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A Pladama Ouaka, des réfugiés du Darfour, rattrapés par le conflit en Centrafrique

Ils sont arrivés en 2007 en Centrafrique pour fuir les massacres au Darfour. Sept ans plus tard, les réfugiés soudanais du camp de Pladama Ouaka (centre) tremblent d'être rattrapés par le conflit sanglant ravageant leur pays d'accueil.

Abdoulaziz Mouhammad Khalis, longue djellaba blanche, les cheveux poivre et sel recouverts d'un chèche marron, se souvient parfaitement du jour de son exode de cette province de l'ouest du Soudan où un conflit qui dure depuis onze ans a fait des centaines de milliers de morts et plus de deux millions de déplacés selon l'ONU.

"C'était le 14 mai 2007. Il y a eu des tirs d'artillerie aérienne." "Des rebelles s'étaient mélangés à la population. L'armée soudanaise a bombardé", raconte-t-il, devant une dizaine de dignitaires de Pladama Ouaka.

L'ancien maire de Dafak, au Soudan, devenu édile du camp de réfugiés, s'enfuit avec ses quatre femmes et ses onze enfants, devenus 19. "C'était la débandade totale, du chacun pour soi. On ne savait pas où nos parents partaient. On ne sait toujours pas où ils sont", explique-t-il.

Il retrouvera des centaines de familles le long d'un fleuve. Certains choisiront de se rendre au Sud-Soudan, d'autres de se rapprocher de la frontière soudanaise.

Lui traversera le fleuve, accompagné de quatre hommes, pour chercher asile en Centrafrique. Plus de 1.900 personnes les suivront, devenues environ 2.100 aujourd'hui, au gré des naissances et des décès.

Après avoir quitté un premier camp, trop proche du territoire soudanais, les réfugiés se sont épanouis dans leur nouvel habitat.

Pladama Ouaka, à la différence d'autres endroits de ce genre, respire le calme, la propreté. Des femmes se succèdent, sourire aux lèvres, à la pompe pour remplir des jerricans d'eau. Plus de 700 enfants sont scolarisés dans l'école bleue et blanche du camp.

La population, qui comptait de nombreux agriculteurs, s'est vu allouer des terres. Aujourd'hui, leur production se vend sur les marchés de la ville voisine de Bambari.

"Il n'y avait pas de solution de retour dans leur pays d'origine", explique un humanitaire, en charge du camp. "N'eût été la crise (centrafricaine), on aurait dû arriver à une autonomisation, pour qu'ils puissent se prendre en charge complètement et s'intégrer à la population locale."

 

- "Entre les mains de Dieu" -

 

La belle histoire s'est figée il y a quelques jours. Des milices anti-balaka, pro-chrétiennes, remontent progressivement la route menant à Bambari.

Grimari, bourgade située à une centaine de kilomètres du camp, est le théâtre de durs combats entre ces miliciens et les ex-rebelles Séléka, pro-musulmans, et dont certains sont venus du Soudan.

Les violences auraient fait plus d'une trentaine de morts, selon des habitants de Grimari que des blindés de la force française Sangaris tentent de pacifier.

Si Grimari tombe, les anti-balaka se rueront à Bambari, que contrôlent les Séléka, fortement représentés. Des rumeurs alarmistes bruissent dans la ville. Les réfugiés craignent le pire.

"Au départ, la guerre en Centrafrique était pour conquérir le pouvoir. Mais elle s'est transformée en un conflit inter-religieux, entre chrétiens et musulmans. Or nous sommes musulmans. D'un moment à l'autre nous pouvons être victimes de ce qui se passe ici", analyse Adam Ismaïl Mahamat, 44 ans, qui ne cache pas sa "peur".

Depuis quelques jours, les hommes du camp, qui ne veulent plus s'éloigner de leurs familles, ne vont plus aux champs, mettant l'économie de Pladama Ouaka en péril.

"Tous les déplacés internes arrivant à Bambari disent qu'on tue tous les musulmans. Si jamais les anti-balaka arrivent ici, nous nous remettons entre les mains de Dieu. Il décidera s'il veut nous maintenir en vie, ou non", prophétise, pessimiste, le maire.

Ismaïl Abdallah Abdulhaman, le "président" du camp, affirme qu'il ne s'enfuira pas: "j'ai le poids d'enfants et de vieillards sur les épaules. Autant mourir pour ceux-là."

Pour devancer une telle fatalité, tous demandent à quitter la Centrafrique.

"Ils parlent de relocalisation. Ils veulent aller dans un pays en paix", confirme Timothée Langa, un cadre de la Commission nationale pour les réfugiés, une entité publique centrafricaine.

Mais cet ancien sous-préfet se montre dubitatif. "Qui va payer pour leur éventuel transport ?", s'interroge-t-il: "Et surtout, quel pays d'Afrique serait prêt à accueillir autant de réfugiés?"

jf/mc/jlb

 

 

AFP

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