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Jacob Zuma, lors du dernier grand meeting de l'ANC, le 4 mai 2014 / ANC
Jacob Zuma, lors du dernier grand meeting de l'ANC, le 4 mai 2014 / ANC

Ils ont trahi l'idéal des héros de la lutte anti-apartheid

La victoire annoncée de l'ANC aux élections générales du 7 mai cache mal la déconfiture du parti.

C'est un triomphe sans gloire que s’apprête à connaître l’African National Congress. Le parti emblématique de la lutte contre l’apartheid, en Afrique du Sud, devrait remporter les élections générales du 7 mai et, selon toute vraisemblance, Jacob Zuma devrait être reconduit à la présidence du pays. Mais, dans le pays, personne n’est dupe. L’ANC a perdu son aura d’antan et les cadres du parti cristallisent toutes les déceptions et les critiques.

Il y a d’abord les syndicats qui ont engagé depuis longtemps un bras de fer avec l’ANC et le Parti communiste. Le scrutin de mercredi se déroule dans un contexte de tension sociale exacerbée. Depuis le début de l’année, par exemple, l’Afrique du Sud vit au rythme d’une grève des ouvriers de la plupart des mines de platine du pays, menée par le syndicat Amcu, majoritaire dans le secteur du platine. Les mineurs réclament une revalorisation des salaires et dénoncent la corruption dans l’appareil de l’Etat.

Cette contestation populaire est relayée par plusieurs voix importantes.  Le tout dernier cri de colère a été poussé par l’ancien archevêque anglican du Cap, Desmond Tutu, qui n’a eu de cesse de dénoncer les scandales de corruption du gouvernement Zuma et de son incapacité à réduire le chômage et la pauvreté qui frappent le pays. Dans une sortie tonitruante, le 23 avril dernier, Desmond Tutu a clairement demandé aux Sud-Africains de «ne pas voter comme des moutons».

Quand on connaît la popularité et l’estime dont jouit dans le pays cet ancien combattant de la lutte contre l’apartheid, l’on comprend aisément qu’il s’agit d’un appel à ne pas voter pour l’ANC, malgré l’attachement quasi-religieux que la plupart des Sud-Africains ont pour ce parti. À la suite de cette déclaration, l’ancien archevêque du Cap a ajouté que lui-même ne voterait pas pour l’ANC dont vingt ans de pouvoir l’ont déçu.

Aux critiques de Desmond Tutu, s’ajoutent celles de Julius Malema et de Frederik De Klerk. Le premier, opposant farouche au président sortant Jacob Zuma et leader des Combattants pour la liberté économique (EFF) espère bénéficier de son influence auprès de la jeunesse pour réduire le poids de la victoire annoncée de l’ANC. Le second, prix Nobel de la paix et dernier président blanc de l’Afrique du Sud, ne cache pas son amertume face à ce qu’il considère comme la dilapidation de l’héritage de Nelson Mandela.

Lors des commémorations du vingtième anniversaire des premières élections libres dans le pays, en février dernier, Frederik de Klerk avait même accusé l’ANC d’instaurer la discrimination raciale en Afrique du Sud. «C'est anticonstitutionnel et c'est l'antithèse de l'objectif de réconciliation nationale», a-t-il souligné, avant d’ajouter:

«Clairement, la politique gouvernementale pour promouvoir l'égalité a été un échec. Les principaux bénéficiaires de la discrimination positive et du programme d'émancipation économique des Noirs ont été la classe moyenne émergente et l'élite, mais non la vaste majorité de Sud-Africains réellement désavantagés.»

Même le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique, sait que, malgré ses nombreux appels à «débarrasser le pays de la pourriture», il ne pourra empêcher la victoire de l’ANC. Il est crédité de seulement 20% d’intention de votes contre 60% pour le parti au pouvoir. Mais lors de son dernier grand meeting du 3 avril, l’Alliance démocratique a promis «un rude choc» à son adversaire, car «il a oublié les électeurs qui l’ont mis au pouvoir».

Dans ce contexte, la vraie question est de savoir ce que l’African National Congress deviendra après sa victoire annoncée. Le site de l’hebdomadaire Le Pays table sur une «déconfiture progressive du parti, au grand dam de ceux qui l’ont toujours porté dans leur cœur».

En effet, la déception des populations va s’accentuer et leur colère va davantage se faire entendre face au manque de solutions de l’ANC pour résoudre les inégalités sociales. Et c’est précisément parce que le parti est déjà désemparé par la violence des critiques qu’il n’a plus d’autre recours et d’autre argument que d’invoquer l’image et la mémoire de Nelson Mandela.

Raoul Mbog

Raoul Mbog

Raoul Mbog est journaliste à Slate Afrique. Il s'intéresse principalement aux thématiques liées aux mutations sociales et culturelles et aux questions d'identité et de genre en Afrique.

 

 

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