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Présidentielle algérienne: comment le clan Bouteflika a fait main basse sur l'Algérie

Le clan Bouteflika veut coûte que coûte maintenir son pouvoir. Pour cela, il joue sur les peurs du passé.

Si Abdelaziz Bouteflika n’est pas le seul chef d’Etat à s’accrocher au pouvoir, l’Algérie n’en est pas moins un cas particulier. A la fin Brejnev avait du mal à articuler mais il ne se présentait pas à des élections. Georges Pompidou n’envisageait pas de briguer un nouveau mandat, de même François Mitterrand après ses deux septennats. Franklin Roosevelt tenait à peine debout lors de sa quatrième campagne électorale mais il n’en a pas moins tenu des meetings électoraux.

Le président algérien sera élu, le jeudi 17 avril, pour un quatrième mandat, sans avoir eu aucune rencontre avec les électeurs. Malade depuis deux ans, ayant subi au moins un AVC, il a peiné à signer sa déclaration de candidature. Ce sont ses seconds qui battent les tréteaux  en son nom.

Le résultat ne fait aucun doute. Seul inconnu du scrutin, le taux de participation. Abdelaziz Bouteflika ne veut pas être «mal élu». Tout sera fait, y compris quelques manipulations des urnes, pour que l’abstention ne soit pas trop élevée.

Pourtant, beaucoup d’Algériens ont envie de voter avec leurs pieds. Ils ne sont pas dupes d’une mascarade qui provoque l’indignation des uns, les sarcasmes des autres. La question est bien sûr de savoir pourquoi le petit cercle des décideurs algériens s’est résolu à présenter un homme de 77 ans qui ne parait plus en mesure de gouverner.

La réponse la plus simple est que Bouteflika reste le plus petit dénominateur commun pour les divers individus et groupes qui contrôlent le régime depuis l’échec de la démocratisation, à la fin des années 1980, et la décennie de guerre civile contre les islamistes qui a suivi.

Des tensions sont apparues récemment au grand jour entre l’armée et la Direction du renseignement et de la sécurité (DRS). Elles ne sont pas nouvelles mais ce qui est moins habituel, c’est la publicité qui leur a été donnée. C’est peut-être un signe de fragilité du régime mais c’est aussi une manière de manipuler l’opinion.

La peur de la déstabilisation conforte le système

Le régime repose en effet sur la peur: peur du passé à cause de la guerre civile et de ses centaines de milliers de victimes, peur du présent face à une instabilité potentielle et peur de l’avenir: que se passera-t-il après le départ de la vieille garde personnifiée par Bouteflika?

La rumeur de dissensions au sommet savamment orchestrées alimente cette peur de la déstabilisation et conforte donc le système.

L’autre pilier de ce que les politologues algériens appellent «la gestion démocratique de l’autoritarisme» est la distribution de la rente. Celle-ci provient des ressources énergétiques du pays gérées par la Sonatrach. La société nationale apporte 98% des recettes d’exportation et 70% des rentrées du budget de l’Etat.

En contradiction avec ses objectifs d’entreprise, elle joue un rôle politique et social. Chacun des 39 millions d’Algériens dépend plus ou moins de la Sonatrach. A des degrés divers certes. Il peut lui devoir son logement (gratuit) ou son augmentation de salaire. Pour tenter d’échapper à la contagion du «printemps arabe», les salaires des fonctionnaires algériens ont été augmentés en 2011 de 60 à 75%, avec effet rétroactif sur trois ans.

Mais ce ne sont que broutilles par rapport à la rente que se partagent les dignitaires du régime, pour leurs propres besoins et pour les besoins de leur cause, c’est-à-dire pour rester au pouvoir en achetant leurs rivaux ou en discréditant leurs opposants. Le clientélisme est à géométrie variable. La distribution de la rente est généralisée, surtout à la vieille des élections, et ciblée vers les acteurs dont le rôle est le plus important pour la pérennité du pouvoir.

Slate.fr

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