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Centrafrique: la nostalgie Bokassa, de l'empire fou au chaos

Ils ne le proclament pas, mais lorsqu'ils sont interrogés sur "l'époque Bokassa", la plupart des Centrafricains disent regretter "l'ogre" de Bangui, celui qui commit nombre de crimes, se proclama empereur, offrit de vénéneux diamants à un président français, avant de sombrer en exil.

"Kolingba est venu, il n'a rien construit. Patassé est venu, il n'a rien construit. Bozizé est venu, il n'a rien construit. Djotodia est venu, il n'a rien construit...". Après avoir récité la litanie des présidents centrafricains renversés, Daniel Nganazouri, en verve, poursuit, bras pointé tout autour de  lui: "Le bâtiment là, le goudron, même le poteau électrique, c'est Bokassa. Même s'il volait, il a fait du bien".

Les autres jeunes de Bangui qui l'entourent approuvent. "Bon, c'était quand même un dictateur", relève Faustin.

Jean-Bedel Bokassa était d'emblée né, en 1921, sous le signe de la fantaisie. Son prénom était tiré de la réduction du nom du saint "Jean Baptiste de la Salle" comme l'on peut encore le voir sur les calendriers. Sorti capitaine après des années dans la coloniale depuis 1939, Indochine et Algérie inclus, il réussit un coup d'Etat de la Saint-Sylvestre, le 31 décembre 1965.

Aimablement qualifié de "soudard" par le général de Gaulle, célèbre pour des tortures et exécutions sommaires auxquelles il a été accusé de participer mais fidèle pilier de la Françafrique, il se proclame président à vie, maréchal, se convertit à l'islam, et puis organise son sacre d'empereur, sur le modèle de Napoléon 1er.

Aucun chef d'Etat, mais un ministre français participa à la grandiose cérémonie : 60.000 bouteilles de champagne et de Bourgogne, un défilé en carrosse pendant lequel deux chevaux, sur les six de l'attelage importé de France, crevèrent sous la chaleur équatoriale.

Le président français d'alors, Valéry Giscard d'Estaing, grand chasseur de fauves et de gazelles, le fréquenta longtemps. "L'affaire des diamants" donnés par Bokassa, révélée par l'hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné, contribua vraisemblablement à  sa défaite contre François Mitterrand en 1981.

"Les gens étaient payés sous Bokassa. L'armée centrafricaine était stable, c'était même un exemple pour d'autres pays africains", assure un serveur de l'Oubangui hôtel. Maintenant, aux abords de cet ancien grand hôtel qui semble partir en morceaux dans le fleuve Oubangui, ce sont des forces internationales, africaines et françaises, qui patrouillent.

Pas loin de la résidence présidentielle et... de l'ambassade de France.

    -"Ca ira mieux quand il reviendra"-

L'armée centrafricaine est, elle, en lambeaux, minée par des rébellions depuis des décennies, achevée par la dernière offensive en mars 2013 de la rébellion à dominante musulmane Séléka de Michel Djotodia, finalement contraint à la démission de la présidence centrafricaine en janvier 2014 pour n'avoir pas arrêté la spirale de tueries intercommunautaires et interreligieuses dans son pays.

"J'étais trop jeune sous Bokassa, mais mon père me disait du bien de lui, que c'était un bon président, un vrai nationaliste", dit la directrice du musée national de Bangui, Albertine Ouaboua, dans son bureau sans porte ni fenêtre, comme le reste du bâtiment dévasté au cours des violences et fermé au public.

Elle ne touche aucun salaire depuis cinq mois, mais comme tous les autres "impayés" vient au travail de peur d'être licenciée

"Ah, il a beaucoup tué quand même", tempère Dania, fille de diplomate et hôtesse d'accueil sans salaire.

Dans cette capitale provinciale aux rues trouées, aux ponts écroulés, quelques édifices encore debout surnagent, comme le "stade 20.000 places" construit par les Chinois, et la cathédrale catholique en briques rouges, au milieu desquels des vendeurs de rues proposent au passant des exemplaires du Journal officiel de l'Empire ou des tomes de la "Philosophie de l'opération Bokassa", témoignages de la mégalomanie sanglante de empereur ayant survécu aux pillages successifs de la capitale.

En novembre 1996, un reporter de l'AFP, venu pour une énième mutinerie dans l'armée, et qui couvrait les obsèques de l'ex-empereur rentré d'exil au pays pour y mourir, eut cet étrange échange à la sortie de la cathédrale.

Emu, un fidèle de Bokassa, lui confia: "Ca ira mieux quand il reviendra".

Le journaliste répondit: "Mais il est mort!".

"Oui, je sais", répondit le Centrafricain, "mais ça ira bien mieux quand il reviendra".

AFP

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