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Un sachet d'eau dit «Pure Water» © LeJournalInternational.fr
Un sachet d'eau dit «Pure Water» © LeJournalInternational.fr

Ghana: «Pure Water», l'eau minérale du pauvre qui tue

Pour pallier les pénuries d'eau en Afrique de l'Ouest et centrale, les populations s'abreuvent d'une eau baptisée «Pure Water», qui est tout sauf pure.

La formule a été répétée à l’envi: l’eau c’est la vie. Pourtant, au Ghana, pays situé sur la côte ouest de l’Afrique, elle peut être à l’origine de bien de problèmes de santé. Du fait de la rareté de l'eau, des sachets plastiques d’eau fraîche sont vendus dans la rue. Là-bas, à Accra, les populations appellent ça «Pure Water».

Pourtant, comme l’indique Le Journal International.fr, un site monté par de jeunes journalistes afin de décrypter les mutations des sociétés contemporaines, rien ne prouve que cette «Pure Water» est vraiment pure.

«[les sachets] sont souvent remplis avec de l'eau issue de forages illégaux, peu ou pas traitée. Des enquêtes relèvent des installations vétustes, des locaux insalubres, des pratiques non conformes aux normes d'hygiène et des conditions de stockage qui rendent l'eau impropre à la consommation», croient savoir les reporters du Journal International.fr

Malgré les conséquences sur la santé des populations, la «Pure Water» continue d’être vendue comme de petits pains partout dans le pays. À raison de 3 centimes d’euro le sachet de 500 millilitres. Contre 50 centimes d’euro pour une bouteille d’eau minérale. Dans un pays où le seuil de pauvreté se situe autour de 27%, selon le CIA Factbook, la différence est importante.

Mais pourquoi, alors même que cette eau vendue en sachet est soupçonnée d’être à l’origine de l’épidémie de choléra qui a provoqué la mort de 13 personnes et l’hospitalisation de 600 autres, les populations continuent d’en boire.

Selon Le Journal International.fr, la raison est toute simple. Se désaltérer au Ghana relève encore du parcours du combattant. Le réseau de distribution connaît des insuffisances criardes et la compagnie nationale des eaux, la Ghana Company Limited (GCWL), pratique des prix prohibitifs. Sauf que l’eau de la GCWL, elle, est contrôlée.

Une étude publiée sur le site du Ghana Medical Journal affirmait déjà, en 2007, que l’eau en sachet contenait de nombreux germes pathogènes.

«La possibilité pour cette eau de transmettre d’importantes maladies à la population est très forte en raison des problèmes liés à son traitement et à sa distribution», peut-on lire dans cette enquête réalisée par l’université du Ghana auprès de 27 marques d’eau en sachet vendues dans le pays.

La situation est si alarmante que les autorités ont décidé d’être plus vigilantes. Ce qui n’empêche pas le site Modern Ghana d’estimer que l’interdiction pure et simple de la vente de cette eau en sachet est plus qu’une nécessité, «elle est la condition-même pour développer le tourisme dans le pays».

Pourtant ce problème n’est pas l’apanage du Ghana. Toute l’Afrique de l’Ouest est concernée, et même l’Afrique centrale, où l’eau en sachet est vendue en bordure de rues. Au Gabon, par exemple, l’eau en sachet est «un business en plein essor qui viole toutes les règles de santé et d’hygiène publique», écrit Gabon Review. Là aussi, les mêmes questions se posent: d’où vient cette eau, alors même que le pays connaît un grave problème d’accès à l’eau? Pourquoi rien n’est fait pour sensibiliser les populations?

En 2012, au Cameroun, la Chambre nationale des consommateurs avait ainsi assigné en justice une quarantaine de marques, suite à des plaintes de nombreux consommateurs. En attendant, les distributeurs de «Pure Water» (en fait, ça s’appelle comme ça, partout), continuent de faire leur beurre, en tout en tranquillité.

Raoul Mbog

Raoul Mbog

Raoul Mbog est journaliste à Slate Afrique. Il s'intéresse principalement aux thématiques liées aux mutations sociales et culturelles et aux questions d'identité et de genre en Afrique.

 

 

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