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Dans l'Ouest algérien, Benflis accuse le président sortant de clientélisme

"Si je suis élu, je ne vais pas ramener mes frères et mes amis à la présidence". Ali Benflis, principal adversaire d'Abdelaziz Bouteflika, a mené campagne samedi dans un fief du président algérien sortant, dont il a brocardé le clientélisme.

A Relizane, théâtre de grands massacres en 1998, Mostaganem, fief d'une importante zaouïa (une confrérie religieuse) et à Oran, la grande métropole de l'Ouest algérien, M. Benflis a reçu un accueil enthousiaste et s'est exprimé à chaque fois devant une salle pleine à craquer.

En affirmant qu'il ne ramènerait pas ses "frères" et ses "amis" à la présidence pour leur "confier des responsabilités", il visait directement le président Bouteflika qui s'est entouré de nombreux proches, notamment son frère cadet Saïd, 57 ans, conseiller spécial, et à qui la presse indépendante attribue d'immenses pouvoirs.

 - Drogue ou émigration -

"Le temps du pouvoir pharaonique et despotique est bien révolu", a-t-il clamé à Oran, regrettant une société où les jeunes "peuvent seulement choisir entre zatla (la drogue) et el-harga (l'émigration clandestine)".

Cheveux gris, moustache impeccablement taillée, costume bleu marine et cravate bleue, Ali Benflis est apparu comme un candidat confiant face au président sortant, pourtant donné grand favori du scrutin du 17 avril.

Le verbe rare, cet ancien avocat est réputé pour sa gentillesse et sa courtoisie.

"Benflis président", s'enthousiasme la foule alors que le candidat promet la rupture avec la présidence de M. Bouteflika, dont il fut l'homme de confiance au début de son premier mandat (1999/2004), avant une rupture en 2003.

Secrétaire général de la présidence, directeur de Cabinet, puis Premier ministre il fut brutalement limogé alors que la presse voyait déjà en lui le "dauphin", notamment après un voyage en 2003 à Paris où le tapis rouge lui fut déroulé.

Ensuite, M. Benflis n'en finira pas de manger son pain noir. Il affrontera M. Bouteflika en 2004 mais sortira humilié de la confrontation, avec à peine 6% des suffrages, soit 600.000 voix. "Le vainqueur a été la fraude et le grand perdant la démocratie", dit-il aujourd'hui.

La fraude, qu'il considère être son "principale adversaire",  constitue d'ailleurs un thème majeur de sa campagne.

"Un Etat construit sur la fraude et le mensonge ne peut fonctionner", affirme-t-il. Et il s'est étonné que M. Bouteflika ait pu réunir "en 48 heures quatre millions" de parrainages pour sa candidature lorsque lui-même a mis "plus d'un mois" pour en récolter seulement 180.000.

La loi électorale exige 60.000 signatures d'électeurs pour se présenter à l'élection présidentielle. Un obstacle franchi par quatre autres candidats, outre MM. Benflis et Bouteflika.

 - 'On préfère le déluge' -

 

Dans la Maison de la culture de Relizane, des femmes arborent d'une main le portrait de Benflis et de l'autre celui ou ceux d'enfants disparus pendant la guerre civile des années 90, qui a fait officiellement 200.000 morts.

"Je veux la paix. Je veux un président qui cherche mes enfants disparus en 1996. Je veux les revoir, je veux les enterrer s'ils sont morts", crie Fatma.

Un peu plus loin, Aïcha réclame la "vérité" sur les disparus en précisant que la wilaya (préfecture) de Relizane en compte plus de 200.

"Nous voulons un changement radical du système. Bouteflika a dépensé 700 milliards de dollars à tort et à travers. Avec cette somme, n'importe qui aurait développé le pays", lance Amar, 64 ans mais en paraissant beaucoup plus. Ses voisins dans la salle acquiescent.

Benflis évoque encore le camp de Bouteflika qui fait campagne sur le thème de la stabilité. "Certains disent +c'est nous ou le déluge+". Il marque une pause et de la salle monte une voix juvénile, suivie de rires. "On préfère le déluge".

 

AFP

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