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Centrafrique: Ladsous en visite

Le secrétaire général adjoint aux Opérations de maintien de la paix des Nations Unies, Hervé Ladsous, est arrivé à Bangui pour "évaluer la situation" avant le déploiement en septembre de 12.000 Casques bleus en Centrafrique, où les violences intercommunautaires continuent.

Cette visite officielle de trois jours intervient 100 jours après l'entrée en fonction de la nouvelle présidente Catherine Samba Panza, alors que la réconciliation entre chrétiens et musulmans de Centrafrique semble une mission impossible malgré les efforts des forces internationales.

"Je suis venu pour évaluer la situation, échanger avec des interlocuteurs ici, en République centrafricaine, et dans les pays voisins pour voir comment nous pouvons travailler ensemble afin que la nouvelle mission (de l'ONU) soit aussi efficace que possible", a déclaré Hervé Ladsous à son arrivée jeudi.

L'ONU a autorisé début avril le déploiement d'environ 12.000 Casques bleus qui prendront d'ici septembre la relève des quelque 6.000 Africains de la Force d'interposition africaine Misca, sur place aux côtés de 2.000 Français de l'opération Sangaris et bientôt d'environ 800 Européens.

La mission de l'ONU aura pour priorités la protection de la population et des convois humanitaires, le maintien de l'ordre, le soutien à la transition politique, le respect des droits de l'homme et l'arrestation des responsables d'exactions.

La Centrafrique a sombré dans le chaos lorsque l'ex-rébellion Séléka, à majorité musulmane, a pris le pouvoir entre mars 2013 et janvier 2014 dans un pays composé à 80% de chrétiens, multipliant les exactions.

En réaction, des milices chrétiennes "anti-balaka" hostiles aux Séléka et plus généralement aux musulmans se sont formées, semant elles aussi la terreur parmi les civils.

Le conflit a fait des milliers de morts et près d'1,5 million de déplacés.

"J'hérite d'un pays au bord du gouffre avec une insécurité généralisée, l'absence d'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire national, une catastrophe humanitaire sans précédent", avait déclaré Mme Samba-Panza peu après son accession au pouvoir et la démission forcée du président Michel Djotodia, l'ancien chef de la Séléka, en janvier dernier.

 

- Ivoire et diamants au c½ur du conflit - 

 

Trois mois plus tard, "la situation sécuritaire se détériore de plus en plus à Bangui et à l'intérieur du pays", notamment le nord-ouest, où sévit une "recrudescence des attaques d'éléments armés peuls (éleveurs nomades majoritairement musulmans) et ex-Séléka", assurent des sources onusiennes.

A Bangui, "le 5e arrondissement devient une zone de haute tension impliquant les jeunes musulmans révoltés du PK5 (dernier bastion musulman de la capitale) et les groupes anti-balaka qui écument la zone", ajoutent-elles.

C'est dans un quartier voisin du PK5 que mercredi soir, un journaliste est mort après s'être fait tirer dessus chez lui: des musulmans, fous de rage après l'assassinat et la mutilation d'un des leurs, ont écumé les maisons chrétiennes pour se venger, témoignant de la haine aveugle qui oppose les deux communautés.

Jeudi, à une quinzaine de kilomètres de Bangui, un employé centrafricain du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés "s'est fait arrêter et tuer de façon tragique par les anti-balaka" qui ont démembré son corps, l'accusant d'appartenir à une ethnie censée être proche des Séléka, selon les même sources onusiennes.

Dans ce contexte chaotique, le commerce illicite de diamants et d'ivoire sert à financer les groupes armés ennemis, selon un rapport de l'ONG américaine Enough Project.

Les rebelles Séléka, soutenus par des mercenaires étrangers, font du trafic de "diamants et d'ivoire pour payer des armes, du carburant, de la nourriture et leurs soldats", tandis que les anti-balaka ont attaqué et tué des musulmans "pour prendre le contrôle des zones riches en diamants de l'ouest".

Au sein de la population civile, la minorité musulmane de l'ouest du pays, accusée d'avoir soutenu la Séléka, est particulièrement visée par les milices anti-balaka et fuit massivement vers le nord et l'est de la Centrafrique ou vers les pays voisins.

Plus de 90% des 60 à 80.000 musulmans qui vivaient à Bangui ont quitté la capitale, créant une partition de facto du pays.

En attendant le déploiement de Casques bleus, l'arrivée de la force européenne en Centrafrique, opérationnelle depuis mercredi, pourra difficilement changer la donne. Actuellement composée d'environ 150 hommes - 800 à terme - Eufor-RCA sera chargée de sécuriser l'aéroport de Bangui et deux autres quartiers de la capitale durant les 6 mois que durera son mandat.

 

AFP

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