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Centrafrique: la population de Grimari en rage contre la force française Sangaris

"On pensait que Sangaris était venue nous aider, mais ils assassinent nos enfants". A Grimari, bourgade du centre de la Centrafrique, la population accuse la force d'interposition française d'avoir tué des civils, ce qu'elle nie, invoquant la légitime défense.

L'auteur des propos est une vieille femme en pleurs. Hystérique alors que cinq cadavres sont recouverts d'une couverture à quelques mètres d'elle, elle arrache son débardeur, lève les bras au ciel, torse nu, et se met à hurler.

Son désespoir est à la mesure de la colère des chrétiens de Grimari. Près de 5.000 d'entre eux se terrent depuis une semaine dans la paroisse de la ville, alors que l'ex-rébellion Séléka (pro-musulmans, au pouvoir entre mars 2013 et janvier 2014) et les milices anti-balaka s'affrontent, avec Sangaris comme pacificateur.  Mais ils sont désormais en rage contre l'armée française.

Un barrage sommaire, fait de quelques bouts de bois, est destiné à empêcher Sangaris de passer, là où quelques jours plus tôt, un blindé léger français assurait justement leur protection.

"Ce matin, les Sangaris ont tué cinq civils, qui étaient partis chercher leurs affaires dans leurs maisons. Ils ont pris peur quand les Sangaris sont arrivés, mais ils les ont quand même tués. Sangaris Séléka !", vitupère Fabrice Kossingou, un instituteur.

Derrière lui, une vingtaine d'hommes se montrent très remontés. L'un d'eux hurle : "Ils ont décapité nos frères !"

Quelques centaines de mètres plus loin, une vingtaine d'habitants entourent cinq corps ensanglantés. Trois des cadavres, dont l'un aux yeux entrouverts, portent les gris-gris typiques des anti-balaka, censés les rendre invulnérables aux balles et aux armes blanches.

Ces milices composées majoritairement de chrétiens mènent depuis plusieurs mois une lutte sans merci contre l'ex-rébellion Séléka, mais aussi contre les civils musulmans. 

Les deux autres dépouilles ne portent aucun signe du genre. "Le premier est mon fils, l'autre son ami. Ils dormaient à la paroisse", dit Jean-Pierre Bongo, vieil homme aux bras ballants et à l'ouïe faible.

Pour les habitants du quartier, ces deux derniers, qui étaient "cachés sous un matelas", n'avaient rien à voir avec les anti-balaka 

- "Tirs de riposte" -

Un typhon semble avoir ravagé la petite case de terre. Des douilles jonchent le sol. Un sommier est retourné, sous lequel "il y a encore le sang, regardez !", pointe-t-il.

"Tout ça, ce sont des impacts de balle", affirme un voisin en montrant des trous dans une plaque de tôle et dans la façade, près de la porte d'entrée. "On n'a pas besoin de ça ici", peste un autre habitant du quartier.

Interrogée, l'armée française, stationnée à quelques centaines de mètres de là, présente une version complètement différente des faits.

"La force a fait une riposte à des tirs effectués par des anti-balaka", affirme le capitaine Daniel, aux commandes de la force dans la petite ville.

"Si une personne a une arme et qu'elle nous tire dessus, la riposte est immédiate. C'est de la légitime défense."

Et de réfuter toute idée d'accident concernant les deux civils présumés. "Ce n'est aucunement une bavure. Les armes (des anti-balaka) sont là. Il y en a pléthore", remarque-t-il.

Deux autres anti-balaka, reconnaissables à leurs gris-gris, ont été blessés, que l'AFP retrouve dans le centre de santé voisin. 

L'un, allongé sur un brancard, l'épaule gauche bandée, du carton en guise d'oreiller, respire dans une sorte de clapotis rauque. "Il a vomi du sang. On ne sait pas s'il va y rester", constate Pascal Bouclou, secouriste de la Croix-Rouge locale.

Le second, qui présente une blessure profonde au mollet gauche, fait semblant de dormir, mais ses yeux s'ouvrent parfois.

"Les Sangaris ont tué deux innocents", déplore Maxime Gbolo-Kouzou, le chef du quartier. Interrogé sur ce qu'il pense des anti-balaka, sa réponse fuse: "ils ne font rien à la population. Ils cherchent les Séléka pour en découdre avec eux. Or les Séléka font peur à la population depuis décembre 2012".

A la sortie de Grimari, l'AFP croise une patrouille Séléka en uniforme. Quelques kilomètres plus loin, une soixantaine d'anti-balaka, portant tous de vieilles armes, certains coiffés d'un chapeau de feuilles, avancent à la queue leu leu, le visage fermé.

Dix minutes plus tard, une demi-douzaine de véhicules de la force Sangaris rentrent à Grimari, où la nuit promet d'être longue.

AFP

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