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Nigeria: alerte maximale

Les troupes nigérianes ont été déployées en alerte maximale dans les rues d'Abuja au lendemain de l'attentat le plus meurtrier jamais commis sur le territoire de la capitale, qui a fait au moins 75 morts.

L'attentat attribué aux islamistes de Boko Haram -un groupe dont les violences étaient jusqu'à présent concentrées dans le nord-est du pays ces derniers mois - est la première attaque commise sur le territoire de la capitale nigériane depuis deux ans. 

Cette attaque sanglante soulève des inquiétudes sur une éventuelle propagation de l'insurrection islamiste au reste du pays.

L'explosion survenue lundi à une heure de pointe dans la gare de bus de Nyanya, à quelques kilomètres du centre-ville, a projeté des lambeaux de chair et des effets personnels sur tout le site, jonché de véhicules carbonisés.

La police a d'abord annoncé un bilan de 71 morts et 124 blessés mais le ministère de la Santé a ensuite revu ce bilan à la hausse, de 72 morts et 164 blessés.

Le ministre de la Santé Onyebuchi Chukwu, qui s'est rendu mardi dans les hôpitaux d'Abuja, a donné un nouveau bilan de 75 morts et de 141 blessés --certains ayant été comptés deux fois la veille.

Mais des victimes n'ont pas encore pu être identifiées et prises en compte dans le bilan, "leur cadavre étant totalement démembré", avait précisé plus tôt un communiqué du ministère de la Santé.

Dans les hôpitaux de la capitale, de nombreuses victimes se trouvent encore en soins intensifs et d'autres, en état de choc, ont du mal à parler, et surtout à entendre, conséquence de l'explosion.

Fila Samuel, un agent de sécurité de l'aéroport d'Abuja, faisait la queue pour monter dans un bus au moment de l'attentat. 

"J'ai entendu un gros 'boom', je suis tombé et quelque chose m'a heurté à la tête", explique M. Samuel, qui dit ne plus entendre de l'oreille droite.

Gabriel Ibrahim souffre pour sa part de fractures aux deux jambes et d'une blessure à la tête. Il se souvient de la déflagration, mais il a ensuite perdu connaissance et ne s'est réveillé que plus tard, à l'hôpital.

 

- "La menace est toujours là" -

 

La porte-parole de la police pour le territoire de la capitale fédérale, Altine Daniel, a déclaré à l'AFP que les forces de l'ordre avait "renforcé la sécurité" à Abuja.

Quelques heures après l'attentat, le chef de la police nigériane, Mohammed Abubakar, avait placé ses troupes dans la capitale en état "d'alerte rouge" et avait ordonné d'intensifier la surveillance des "cibles les plus vulnérables", sans donner davantage de précisions.

Le centre-ville d'Abuja, où se trouvent les ministères, les bâtiments administratifs, les grands hôtels et les sièges d'entreprises étrangères, est déjà sous haute surveillance, le dispositif de sécurité ayant été renforcé après l'attentat contre le siège des Nations Unies en août 2011.

Le Forum économique mondial pour l'Afrique a annoncé mardi maintenir la conférence qui doit se tenir du 7 au 9 mai à Abuja malgré l'attentat de lundi et a promis de protéger les personnalités attendues grâce au "plus important dispositif de sécurité jamais mis en place (au Nigeria) pour un sommet international".

Les violences perpétrées par Boko Haram, qui revendique la création d'un Etat islamique dans le nord du Nigeria, majoritairement musulman, ont fait plusieurs milliers de morts dans le nord et le centre du Nigeria depuis 2009.

Mais la plupart des attaques étaient jusqu'ici concentrées dans le nord-est du pays, fief historique du groupe qui y a été créé il y a plus de dix ans.

 

   - "Pas une surprise" - 

 

L'armée ne cesse de répéter que l'insurrection islamiste est contenue dans une région reculée et que le groupe n'a pas la capacité de mener des attaques de grande envergure dans des centre urbains. 

Mais l'attentat de lundi, à quelques kilomètres seulement des bâtiments qui abritent le gouvernement, semble donner tort à l'armée.

"Aucun expert sérieux n'a jamais cru" que l'armée avait réussi à contenir Boko Haram dans le Nord-Est, estime Alex Vines, à la tête du département Afrique du centre de recherche britannique Chatham House.

L'attentat d'Abuja "n'est pas une surprise", a-t-il déclaré à l'AFP. "C'est juste un rappel que la menace est toujours là, et c'est tout à fait cohérent avec ce que l'on sait de Boko Haram".

L'attentat contre la gare de bus de la périphérie d'Abuja pourrait être "la démonstration que les insurgés ont identifié des failles dans le dispositif mis en place par le Nigeria pour contrer l'insurrection et qu'ils vont continuer à les exploiter", estime l'expert nigérian des questions de sécurité Abdullahi Bawa Wase.

 

AFP

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