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Une biographie de Wangari Maathai dans une librairie de Nairobi, Kenya, 26 septembre 2011. © Thomas Mukoya / Reuters
Une biographie de Wangari Maathai dans une librairie de Nairobi, Kenya, 26 septembre 2011. © Thomas Mukoya / Reuters

La forêt pleure Wangari Maathai

L’icône africaine de la lutte contre le réchauffement climatique suscitera longtemps l’admiration populaire. Malgré les critiques sur certaines de ses positions controversées.

Aux premières heures de la matinée, lundi 26 septembre, l’Afrique et toute la planète se sont réveillées avec la gueule de bois. La nouvelle du décès de la militante écologiste et prix Nobel de la paix Wangari Maathai a pris tout le monde de court. Très peu étaient au courant que la Kényane luttait depuis un an contre un cancer des ovaires, qui a fini par avoir raison d’elle dans la journée du 25 septembre, à l’hôpital de Nairobi.

Les réactions se sont multipliées un partout dans le monde, où tous les grands ont rendu hommage à celle qui restera dans l’histoire comme la première africaine à avoir reçu le Nobel de la paix, en 2004, pour «sa contribution en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix». Trois notions, trois valeurs qui résument tout le sens de l’engagement humaniste de cette dame qui ne portait pas ses 71 ans.

En Afrique, ce ne sont pas seulement des hommages que l’on entend, c’est un vibrant concert de louanges que l’on peut lire dans la plupart des journaux. Chacun y va en effet de son dithyrambe. Tous les titres de la presse sur le contient reviennent sur la carrière de Wangari Maathai, commencée en 1971 lorsqu’elle est la toute première en Afrique de l’Est et centrale à obtenir un doctorat et à diriger par la suite la faculté de médecine vétérinaire de l’université de Nairobi.

Tous les commentateurs reviennent sur le cri de colère qui la pousse à créer en 1977, l'ONG Green Belt Movement (Mouvement de la ceinture verte) pour lutter contre les problèmes de déforestation au Kenya, avec l’objectif de planter 30 millions d’arbres en une trentaine d’années.

Un chapelet de louanges

Si aucun média ne se prive de rappeler la fabuleuse biographie de celle qui naît dans les années 40 dans une famille pauvre de fermiers kikuyus, sur les hauteurs du Kenya, et qui a fini par côtoyer tous les grands de ce monde grâce à sa lutte acharnée contre le réchauffement climatique, c’est pour mieux l’encenser.

«Le monde pleure Wangari Maathai», titre en une le quotidien kényan Daily Nation. Le journal propose un dossier riche de documents d’archives sur cette pionnière du combat écologique en Afrique, de témoignages divers sur celle qui, écrit encore le Daily Nation, «restera dans les mémoires comme le symbole du courage et de la ténacité dans sa lutte pour la justice sociale, le développement durable, la démocratie et contre la corruption».

Le Daily Monitor ougandais, dans un article aux grandes envolées lyriques, essaie de tirer les leçons de la disparition de Wangari Maathai et de son combat politique pour l’Ouganda. Le pays est lui aussi confronté à de graves problèmes de déforestation, dus notamment à des investisseurs «peu soucieux des défis écologiques». Et le journal se demande quelle est la meilleure façon de rendre hommage à cette «icône».

«Qu’avons-nous fait pour faire de ce monde un endroit où il fait bon vivre? C’est en réfléchissant à chacun de nos gestes, c’est en réfléchissant à l’impact de chacune de nos actions sur l’environnement que nous pourrons permettre à Wangari Maathai de reposer en paix», estime-t-il.

Le quotidien sud-africain Mail & Guardian ne passe pas par quatre chemins: «Maathai appartient à la lignée de Mandela». Rien moins que ça.

«Wangari Muta Maathai rentrera dans l’histoire comme une femme qui aura privilégié l’intérêt et le bien-être du peuple kényan. Elle restera l’une des lauréates les plus méritantes du Nobel», soutient dans les colonnes du journal le professeur Shadrack Gutto, du Centre d’études pour la renaissance africaine à l’université d’Afrique du Sud.

C’est dans ce sens, écrit le journal, qu’elle est de la même trempe que Nelson Mandela, «quelqu’un qui s’est battu pour les autres, travaillant avec ardeur pour le respect des libertés et de la dignité de la vie, sans jamais rien attendre en retour».

Cette comparaison avec l'ex-président sud-africain, prix Nobel de la paix lui aussi, le Mail & Guardian n’est pas le seul à la faire. Le site d’information en ligne guineeconakry.info, fait le même parallèle. Mais avec un autre argumentaire:

«Wangari Maathai fut aussi l’incarnation d’une Afrique qui ne se satisfait pas des conditions sociales faites de misère, de précarité et de toute la série de malheurs qui restent collés à la peau du continent noir. C’est ainsi que dans la biographie de la militante écologique kényane, on ne peut pas manquer le décalage saisissant entre ses origines modestes et les sommets qu’elle aura réussi à atteindre, en ne comptant que sur ses talents et la persévérance avec laquelle, elle a défendu les causes qui lui étaient chères.»

Au Burkina Faso, L’observateur Paalga se joint aussi à ce concert laudateur. Mais le journal met surtout l’accent sur le rôle que Wangari Maathai a joué en faveur des femmes:

«Toute sa vie elle œuvra à la valorisation de leur rôle et de leur image dans la société, chez elle, au Kenya, mais même hors des frontières de sa terre natale; le plus bel hommage qu’elle leur lègue sera peut-être ce prix Nobel qui, bien plus qu’une simple récompense, restera comme l’ invite qu’elle leur fait de reprendre après elle un flambeau qu’elles se devront de garder toujours allumé.»

Quelques controverses

Pourtant, si la mémoire de Wangari Maathai est aujourd’hui honorée, on ne saurait oublier que son tempérament de feu l’a souvent exposée à un certain nombre de polémiques et de controverses. Celles que la militante écolo et activiste politique a longtemps traînées comme un boulet ont suivi ses déclarations à propos du virus du sida, en 2004, peu après avoir reçu son prix Nobel:

«Certains disent que le sida est venu des singes et j'en doute car nous vivons avec les singes depuis des temps immémoriaux. D'autres disent que c'est une malédiction de Dieu, mais je dis que ce n'est pas possible. En fait, le VIH a été créé par un scientifique pour la guerre biologique. Pourquoi y a-t-il eu tant de secrets autour du sida. Quand on demande d'où provient le virus, ça fait beaucoup de problèmes. Ca me fait me poser des questions», avait-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse à Nairobi.

Des mots qui avaient provoqué un tollé et suscité l’émoi dans la communauté scientifique, amenant à couvrir de critiques une Wangari Maathai elle-même biologiste de formation. Par la suite, la Kényane s’en était défendue en soulignant que ses propos avaient été sortis de leur contexte. Et que, bien évidemment, elle ne croyait pas du tout que le virus avait été inventé de toute pièce.

Il en est de cette polémique sur le VIH comme de celle sur les 40 millions d’arbres qu’elle a toujours affirmé avoir plantés, et que son ONG, le Green Belt Movement, brandit comme la plus emblématique de ses réalisations. Au Kenya notamment, les adversaires politiques de cette femme de tête tentent de faire passer l’idée selon laquelle personne n’aurait jamais vu les millions d’arbres en question.

Mais elle restera l'une des figures les plus emblématiques du continent africain et du monde, «une héroïne africaine dont on ne peut qu'admirer la vision et le succès», affirme avec emphase l'archevêque sud-africain Desmond Tutu. Il est rejoint en cela par un article publié par le quotidien camerounais Mutations:

«La terre et ses forêts seront orphelines de cette grande dame qui a consacré sa vie, son intelligence, sa force et son souffle à les protéger des dangers d'une civilisation du profit et de la destruction.»

Raoul Mbog

Raoul Mbog

Raoul Mbog est journaliste à Slate Afrique. Il s'intéresse principalement aux thématiques liées aux mutations sociales et culturelles et aux questions d'identité et de genre en Afrique.

 

 

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