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Centrafrique: une radio pour calmer les tensions entre musulmans et chrétiens

Les locaux de la radio Bê-Oko ("Un seul coeur", en sango) sont misérables mais sa mission est immense: à Bambari, la station intercommunautaire cherche à apaiser les tensions entre chrétiens et musulmans, qui ont embrasé la Centrafrique.

Le container hébergeant la structure est dévasté : murs déshabillés, troués d'un côté, néon diffusant une lumière trop crue, à la joie de dizaines d'insectes, deux grosses pierres pour caler un ventilateur. Un ordinateur, en panne, est recouvert d'un bout de tissu.

"Il n'y a plus rien ici", remarque Philémon Tchang Peuty Palou, l'un des cinq journalistes présents dès les débuts de Bê-Oko en 2004, juste après avoir lancé à l'antenne un magazine sur la protection des enfants produit en langue nationale sango par une ONG.

En décembre 2012, la Séléka, ex-rébellion venue du nord-est du pays, part conquérir Bangui, où elle se maintiendra au pouvoir de mars 2013 à janvier 2014. Les villes que traversent ses hommes sont méthodiquement dévalisées.

La radio ne fait pas exception. "La Séléka a tout emporté", juge Philémon, 33 ans. Et d'énumérer les lecteurs CD, DVD, les ordinateurs et divers systèmes nécessaires au bon fonctionnement de la station, aujourd'hui disparus.

L'une de ses collègues, coupable d'avoir dénoncé les pillards à leur chef, est sévèrement battue. "Elle a été évacuée à Bangui, elle souffre à présent de troubles mentaux", relate-t-il.

Les voleurs se désintéressent toutefois de l'émetteur. Ce qui permet à Bê-Oko de sortir du silence en décembre dernier, grâce à l'aide d'ONG, alors qu'à Bambari le général Ali Darassa, respecté, a succédé à un responsable très craint, surnommé "Ben Laden", à la tête de la Séléka.

La situation est alors catastrophique à Bangui. Les anti-balaka, milices à majorité chrétienne, tuent, blessent, volent la population, surtout musulmane, disant venger les chrétiens des sévices que leur a infligés l'ex-rébellion pro-musulmane.

 

- Unique radio -

 

"Un seul coeur", qui est à l'origine une radio catholique, devient multiconfessionnelle. "L'évêque a demandé à chaque leader religieux de prendre le micro. Pour éviter que ce qui se passait à Bangui ne se déroule ici", raconte l'abbé Firmin, qui en a la charge.

Les trois communautés (catholiques, protestants et musulmans) achètent des bidons d'essence pour nourrir le groupe électrogène de Bê-Oko, dont le rôle est d'autant plus primordial qu'elle a le monopole des ondes dans la ville et ses environs.

La station publique Linga ("tam-tam") a aussi été pillée. Aujourd'hui, "les Séléka vivent dedans", confie un journaliste. Et l'émetteur d'une autre station, Ndélé-Luka ("l'oiseau de la bonne nouvelle") ne fonctionne plus.

De 17H30 à 19H30, seule période de diffusion, tout le monde, à 70 km à la ronde, écoute donc Bê-Oko.

"La radio est un facteur vraiment important (de pacification), estime le pasteur Ephrem, de l'Eglise évangélique locale. Ce qu'on a dit est rentré dans les crânes. Les musulmans en témoignent. Les jeunes chrétiens aussi."

Et d'ajouter : "Des gens s'apprêtaient à se venger. Certains nous ont dit : +C'est grâce à vos conseils à la radio que je me suis retenu+."

Après deux mois de légère amélioration à Bambari, la situation se dégrade à nouveau. Anti-balaka et Séléka se combattent à Grimari, à 80 km de la ville, où vivent 45.000 habitants, en majorité chrétiens.

Les musulmans de la zone sont paniqués. Les rumeurs les plus folles se propagent. "Nous sommes privés de toute liberté. On ne se déplace plus, même au marché. C'est la panique à cause des anti-balaka", s'alarme l'imam de Bambari, Aboubacar Souleymane.

A ses côtés, le président du comité islamique de la ville, pourtant pacifiste, prévient que les siens "se défendront par tous les moyens". "Il y a des balaka (machettes) dans tous les magasins. On ira aussi en acheter", avertit-il.

Les discours pacificateurs vont reprendre de plus belle sur Bê-Oko. Pour éviter le bain de sang que tous redoutent.

AFP

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