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Centrafrique: dilemme politico-humanitaire sur le sort des musulmans menacés

Faut-il les déplacer au risque d'accroître la division du pays? Les laisser où ils sont, sous la menace des sanglantes milices anti-balaka? Le sort de milliers de musulmans est au coeur d'un dilemme politico-humanitaire en Centrafrique.

Le débat a été relancé avec la relocalisation, avec l'aide de l'ONU et sous la protection des forces internationales, de 93 musulmans du PK-12, un ghetto insalubre à la sortie de Bangui, transférés lundi à Bambari, à 300 km au nord-ouest de la capitale.

Quelque 1.300 autres habitants du PK-12 devaient suivre en direction de la frontière avec le Tchad.

Mais le gouvernement centrafricain s'y est opposé, leur évacuation revenant à quasiment vider Bangui de ses derniers musulmans.

Lundi, la ministre de la Réconciliation, Antoinette Montaigne, a convoqué le Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) et l'Organisation internationale des migrations (OIM) pour leur exprimer son mécontentement.

"Je me suis invitée dans le débat car on ne s'était pas soucié des enjeux vitaux de réconciliation", justifie-t-elle, ces déplacements pouvant créer des "déséquilibres culturels et sociologiques".

Le sud de la Centrafrique s'est presque vidé de ses populations musulmanes, qui ont dû fuir les exactions des milices anti-balaka.

Ces groupes de jeunes essentiellement chrétiens disent vouloir venger leurs coreligionnaires, majoritaires dans le pays (environ 80%), des sévices infligés par l'ex-rébellion Séléka, à dominante musulmane, lorsqu'elle était au pouvoir de mars 2013 à janvier 2014.

Des dizaines de milliers de musulmans ont gagné le Nord, où ils étaient déjà fortement représentés, ou les pays voisins.

Conséquence: les contours d'une partition du pays de facto -un projet des Séléka les plus extrémistes- se dessinent progressivement.

L'organisation d'un nouveau convoi humanitaire, escorté par des soldats français ou africains, pour déplacer plus de musulmans au Nord renforcerait encore cette division, au détriment de l'hypothétique réconciliation nationale prônée par le gouvernement.

"Tous les Centrafricains ont le droit de demander que les pays amis n'aillent pas dans le sens d'une séparation de fait de ce pays", proteste la ministre.

- "Impératif humanitaire" -

"Dans deux ou trois ans, on va se retrouver avec le nord du pays contrôlé par les ex-Séléka. Le pouvoir civil aura alors des difficultés", observe, sous couvert d'anonymat, un cadre du gouvernement, selon qui des populations chrétiennes, tout autant "à risque", sont délaissées.

Mais dans le cas des musulmans du PK-12 à Bangui, deux options s'offrent: les "laisser mourir" ou "les relocaliser", rétorque Emmanuelle Schneider, une porte-parole d'Ocha, le bureau onusien en charge de l'urgence humanitaire.

Les relocalisations se font "sur le principe de l'impératif humanitaire", qui est de "sauver des vies", et sur ceux de "neutralité" et d'"impartialité", souligne Mme Schneider.

Selon les habitants du PK-12, fréquemment attaqué par les anti-balaka, 22 personnes ont péri en cinq mois, dont 18 de mort violente. Les blessés par balle, grenade ou machette sont légion.

"Cette relocalisation ne sera pas forcément de longue durée", assure Emmanuelle Schneider. "On espère pouvoir créer un jour les conditions propices à leur retour."

Ex-puissance coloniale, présente militairement (2.000 soldats) en Centrafrique, la France est accusée par les humanitaires d'avoir ralenti les opérations car elles incarnaient "un constat d'échec" de sa mission. "Ces gens ne sont pas en sécurité, alors qu'ils sont là où les troupes françaises se trouvent", dénonce l'un d'eux.

Un argumentaire que rejette l'ambassadeur français Charles Malinas. La France, explique-t-il, respecte le mandat onusien régissant son action, qui est que les populations "puissent rester là où elles se trouvent", sauf si "leur sécurité ne peut être assurée" ou leurs conditions de vie sont "inacceptables".

"Dans cette affaire, les agences (humanitaires) ont soigné leur bonne conscience, sans voir que l'enjeu central de ce pays est de ne pas céder aux forces qui veulent tout détruire", observe un diplomate à Bangui.

Cernés par la haine et prisonniers de ce débat politico-humanitaire, les derniers 1.300 musulmans de l'insalubre PK-12 devraient savoir rapidement s'ils pourront partir.

Prochaine étape, les musulmans de Boda (sud), littéralement encerclés par une population chrétienne très favorable aux anti-balaka, qui les affame progressivement.

Eux sont plus de 10.000. Leur site d'accueil se trouvera également dans le Nord. Le débat sur les déplacements n'est pas prêt de s'arrêter.

AFP

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