Cameroun: l'impossible alternance
Le politologue Achille Mbembe explique pourquoi l'élection présidentielle du 9 octobre 2011 n'apportera aucun changement majeur au Cameroun. Interview.
Campagne électorale de Paul Biya à Yaoundé, le 24 septembre 2011. © AFP / STR
Mise à jour du 3 novembre: Sorti vainqueur du scrutin du 9 octobre, Paul Biya a été investi président pour un sixième mandat consécutif. Il a prêté serment à l'Assemblée nationale.
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Mise à jour du 19 octobre: Selon le quotidien Mutations cité par RFI, Paul Biya aurait remporté l'élection présidentielle avec 77,98% des suffrages.
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Mise à jour du 18 octobre: L'opposant camerounais John Frudi Ndi et six autres candidats à l'élection présidentielle ont annoncé qu'ils rejetteraient par avance les résultats du scrutin du 9 octobre.
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Mise à jour du 13 octobre: Plusieurs candidats ont déposé un recours auprès de la Cour suprême camerounaise. Ces derniers dénoncent des fraudes et exigent l'annulation de la présidentielle.
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SlateAfrique - Les Camerounais se rendent aux urnes le 9 octobre. Peuvent-ils espérer une alternance politique?
Achille Mbembe - Dans les circonstances actuelles, aucune alternance par la voie des urnes n'est possible au Cameroun. L'alternance dans ce pays sera le produit soit d'un mouvement armé s'appuyant ou non sur une formation politique et sur des forces étrangères (comme on l'a vu en Côte d'Ivoire); soit le résultat de la mort naturelle de l'autocrate ou de son assassinat; ou encore d'un coup de force par des fractions dissidentes de l'armée. Pour le reste, les voies d'un changement pacifique orchestré par les Camerounais eux-mêmes sont fermées. La prochaine consultation électorale constitue donc, de ce point de vue, un non-événement.
SlateAfrique - Comment expliquer une telle longévité de Paul Biya, au pouvoir depuis vingt neuf ans?
A.M. - Ayant très tôt compris que pour rester le plus longtemps possible au pouvoir il fallait surtout ne rien faire, il a mis en place un système de gouvernement fort inédit et que j'appelle le gouvernement par l'immobilisme. Il a beaucoup étudié Machiavel dont il s'est efforcé, avec succès, d'adapter les leçons à une situation typiquement africaine. Le génie de Paul Biya est d'avoir découvert que le pouvoir n'a d'autre but que le pouvoir. Le but de ceux qui ont le pouvoir n'est pas d'accomplir quoi que ce soit de grandiose. C'est tout simplement d'être au pouvoir. Et donc gouverner, c'est surtout ne pas gouverner.
Diviser pour ne pas régner
SlateAfrique - A 78 ans, Paul Biya est-il toujours en état de gouverner le Cameroun?
A.M. - Oui, bien entendu. Il est certes sénile. Mais, il a inventé cette formule magistrale qu'est le gouvernement spectral. C'est une formule qui marche à tous les coups. Il n'a même pas besoin d'être vivant pour gouverner. Puisqu'il s'agit surtout de transformer le pouvoir en pouvoir de ne rien faire, je parie qu'il serait en mesure de gouverner même en étant mort.
SlateAfrique - Comment expliquer que l’opposition ne parvienne pas à se mettre d’accord sur un nom ?
A.M. - Il faudrait, pour commencer, que l'opposition existe. Or, strictement parlant, elle n'existe pas. La raison est toute simple. Au cours des cinquante dernières années, c'est toute la société qui a fait l'objet d'une progressive émasculation. L'autoritarisme s'est enkysté dans la culture.
Le régime a largement réussi à imposer une tonton-macoutisation généralisée des esprits. Objectivement, il n'a plus besoin d'utiliser la force physique. Ayant procédé au «déforcage» de la société, il tient le peuple tout entier par les couilles.
SlateAfrique - Comment expliquer que le président Biya soit aussi souvent absent? On dit qu’il passe l’essentiel de son temps hors du Cameroun. Et que plusieurs mois peuvent s’écouler avant qu’il n’organise un conseil des ministres.
A.M. - Cela est vrai. Lorsque —chose rare— il est au Cameroun, il passe l'essentiel de son temps dans son village. Sinon, il préfère vivre en Europe, en Suisse notamment. Il y a, chez lui, une conception très libidinale du pouvoir. Le pouvoir, c'est fait pour toutes sortes de jouissances. D'où l'importance qu'il attache a la villégiature et aux bains de jouvence.
Une opposition exsangue
SlateAfrique - Pourquoi ses absences prolongées ne provoquent-elles pas davantage de réactions de l’opinion publique?
A.M. - Les gens sont complètement épuisés. Ils consacrent le peu d'énergie qu'ils ont encore aux luttes quotidiennes pour la survie. Ou encore lorsqu'il leur vient à l'idée de se battre, c'est en général contre leurs voisins immédiats. Leur rage et leur colère ne sont pas dirigées contre un système, mais souvent contre d'autres plus misérables qu'eux-mêmes.
SlateAfrique - Peut-on parler d’exercice solitaire du pouvoir? Qui gouverne en son absence?
A.M. - Il s'est entouré d'une centaine de vieillards qui ne tiennent pas à mourir seuls. Ils veillent donc sur divers cercles concentriques et attisent haines et jalousies parmi les cadets sociaux qu'ils dominent. Mais comme dans les satrapies anciennes, Paul Biya a surtout perfectionné l'art de la manipulation. Les gens vivent suspendus a l'espoir d'être nommés, un jour prochain, à un haut poste où ils jouiraient des honneurs et des prébendes que sont censées procurer les positions de pouvoir au sein de l'appareil d'Etat. Il utilise ce sombre désir comme une ressource pour littéralement envoûter et paralyser la société. Nominations, révocations, disgrâces, déchéances et emprisonnements, puis retours spectaculaires en grâce, voila des recettes qui s'avèrent, à tous les coups, porteuses.
SlateAfrique - Les opposants peuvent-ils s’exprimer librement au Cameroun?
A.M - La parole est relativement libre au Cameroun, et souvent, les gens ne se privent pas de dire exactement ce qu'ils pensent. Mais cela n'a aucun impact sur le cours des choses. Toute manifestation publique est en revanche durement réprimée. Des entraves de divers ordres —brimades, intimidations, coups— sont opposées à tout effort d'organisation oppositionnelle. Je crains que l'on n'aie atteint un point de surdité irréversible et que la force soit désormais la seule manière de sortir ce régime de son sommeil. Ceci dit, les groupes sociaux capables d'y recourir ne sont pas organisés.
SlateAfrique - Des observateurs affirment que la France est en train de lâcher Paul Biya. Pensez-vous que ce soit une réalité? Si oui, pourquoi?
Non, la France ne lâche jamais ses amis africains.
Propos recueillis par Pierre Cherruau
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je pense que la pertinence de l'analyse de Mr. Achille Mbembe est évidente. sans être politologue, on conclue aisément que nous sommes en face d'un régime pervers opaque et absent par son manque d'initiative de gestion politique et économique du pays.
de l'autre coté il faut reconnaitre que l'alternance au pouvoir est un des grands principes réformateurs et même constructeurs de démocratie. pour moi, après 10 ans au pouvoir, on tombe forcément dans la routine idéologisante. la réalité de l'Afrique à quelques exceptions près le témoigne assez bien.
Si les voies d'un changement pacifique sont fermées; il me semble tout aussi évident que la possiblité d'un mouvement armé lui-même ne fera qu'accentuer le sentiment d'une souffrance à laquelle le Camerounais simple et pauvre ne voudrait pas s'y lancer. ce que nous avons ajourd'hui en terme d'économie n'est que le resultat d'une merveilleuse initiative des camerounais ordinaires.
tout mouvement armé, ou soulèvement armé n'est voué qu'à la casse. et l'avalanche de violence qui peut s'en suivre ne peut être prévisible par aucune analyse actuelle. aucune analye ne pourra nous dire quelle pauvent être les conséquences d'une telle situation.
Avons-nous le droit d'encourager une insurection armée ? je pense que non. et Monsieur Achille ne le dit pas non plus. les mécanismes de resistances aux différentes crises sont déjà des guerres de survie quotidiennes.
la guerre du manger et du loger décemment.
la guerre d'un emploi quand on n'appartient pas à ce cercle vicieux ou même lorsqu'on est pas homosexuel.cela se dit souvent, je n'ai aucune preuve c'est vrai. la rue nous informe souvent dans les petites histoires et les grandes vérités
d'autres vivent dans la guerre d'un lendemain pas forcément certain.
toutes ces incertitudes ne fontt dormir personne parmi les Camerounais des petites classes. faut-il en ajouter la dernière et la pire ?
je pense que non. les mouvements tribaux, les manipulations communautaires et ethniques ne sont pas du reste. faut donc y penser en toute analyse et entrevoir une changement plutot pacique. Professeur Achille je vais me démarquer de vous là -dessus excusez moi.
ceux qui sont au pouvoir sont purement et simplement un ""SYSTEME BIYA"" et le contraire aura à m'étonner. j'étais petit, on nous faisait chanter à l'école maternelle que nous sommes le Cameroun de demain. 35 ans passés, chacun connais l'espérance de vie en Afrique. j'en ai 36 aujourd'hui je continue d'être le Cameroun de demain. alors que je me prépare à la mort selon la logique des statistique à cette espérance de vie en Afrique.
les grandes Ambitions ne tarissent pas en discours idéologiques.
Mr. Achille un homme bien expérimenté pour évoquer ce sujet. doit-on forcément passer par une insurection de type armée ? peut-on prévoir les conséquences sur le plan communautaire si mon voisin constitue de prime abord le premier ennemie dans cette jungle de survie comme vous l'avez évoqué ? Chacun pourra se faire ennemie et chasseur chassé de l'autre. il fautdra alors retourner Hobbes dans sa tombe. une alnalyse réelle de resurgence des violences tribales conséquentes s'impose. Et là le pire est à craindre.
Combien d'insurections armées ont déja réussi en Afrique?
Français marié à une Camerounaise et vivant depuis 6 ans au Cameroun, je m'insurge en faux contre l'essentiel des propos de ce M. Mbembe.
Par droit de réserve que j'estime en temps qu'étranger devoir respecter envers le pouvoir en place, je voudrais dire que les Camerounais ne "survivent pas", sauf au regard des critères des "blancs" que l'homme de la rue (les plus nombreux quand même!!) estime globalement à la fois cause de tous les maux et en meêm temps qui est admiré pour sa richesse ... présupposée!!
L'immense majorité des "citoyens" ne payent pas d'impôt!Et l'économie parallèle bat son plein.
La quasi totalité des Camerounais sont "culturellement" (je ne dis pas génétiquement!!) aptes à la corruption qu'ils dénoncent envers le pouvoir actuel masi qui est le lot des structures de type féodales qui durent et perdurent dans TOUT LE PAYS. Combien de bobos européens savent qu'en superposition des strucutres républicaines, il y a des rois et des princes et princesses dans totu le pays et que ces gens "lèvent la dîme", font perdurer le droit de cuissage etc etc.
c'est tout cet amalgame qui fait le Cameroun!
Quant aux opposants, il suffit de leur allouer un poste où ils s'empresseront de piller les finances publiques pour eux et leur "village" voire leur ethnie, sinon ils sont rejetés par l'ethnie comme de "mauvais fils".
Alors arrêtons d'enjoliver les choses en les voyant à travers le prisme déformant du paisiannisme!!
Et surtout, ne soufflez pas sur les braises en évoquant la lutte armée dont l'immense majorité des camerounais ne veut pas, A JUSTE TITRE! Si la Diaspora francisée et les intellectuels français sont en mal de soulèvement armé, qu'ils soulagent leurs appétits en se soulevant en France qui ne manque pas de sujets de révolte pusique la paupérisation continue à grands pas ..... démocratiques!!
LA PRESSE : il suffit de regarder chaque jour les kiosques pour voir que les journalistes vivant au Cameroun n'ont pas de leçon à recevoir des journalistes ectoplasmiques français. la liberté de parole et d'écrits est bcp plus grande au Cameroun!!
On peut comprendre la résignation du peuple camerounais... Il faudrait sûrement remonter à l'abominable guerre de libération, sans doute aussi terrible que le celles du Vietnam et d'Algérie, mais complètement cachée et ignorée. Après le discours de Mitterrand à la Baule, on espérait que la France aiderait à l'instauration d'une vraie démocratie, mais malheureusement les tricheries ont continué, et à toutes les élections, Paul Biya a usurpé le pouvoir, avec l'aide de la France...
Et la Françafrique continue! Un seul exemple: le port de Douala a coûté bien trop cher au peuple camerounais, parce que Sarkozy a obtenu de Biya que le contrat soit confié à Bolloré (+500 millions d'euros au moins par rapport aux autres propositions)
On voit apparaitre partout des mouvements d'"indignation "; n'est-ce pas là l'autre attitude, même non-violente, même pacifique, l'indignation pour combattre la résignation?
Les Camerounais pourraient-ils s'inspirer des positions de Gene Sharp : "de la dictature à la démocratie", non-violence, désobéissance... http://www.rue89.com/2011/05/06/gene-sharp-lamericain-qui-a-inspire-les-...
Et d'abord, s'indigner!
Tout à fait d'accord avec toi, il faut se battre contre la france-afrique qui tend tout de même à diminuer et disparaitra complètement prochainement j'espère, sans pour autant s'en prendre aux Français qui vivent sur notre continent et qui n'ont pour la grande majorité rien à voir avec ces magouilles politiciennes. Ce sont les industriels et les politiciens qui font notre malheur.Après, si c'est pour remplacer la France-Afrique par la chine-Afrique, le reveil risque d'être encore plus douloureux. Aussi, attention au fait de croire que les opposants au système Biya feront mieux... comme le dit ci-bien notre frère Midazire, un opposant peut faire bien pire que son prédecesseur. les exemples ne manquent pas. Wade après Diouf, Gbagbo apres Bédié(courte parenthèse de Guéï) n'en déplaise à ceux qui croient toujours que Lg était panafricain, et même si Bédié n'était là à l'époque que pour s'en mettre plein les poches + d'autres exemples. Certains opposants n'utilisent le prétexte de démocratie et multipartisme que pour atteindre leur objectif personnel. Donc attention à bien choisir nos futurs représentants, et laissons tomber les critères ethniques qui nous jouent souvent des (mauvais) tours. Trouvons des hommes ou femmes intègres et compétents: il y en a, mais pas forcément de notre ethnie, de notre milieu social etc... Je préfère encore un "étranger" qui gouverne mon pays avec amour de mon peuple et avec compétence qu'un cochon de ma tribu qui va s'en mettre plein les poches et amener la haine et la division.
@Ray
personne n'a parlé de lutte
Il a tout dit! Aussi arreter d'attiser le feu. sans etre defenseur de popol je vis du systeme D ou encore débrouillardise! Mes plans ne doivent pas échouer parceque quiconque veut faire du désordre. Si l'opposition avait une strategie pour gagner ca se saurait. Qu'ils mange leurs 30 millions et nous laisse en paix!