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© Damien Glez, tous droits réservés.
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Mugabe broie du blanc

Le président zimbabwéen déroule son programme d’indigénisation. Jusqu’où peut-il aller? Texte et dessin inédits de Damien Glez.

Le patriarche Robert Mugabe prépare activement la mégateuf de son 88e anniversaire, mais aussi sa candidature à la présidentielle de 2014; sa campagne électorale de 2020; son centenaire en 2024; et le cinquantenaire de son régime en 2030.

L’Afrique étant le continent qui a su préserver le respect des anciens, attelons-nous à soutenir, dans cette kyrielle de tâches ardues, l’ancêtre «Bob», le plus vieux chef d’État en exercice. Allégeons quelque peu le poids de la campagne d’indigénisation qu’il porte avec tant de fierté.

Un «Viagra» économique?

Rappelons que le brave héros révolutionnaire n’a de cesse de promouvoir la réappropriation du Zimbabwe par lui-même. Onze ans après l’expropriation des blancs de la plupart des grandes fermes, une nouvelle législation, présentée comme un acte de décolonisation économique, impose aux entreprises étrangères ou à leurs filiales ayant au moins 500.000 dollars d'actif (370.000 euros) de soumettre un plan organisant la cession de 51% de leur capital à des Zimbabwéens noirs. Cinquante et un pour cent dans les banques, 51% dans les sociétés minières, 51% dans les entreprises agro-alimentaires, 51% dans les compagnies pétrolières…

L’ultimatum, fixé le 13 août 2011, a expiré le 25 septembre. Environ 700 entreprises étrangères seraient dans le collimateur. Elles s’exposent à de lourdes amendes, voire à l’annulation de leurs licences.

La «nationalisation» de ces capitaux fera-t-elle l’effet d’un «Viagra» économique dans une société zimbabwéenne déjà en pleine résurrection? Tant pis pour la frilosité de Morgan Tsvangirai, chef du gouvernement d'unité nationale, et merci, papa Bob!

Pour la «mugabisation», en avant! Vive le retour à l'authenticité! Tentons de participer, à notre tour, à cette valeureuse prise de contrôle du Zimbabwe par les Zimbabwéens. Voici quelques suggestions qui pourraient être soumises au camarade Robert Mugabe.

Les expériences d’Itno et de Gnassingbé nous enseignent que le salut est dans le prénom et que l’exemple doit venir d’en haut. En 1982, pour fêter les deux ans d'indépendance de son pays, le président zimbabwéen avait lui-même rebaptisé toutes les villes du pays à commencer par Salisbury, désormais Harare. Il serait bienvenu que Mugabe délaisse «Robert Gabriel» pour «Mduduzi Munyaradzi». Ainsi, le slogan de sa prochaine campagne électorale pourrait être «Votez 3M».

Au titre du patriotisme, l’invasion étrangère pourrait être contenue à l’aide d’une certaine dose de prohibition.

1. L’ennemi intime du pays étant le Royaume-Uni, la capote «anglaise» se verra remplacée, sur toute l’étendue du territoire, par le préservatif zimbabwéen, soit un boyau de mouton entièrement bio de la région de Chinhoyi. Lavable à basse température.

2. Au Mentholatum «chinois» si prisé sur le continent sera préférée la poudre de racine de Vernonia Kotschyana et de corne de rhinocéros de Matopo. Chinoiserie pour chinoiserie, les couples devront cesser de forniquer dans la position de la brouette «chinoise». En auront-ils encore envie —le french kiss, si apprécié pendant les préliminaires, étant lui-même prohibé au profit de l’accolade à la Batonkaise?

3. La roulette «russe» laissera la place à la roulette zimbabwéenne, qui consiste à acheter des bons du Trésor zimbabwéen. Émotion garantie. Suicide probable.

4. L’été «indien» sera proscrit, au besoin, par une opération de «bombardement» des nuages. La pluie découragera les amoureux et favorisera le travail de la terre. Pour éviter qu’un printemps arabe n’en profite pour s’incruster, les mois d’avril, mai et juin seront retirés du calendrier. Tant qu’à faire, juillet pourra être biffé, son signe du zodiaque évoquant maladroitement le cancer tabou de la prostate.

5. Dans le parc zoologique d’Harare, les rayures du tigre du Bengale seront avantageusement remplacées par celles du zèbre de Burchell. Avec une moyenne de trente raies par animal, le public zimbabwéen n’y perdra pas au change. Pour perfectionner le message politique, l’alternance entre raies noires et raies blanches pourraient faire place à une alternance entre raies noires… et raies noires.

Noir c'est noir

Car il s’agit aussi de voir la vie en noir. Le slogan «Plutôt zimbabwéen qu’étranger» sera avantageusement prolongé par «Plutôt zimbabwéen blanc, que zimbabwéen noir». On évitera ainsi que Roy Bennett), sosie de la mascotte Groquick, ne devienne propriétaire de Nestlé Zimbabwe. Déjà que la société commercialise du lait blanc…

Suivez l’exemple du président Mugabe, qui tartine du cirage noir sur ses cheveux. Traquez le blanc. Au besoin, réapprenez la magie noire. En cuisine, ne vous tournez plus vers le Programme alimentaire mondial. Adoptez le menu officiel de la république zimbabwéenne: en entrée, salade de radis noir; en plat de résistance, boudin noir aux champignons noirs, communément appelés oreilles de Judas; en dessert, forêt noire au chocolat noir. Des scientifiques travailleront à résorber le blanc d’œuf.

Pour éviter de faire chou noir dans cette quinzaine du noir qui évitera qu’on saigne à noir l’économie du pays, la «police du noir» aura carte noire. De but en noir, elle recevra un chèque en noir. Quand un Mugabe ne meurt pas, c’est une bibliothèque qui brûle…

Les Zimbabwéens ont mangé leur pain blanc. Il est temps qu’ils mangent leur pain noir!

Damien Glez


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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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