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La guerre au Soudan du Sud domine la tournée africaine de Kerry

Les craintes de génocide et de famine au Soudan du Sud ont dominé jeudi la tournée africaine du secrétaire d'Etat américain John Kerry, qui a réclamé la fin des combats, une aide humanitaire et une force militaire régionale.

M. Kerry a entamé en Ethiopie sa première véritable tournée en Afrique par des entretiens sur les conflits les plus sanglants du continent, au premier rang desquels celui qui déchire le Soudan du Sud, la plus jeune nation de la planète.

"Tout le monde est d'accord pour dire que les tueries doivent cesser, qu'il faut permettre un accès humanitaire" aux populations du Soudan du Sud, a-t-il déclaré après avoir rencontré à Addis Abeba ses homologues éthiopien, kényan et ougandais.

Il aussi évoqué l'éventuel déploiement d'une "force légitime sur le terrain (...) aussi rapidement que possible". M. Kerry n'a pas été plus précis et sa porte-parole Jennifer Psaki a parlé de possibles "forces régionales sous (pavillon) de l'ONU".

Arrivé mercredi soir dans la capitale éthiopienne, siège de l'Union africaine, M. Kerry doit aussi se pencher au chevet des conflits en Centrafrique, Somalie et République démocratique du Congo. 

"Les Etats-Unis appuient les efforts conduits par les Africains pour faire face aux conflits les plus meurtriers du continent", a déclaré le chef de la diplomatie américaine, son gouvernement se refusant à s'impliquer directement militairement sur le terrain. 

Pour le Soudan du Sud, Addis Abeba accueille des pourparlers, restés jusqu'à présent infructueux, entre le gouvernement du président sud-soudanais Salva Kiir et la rébellion dirigée par son rival, l'ex vice-président Riek Machar.

John Kerry devait "pousser les deux parties à honorer l'accord de cessation des hostilités qu'ils ont signé et qu'ils n'ont jamais respecté", avait indiqué mercredi un diplomate américain. Un cessez-le-feu a en effet été paraphé le 23 janvier à Addis Abeba mais il est resté lettre morte. Les discussions ont repris lundi, sans avancée notable.

 

- "Pas de solution militaire" -

 

Les combats, qui ont déjà fait des milliers de morts, se sont accompagnés de massacres et d'exactions contre les civils sur des bases ethniques. A la rivalité entre MM. Kiir et Machar, se greffent de vieux antagonismes entre Dinka et Nuer, les deux principales communautés du pays dont ils sont respectivement issus.

"Les deux camps pensent qu'ils peuvent l'emporter militairement", mais "il n'y a pas de solution militaire", a fait valoir le responsable du département d'Etat. Le conflit "n'est pas une bataille entre Dinka et Nuer, c'est une bataille personnelle entre Riek Machar et Salva Kiir", a-t-il assuré.

En conséquence, Washington "va délivrer des messages durs aux deux parties pour leur signifier qu'elles seront tenues responsables si elles ne prennent pas les mesures nécessaires pour mettre fin aux hostilités", a averti le responsable américain. 

Pour autant, John Kerry ne devrait pas annoncer de sanctions contre les belligérants, même si son administration "travaille sur une liste d'individus", selon Washington. Le cadre juridique pour ces sanctions est prêt depuis un décret présidentiel de Barack Obama le 3 avril. 

Les Etats-Unis, pays qui a le plus oeuvré à la naissance du Soudan du Sud par la partition du Soudan, ont multiplié les pressions pour éviter un éclatement du pays. Sans résultat jusqu'ici.

Mais le temps presse selon l'ONU qui a averti mercredi que le pays était "au bord de la catastrophe" et qui a clairement évoqué le risque d'un génocide en faisant une référence au drame du Rwanda, il y a tout juste 20 ans.

"Le mélange mortel de griefs mutuels, d'appels à la haine et de tueries de représailles (...) semble prêt à entrer en ébullition et (...) ni les dirigeants sud-soudanais ni la communauté internationale ne semblent réaliser à quel point la situation est désormais dangereuse", a déclaré la Haut Commissaire de l'ONU au droits de l'Homme, Navi Pillay, en visite à Juba.

Elle s'est aussi dite "atterrée par l'apparente indifférence affichée par les deux dirigeants concernant le risque de famine".

Le conseiller spécial de l'ONU pour la prévention du génocide, Adama Dieng, qui accompagnait Mme Pillay, a assuré que les Nations unies prendraient "toutes les mesures possibles" pour "protéger les populations (sud-soudanaises) d'un autre Rwanda", en allusion au génocide qui y fit quelque 800.000 morts en 1994 et que l'ONU fut incapable d'empêcher.

AFP

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