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Afrique du Sud: l'ANC sûr de sa victoire

L'ANC, au pouvoir en Afrique du Sud depuis 1994, a réussi une démonstration de force en rassemblant près de 100.000 partisans dimanche à Soweto, à trois jours d'élections législatives qu'il devrait remporter haut la main, malgré les scandales et les échecs de l'actuel gouvernement.

Les derniers sondages accordent plus de 60% des intentions de vote au parti qui, sous la direction de Nelson Mandela, a joué un rôle majeur dans la chute du régime raciste d'apartheid, il y a vingt ans. 

Conformément à la Constitution sud-africaine, il reviendra à l'Assemblée nationale d'élire le chef de l'Etat, quelques jours après les élections de mercredi. Jacob Zuma, investi par l'ANC, est assuré d'entamer un deuxième mandat.

Le prochain gouvernement, a-t-il promis à ses 100.000 supporteurs dans le stade de Soccer City à Soweto, donnera la priorité au développement économique. Et appliquera plus strictement encore les mesures de discrimination positives qui visent à laisser plus de place aux non-Blancs dans l'économie nationale.

"Cela ouvrira plus d'opportunités pour les Africains (Noirs, ndlr), les Indiens, les Métis et aussi pour les femmes, les jeunes et les personnes souffrant d'un handicap, car nous sommes en train d'éliminer l'héritage de l'apartheid."

Pendant toute la campagne, le parti a martelé un slogan: "L'Afrique du Sud est un meilleur endroit pour vivre qu'il y a vingt ans". Se targuant d'avoir fourni l'eau courante, l'électricité et des logements à des millions de pauvres en deux décennies.

Pour l'opposition cependant, les progrès ont été trop lents, et les énormes inégalités qui subsistent entre riches et pauvres dans le pays sont la preuve de l'échec de l'ANC.

"L'ANC est devenu arrogant, parce qu'ils (ses dirigeants) croient que les électeurs vont continuer à voter pour eux, quoi qu'ils fassent", a lancé samedi la dirigeante de l'Alliance démocratique (DA), principal parti d'opposition parlementaire, crédité d'un peu plus de 20% des voix aux élections de mercredi.

"Quand un gouvernement devient corrompu, quand il ne fait pas correctement son travail, l'économie est en déclin, le chômage progresse, la pauvreté s'aggrave et les quelques puissants deviennent de plus en plus riches. C'est la triste histoire de ce pays ces cinq dernières années", a-t-elle souligné, renouvelant sa promesse de créer 6 millions d'emplois.

- 40% de chômeurs -

 

Car l'Afrique du Sud, qui a fêté solennellement les vingt ans des premières élections libres du 27 avril 1994, est encore très loin de la société idéale dont rêvait Nelson Mandela.

Un système économique qui n'a guère été réformé, et le chômage qui frappe près de 40% des adultes (en comptant ceux qui ont renoncé à chercher du travail), continuent d'entretenir une société profondément inégalitaire. Et si la discrimination est moins affaire de couleur de peau, elle est désormais affaire d'argent. 

Aux riches, la possibilité de mettre leurs enfants dans les meilleures écoles privées, tandis que le système public est notoirement catastrophique. Aux riches, la possibilité d'être soignés dans des cliniques parmi les meilleures du monde, tandis que l'hôpital public est dans un état lamentable. Aux riches encore, la chance de vivre dans des quartiers surveillés par des vigiles privés, tandis que la violence gangrène les villes et les townships du pays.

Dans les semaines précédant l'élection, d'innombrables explosions de violence ont secoué les quartiers pauvres des grandes villes. Le plus souvent pour protester contre l'absence de services de base: 14% des foyers n'ont toujours pas d'électricité, 5% pas d'eau courante et 17% pas de WC privatifs. 

Parfois aussi pour faire la justice après un meurtre ou un incident, en l'absence de réaction policière jugée adéquate. Et parfois juste pour dénoncer l'incompétence et la corruption des élus.

Avec fracas, l'archevêque anglican Desmond Tutu, prix Nobel de la paix et conscience morale du pays, a fait savoir que contrairement à 1994, il ne voterait plus pour l'ANC. "Je ne pensais pas que la déception arriverait si vite", a-t-il dit, se déclarant même "heureux" que Nelson Mandela, décédé en décembre, "ne puisse pas voir ça".

AFP

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