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Soudan du Sud: "Si nous sortons, ils nous tuent"

Mayen Koang, 47 ans, a passé les cinq derniers mois terré dans une base de l'ONU à Juba. Il fait partie des dizaines de milliers de déplacés du Soudan du Sud qui ont trop peur de rentrer chez eux.

Assis sur une chaise en plastique sous une tente de fortune, ce père de huit enfants confie qu'il redoute de retourner chez lui car il appartient à la communauté Nuer - celle du chef de la rébellion, l'ancien vice-président Riek Machar - et craint à cause de cela d'être tué par des Dinka, de la communauté du président Salva Kiir.

Avant le début des combats, le 15 décembre, M. Koang menait une vie normale de haut fonctionnaire. Mais quand les affrontements se sont transformés en guerre civile et en un cercle vicieux de tueries ethniques, il a rapidement fui vers cette base de l'ONU, comme des milliers d'autres Nuer.

"La vie n'est pas bonne ici", dit-il du camp sordide où les déplacés survivent grâce aux maigres distributions de nourriture et où les clôtures de barbelés donnent à la fois la protection et le sentiment d'être en prison. "Mais nous n'avons pas le choix, nous sommes ici parce que nous n'avons nulle part où aller", dit-il.

Son histoire ressemble à celle de quelque 78.000 Sud-Soudanais réfugiés dans huit bases de l'ONU à travers le pays, certains abritant uniquement des nuer, d'autres seulement des Dinka. Dans d'autres villes, les deux communautés partagent le même camp, séparées par des Casques bleus de l'ONU très nerveux.

Beaucoup ont fui des massacres, des viols en groupes et d'autres atrocités commises par les combattants des deux camps. D'autres ont vu leurs amis, voisins ou collègues se retourner contre eux durant ces cinq mois de violences ethniques.

Même les bases de la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss) ne sont pas totalement sécurisées. A Bor (est), le mois dernier, une foule pro-gouvernementale avait attaqué un camp et tué des dizaines de civils avant que des Casques bleus indiens, népalais et sud-coréens ne la repoussent, tuant une dizaine d'assaillants.

"C'est une guerre tribale, une épuration tribale. Certains de nos collègues travaillant dans les bureaux du président (Salva Kiir) ont été tués", explique M. Koang.

- "Nous voulons la paix" -

 

Des organisations humanitaires et des experts estiment que le bilan du conflit dépasse largement les 10.000 morts, bien qu'il n'existe aucun chiffre précis.

L'ONU a dénombré au moins un million de personnes ayant dû fuir leur foyer, et plus de trois millions ayant besoin d'aide humanitaire.

Vendredi, le président Salva Kiir et l'ancien vice-président Machar s'étaient rencontrés pour des pourparlers directs pour la première fois et avaient signé un accord prévoyant l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu dans les 24 heures. Ils étaient également tombés d'accord pour ouvrir des couloirs humanitaires et travailler à la formation d'un gouvernement de transition.

Mais réparer les dégâts de ces mois de guerre civile, qui a vu le plus jeune pays de la planète, créé en 2011, s'effondrer et plonger dans le carnage, ne sera pas facile maintenant que les vieilles blessures ethniques ont été rouvertes.

Ce qui laisse à l'ONU et aux ONG la lourde tâche de protéger, nourrir et soigner les quelque 78.000 déplacés terrés dans la pauvreté abjecte et la saleté sordide des camps.

"Nous survivons grâce au peu de nourriture qu'ils nous donnent, mais il n'y a pas d'école ici. Aucun de mes enfants n'a été à l'école depuis que nous sommes arrivés", dit Mary Robert, une veuve de 47 ans, qui vit dans une tente exigue avec ses cinq enfants.

Elle montre des fossés entourant son foyer de fortune, creusés afin de tenter d'évacuer l'eau car la saison des pluies commence. Mais l'eau pénètre toujours dans la tente.

Quant à ses projets d'avenir - notamment le retour à la maison -, elle hausse les épaules et dit q'uelle préfère attendre. Car avant de décider quoi que ce soit, dit-elle, "nous voulons la paix. Ce que nous ne voulons pas, c'est les tueries. Nous ne voulons plus de tueries".

 

AFP

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