mis à jour le

Afrique du Sud: la gauche rêve toujours de lendemains qui chantent

Poings levés, agitant des drapeaux rouges et se donnant du "camarade", partis de gauche et syndicats sud-africains invoquent toujours Lénine, quand bien même leur allié, l'ANC, mène depuis vingt ans une politique ouvertement libérale.

Ceux qui ont lutté contre le régime ségrégationniste de l'apartheid ont été fortement influencés par les démocraties populaires qui les aidaient --notamment l'URSS et Cuba-- quand l'Afrique du Sud blanche était un avant-poste de l'Occident face au bloc soviétique.

D'où des prénoms imagés chez certains, comme Tito, Castro et même Soviet, et aussi une rhétorique qui a quasiment disparu du reste du monde depuis la chute du mur de Berlin, faite de diatribes, d'invectives et de slogans. 

On pleure le dictateur nord-coréen Kim Jong-il. On "incline ses bannières révolutionnaires" quand meurt un présentateur de la télévision publique.

Le syndicat des métallos Numsa, le plus puissant du pays, cite régulièrement Lénine en préambule de communiqués évoquant la lutte des classes. Et il vient de lancer une "école marxiste-léniniste".

Le Congrès des syndicats sud-africains (Cosatu) assume. "Dans de nombreux communiqués (...), nous citons Lénine et d'autres dirigeants marxistes, des positions révolutionnaires qui perdurent", note son porte-parole Patrick Craven. "Il faut faire en sorte qu'ils perdurent dans la réalité et pas seulement dans les mots. Le Cosatu veut toujours fonder une société socialiste."

La confédération syndicale est alliée à l'ANC, le parti au pouvoir, et au Parti communiste sud-africain depuis qu'ils ont lutté ensemble contre l'apartheid.

Mais sa croisade contre "les forces de la réaction" se heurte à un problème de taille: l'ANC mène une politique libérale depuis vingt ans. Un choix pragmatique de Nelson Mandela, arrivé au pouvoir en 1994.

Le Numsa a décidé de ne plus soutenir le grand frère aux prochaines élections du 7 mai et devrait bientôt quitter le Cosatu.

"Toutes les promesses qu'ils ont entendues pendant des années ne se sont pas beaucoup concrétisées pour la classe ouvrière", remarque Devan Pillay, sociologue à l'Université du Witwatersrand de Johannesburg.

 

- Folklore - 

 

"Tant que l'on poursuivra la politique économique actuelle et qu'il n'y aura pas d'enthousiasme particulier pour réduire les inégalités, par exemple, le mouvement syndical ne pourra que devenir plus radical", prédit-il.

Jugeant aussi que l'ANC est bien trop à droite, les "Combattants pour la liberté économique" du tribun populiste Julius Malema affirment aux chômeurs des townships --dont les conditions de vie sont souvent effrayantes-- que nationalisation des mines et redistribution des terres les sortiront de la misère.

Pendant ce temps, leurs "commissaires" expliquent doctement qu'il faut d'abord achever "la transformation socialiste de la société sud-africaine" avant de passer au communisme. 

Tous ces mouvements et syndicats font un grand étalage de drapeaux rouges, de tee-shirts rouges, de bérets rouges... 

"Le rouge symbolise le sang versé par ceux qui ont combattu pour créer des syndicats pendant les grèves des travailleurs", rappelle Patrick Craven.

Le souvenir est d'ailleurs vif en Afrique du Sud, où la police a ouvert le feu sur des grévistes à la mine de Marikana (nord) en août 2012, faisant 34 morts. 

Le massacre a marqué les esprits.

"La police pourra se préparer à tirer, comme à Marikana. Nous sommes prêts à mourir pour nos droits", écrivait ainsi le Cosatu en septembre, annonçant une manifestation contre un péage érigé sur la route du Botswana.

Marikana a aussi facilité l'émergence du syndicat Amcu, radical et intransigeant. 

"Les appels à Lénine et tout ça, c'est n'importe quoi. C'est amusant, mais c'est entièrement du folklore", estime Philippe-Joseph Salazar, professeur de rhétorique à l'Université du Cap (UCT).

"Le drapeau rouge ne veut rien dire ici", ajoute-t-il. "Les couleurs qui veulent dire quelque chose en Afrique du Sud, les vraies couleurs révolutionnaires, c'est le noir, le vert et le jaune, les couleurs de l'ANC."

Toujours auréolé de sa victoire sur l'apartheid, le parti dominant pèse 60% de l'électorat. Il a gardé des années héroïques le poing levé, quelques slogans pour chauffer les foules et des chants de lutte, mais son discours est beaucoup moins fleuri après vingt années de pouvoir.

Ses membres, président compris, sont cependant toujours des "camarades".

 

AFP

Ses derniers articles: CAN-Féminine 2016: le Nigeria douche les espoirs des Lionnes du Cameroun  L'Algérie déplore la faiblesse du commerce interafricain  Génocide: la peine du premier Rwandais condamné en France confirmée en appel 

Afrique

AFP

Afrique du Sud: test d'un nouveau vaccin contre le sida

Afrique du Sud: test d'un nouveau vaccin contre le sida

AFP

Afrique du Sud: l'ANC rejette "l'appel" à la démission de Jacob Zuma

Afrique du Sud: l'ANC rejette "l'appel" à la démission de Jacob Zuma

AFP

Afrique centrale: un sommet régional sur la sécurité

Afrique centrale: un sommet régional sur la sécurité

gauche

AFP

Au Maroc, la gauche veut ressusciter avec une "troisième voie"

Au Maroc, la gauche veut ressusciter avec une "troisième voie"

AFP

La gauche marocaine, ou l'histoire d'un long naufrage

La gauche marocaine, ou l'histoire d'un long naufrage

AFP

Manifestante de gauche tuée en Egypte: 15 ans de prison pour un policier

Manifestante de gauche tuée en Egypte: 15 ans de prison pour un policier