fils et Barack Obama au sommet de Deauville. Les services de presse de Karim Wade n’avaient pas hésité à exploiter cette rencontre fortuite à des fins politiciennes en inondant les journaux et les sites sénégalais de la fameuse photo.

Wade désavoué

Ces deux événements ont sans doute été surinterprétés par Wade, qui les a considérés comme un feu vert tacite des deux poids lourds de la communauté internationale à un projet ourdi dans le plus grand secret. Erreur fatale! Dès que les manifestations ont commencé à se transformer en insurrection, la France a pris ses distances avec un communiqué du porte-parole du Quai d’Orsay Bernard Valero qui a indiqué que la France était «surprise qu'une réforme aussi importante, présentée à moins d'un an d'une échéance électorale majeure, n'ait pas été précédée d'une large concertation avec l'ensemble des acteurs politiques».

Et bien avant le vote même du projet de loi, l’ambassadeur des Etats-Unis à Dakar désavouait diplomatiquement Wade en indiquant que son pays se rangeait «aux côtés du peuple». La messe était ainsi dite pour un président perdu par sa propre ruse. Sonné, KO debout, «Gorgui» (le Vieux) a-t-il compris la leçon délivrée par ses compatriotes? Rien n’est moins sûr avec un homme habitué à aller jusqu’au bout de son aveuglement.

Barka Ba

 

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2 réactions
Comment Wade a raté son «putsch»
Soumis par davidko, le 27/06/2011 à 19h16

Si WADE va au bout de son aveuglement, alors il va au devant d'une humiliation qui fera date dans l'Histoire ! Le peuple sénégalais est très fier et n'acceptera jamais les contorsions constitutionnelles de WADE et Cie, à quelque sauce qu'elles soient présentées ! S'il remet cela, sous quelque forme que ce soit, le pays sera à feu et à sang, il y aura des chances non négligeables pour que l'Armée intervienne et au final, ni WADE, ni sa famille ne pourront plus jamais fouler le sol sénégalais de leurs pieds. Nous l'encourageons à réfléchir SERIEUSEMENT avant de poser son prochain acte. Vu la fébrilité ambiante, le moindre faux-pas conduira à l'embrasement, sans l'ombre d'un doute.

confiscation du pouvoir versus contorsion constitutionnelle
Soumis par citoyenafricain, le 28/06/2011 à 14h49

Wade vient, par ce projet de loi avorté, de démontrer sa détermination à confisquer le pouvoir. Le fiston est derrière le trône. Simplement, le peuple sénégalais a démontré aussi sa détermination pour dire non ! non ! à la dévotion monarchique du pouvoir. Le Sénégal, malgré 10 années d'alternance politique, dont le bilan, apparemment mitigé, reste à faire, est un pays où la société civile est forte, où les politiques sont aguerris au combat politique... et finalement où le passage en force est impossible fut il par le tripatouillage de la loi fondamentale.

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mise à jour 27/06/2011, 2 réactions (réagir)

 
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